‹ Etúde pratiqueChapitre 12 sur 32 · léchons plus graves , par le seul fait de conditions · texte numérisé non relu

léchons plus graves , par le seul fait de conditions

s. évidemment hostiles à la vie. .1 n’y a guère de

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pussent guérir sous de telles influences : il y en a plusieurs qui pourraient en naître.

Un mot maintenant sur le Havre. Malgré les violentes perturbations dans l’océan aérien, qu’entraîne pour cette ville sa position par rapport à la mer, qui l’enveloppe dans une bonne partie de son étendue, il paraît que la vie y est prospère. L’abbé Dicquemarre, homme de science de ce temps, mais chez lequel la science n’avaitpas étouffé l’esprit, remarque que, dans cette ville, le thermomètre fait plus de chemin en quelques heures qu’à Paris en quelques mois, que la fourrure doit toujours y être accrochée à côté des volants de taffetas. « En un mot, dit-il, pour comparer l’air vif de cette ville à celui de Paris, il me semblait que la moitié de mon poumon ne me servait pas. » Lepecq, du reste, ne fait qu effleurer ce point. 11 ne dit rien non plus de saillant sur les vallées de Lillebonne, sur Bolbec, Yvetot, Jumièges. 11 s’étend un peu plus sur les maladies propres à la vallée de Duclair. Je trouve là quelques remarques utiles à consigner ici. « En 1 année 1760, dit-il, il a régné à Duclair une épidémie de maux de gorge inflammatoires, avec suppuration des amygdales, et une éruption rouge qui lui était utile. « Personne ne doutera, d’après cette seule indication, qu’il ne s’agit ici d’une scarlatine épidémique ; c’est la maladie sous la forme la plus simple. Il paraît que, dans cette affection populaire, tous ceux chez lesquels les amygdales furent incisées, ont guéri, tandis qu’il en mourut en grand nombre parmi ceux qui s’opposèrent à ce qu’on leur pratiquât cette petite opération, ou chez lesquels, pour une raison ou pour une autre, on n’y eut pas recours. Au point de vue pratique, cette remarque me paraît importante, et concorde parfaitement avec les résultats que me signalait naguère un médecin, qui avait, lui aussi, observé une épidémie de scarlatine sur une grande échelle, et qui appréciait tout à fait de même l’in-

fluence de cette petite opération. Dans la pensée de ce dernier cetteMncision ri’a pas seulement pour but d’évacuer le pus quand il est colligé dans les tonsilles, mais elle est nécessaire alors même que F inflammation ne s’est pas terminée par suppuration ; elle est nécessaire alors même, répété-je, parce qu’elle dégorge les amygdales et les tissus voisins, et prévient les phénomènes d’asphyxie, au milieu desquels succombent certainement quelques scarlatineux, sans que le croup ait aucune part à ces accidents. Pour mon compte, sans avoir jamais suivi une épidémie de scarlatine aussi grave, j’ai vu plusieurs petites épidémies de cette maladie. Dans une de ces dernières, j ai été appelé en consultation auprès d’une jeune fille, quelques heures seulement avant sa mort. La respiration était extrêmement accélérée, le pouls filiforme, la peau déjà froide aux extrémités, la face cyanosée; qu’y avait-il à faire en pareille circonstance? Fort peu de chose assurément. Ëh bien ! je regretterai toujours de n’avoir pas tenté cette légère et innocente opération chez cette pauvre enfant. Cette remarque, je le redis encore une fois, m’a semblé avoir une haute portée' pratique ; c est pourquoi j’ai cru devoir la consigner ici. Cette scarlatine, d’ailleurs, ne se borna point à la vallée de Duelair elle s’étendit dans presque toute la contrée de Caux, et y fit souvent des ravages considérables.

Je remarque encore dans ce pays une dyssenterie apyrétique épidémique avec flux sanglant, à laquelle on opposa avec

cce^ 1 eau de Rabel dans une décoction de plantain, aïs si Lepecq de la Clôture ne fait que toucher en passant a ces diverses localités, il parle un peu plus longuetne’t Tes can onsde D.cppe et de Caudebec; suivons-le encore pendant q ques instants dans cette nouvelle direction. Après avoir race une bonne topographie de Dieppe, et avoir signalé une ii cons ance de son climat, que tous ceux qui ont visité ce port

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de mer ont pu apprécier, l’instabilité de la température, Lepecq fait un pompeux éloge du caractère moral des habitants de cette ville. Il venge surtout, avec l’indignation d’un honnête homme, les braves habitants de Polet des injures qu’a déversées sur eux un observateur superficiel, sous prétexte de les peindre. Qui n’a jamais senti de pitié pour les malheureux sur lesquels pèse le poids du jour, n’a pas le droit de les condamner. La justice ici, comme les grandes pensées, vient du cœur. Puis, il trace à grands traits, d’après les documents que lui fournit un médecin de la localité, une épidémie de fièvre putride exanthémateuse, qui sévit surtout dans les classes populaires, et qui y fit de très-grands ravages. On ne peut douter, en lisant cette description, qu’il ne s’agît encore ici d’une fièvre typhoïde. Comme il l’a fait déjà, à propos d’épidémies semblables, il fait observer que, dans cette épidémie, une diarrhée soutenue était d’un bon augure, bien qu’elle fût loin de préserver toujours de la mort. Mais il remarque en même temps que la surdité, qui survenait presque toujours, était d’un augure moins favorable que dans quelques épidémies analogues, parce que, dit-il, elle survenait prématurément. Un jeune médecin, Riole, succomba au milieu de cette maladie populaire, victime de son zèle; Lepecq ne manque pas de payer un tribut d’éloges à cet obscur dévouement.

C’est en 1769 que cette terrible affection frappa la ville de Dieppe. Plus tard, en 1776, elle fut encore atteinte d’une maladie épidémique également grave, mais que cette fois Lepecq observa lui-même. Cette maladie était, suivant l'expression de l’auteur, une péripneumonie putride. Comme, dans sa pensée, cette épidémie se liait à une constitution médicale qu’il observa sur une grande échelle, il ne fait que l’indiquer ici, se proposant d’en parler plus tard. Nous nous conformerons nous-mème à cet ordre.

Caudebec, et toute la zone de cette contrée, qui est plus spécialement connue sous le nom de pays de Caux, sont largement décrits par notre auteur. Cette peinture, dans ses traits mo- Iaux> 11 esl Pas toujours très-flatteuse pour ce groupe de population. 11 semble même, à son expression contenue (1), que le jugement de Lepecq serait encore plus sévère, s’il était plus libre. Mais c’est là, je pense, de l’histoire ancienne. Sous 1 influence d’une civilisation commune, ces nuances disparaissent : on trouve là, comme partout ailleurs, un mélange de vices et de vertus, c’est-à-dire l’homme. En parlant de cette Géorgie un peu discréditée de la France, Lepecq ne pouvait manquer de célébrer les charmes et la beauté des femmes de ce pays. Mais habitué à tenir la plume sévère de l’observateur epidemiographe, son pinceau ne court pas assez légèrement sur ce nouveau tableau, pour y reproduire, avec toute la délicatesse de ses nuances, le type séduisant qu’il veut exprimer Le trait lourd de l’anatomiste y vient trop souvent heurter le trait idéal du peintre. Mais je m’aperçois que moi-même jesuis près de tomber dans un céladonisme fort peu médical, et me

hâte d abandonner un pinceau que guiderait mal une main inhabile, pour suivre notre auteur dans une direction, où l’un et 1 autre nous courrons moins risque de nous égarer.

Sauf la phthisie pulmonaire qu’il dit sans preuve avoir été p us frequente dans le canton de Caudehec qu’ailleurs, on ne

cTcX ParÜCUlier danS ^ PhySi°n0mie Path°logique de

Nous avons vu, il y a un instant, qu’un médecin judicieux avait demontrérque la miliaire n’est rien de plus qu’un sim Pie epi phénomène dans un certain nombre de makidie* Lepecq ag.te ici de nouveau cette question, et sue la foi dt

~r ,K « ««*«*« étm-

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médecin dont j’ai déjà parlé, et que son exagération de langage nous a rendu suspect, Hardy, il semble ici accepter une idée théorique entièrement différente. Ce serait nous engager dans une discussion qu’une question définitivement jugée ne comporte plus, que de le suivre dans l’énumération stérile qu’il fait des maladies les plus diverses, où il a rencontré cette éruption accidentelle. Seulement nous ferons observer qu’il n’est peut-être pas impossible de saisir, au milieu d’assertions confuses, la cause de l’erreur dans laquelle il est tombé. Parmi toutes les maladies, où il signale cette éruption, il en est une qui présente une physionomie à part : en même temps que dans cette maladie apparaît l’éruption miliaire, on y voit survenir des sueurs profuses, et dont l’abondance est telle que les matelas du lit, dans lequel séjournent les patients, en sont pénétrés. En l’absence d’autres symptômes incomplètement exprimés et rien qu’à ce seul signe, n’est-il pas permis de reconnaître une unité morbide parfaitement définie, et qui figure là dans le cadre nosologique sous le nom de suette miliaire? S’il en est ainsi, et je tiens la chose pour à peu près démontrée, la cause de l’erreur de Hardy est démasquée; il confond des affections essentiellement différentes, ne distingue pas ce qui est de l’essence même des choses de ce qui n’y est qu’accidentel, et court ainsi à une erreur inévitable.

Rien d’ailleurs, dans tout ce paragraphe, qui mérite autrement de fixer notre attention. Les varioles, une scarlatine bénigne reparaissent encore ici, mais elles ne sont de la part de l’auteur l’objet d’aucune remarque qui mérite d’être reproduite.

Enfin, et c’est par là que je termine cette topographie partielle, Lepecq signale encore dans cette contrée une épidémie de choléra indigène, qu’on était porté à attribuer à l’usage de crevettes, de moules qu’on supposait altérées, mais qu il rat tache avec plus de raison à un abaissement brusque de tem-

pérature. Du reste, il ne fait qu’indiquer les symptômes de cette épidémie, qui sont bien ceux du choléra-nostras, et qui diffèrent, sous plus d’un rapport, de ceux qui caractérisent l’empoisonnement déterminé par l’ingestion des poissons toxicophores.

Quatrième division. — Contrée du Ronmois.

Maladie céréale: si cette maladie est moins fréquente aujourd’hui cela tient-il a ce que la maladie épiphytique, qui la produit, est elle-même plus rare? - Topographie médicale de Rouen. - De l’originalité pathologique de cette ville. - Fièvre typhoïde épidémique observée il y a cent ans : constatation précise dans cette maladie des lésions que l’inspection cadavérique découvre du côté du tube digestif.

Les détails dans lesquels entre Lepecq , pour tracer la topographie de cette nouvelle contrée, sont beaucoup plus précis, que quand il s’agissait des contrées précédentes. C’est que dans cette division se trouve Rouen, que notre auteur habita longtemps, et que des médecins distingués qui l’avaient habité avant lui, ou qui l’habitaient encore de son temps, avaient largement étudié sous le rapport topographique, et sous des rapports plus étendus, que le simple point de vue topographique. Aussi la partie capitale de cette topographie locale est-elle celle qui regarde la ville de Rouen, ou ses environs immédiats Toutefois , avant d’arriver à ce point important du travail de Lepecq de la Clôture, je crois devoir faire deux courtes remarques : la première est relative à une épidémie de fièvre putride maligne, qu’un médecin distingué de Rouen, Rouelle, observa dans le canton de Molineaux. Le seul enseignement original, qui sorte de l’esquisse que Lepecq consigne 1(n de cette épidémie, c’est qu’un trait à peu près constant de cette maladie populaire était la constipation. Dans la fièvre F 01 6 SPoradique, ü n’est pas commun de rencontrer ce P enomene ; mais cette circonstance paraît se rencontrer

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moins fréquemment encore, quand cette maladie règne épi— démiquement sur un groupe de population. Cette rareté du fait est ce qui m’a engagé à le signaler. La seconde remarque serait plus intéressante, si le fait auquel elle s’applique était présenté avec plus de détails. La maladie dont il s’agit ici, et qu’un médecin du pays dit avoir eu occasion d’observer assez souvent, puisque en fort peu de temps il en vit quatre cas, c’est la maladie céréale, l’ergotisme gangréneux : la Meilleraye est la localité où cette observation a été faite. L’auteur fait observer que, dans ce pays, le peuple se nourrit presque exclusivement de pain de seigle, et suppose avec raison, que le parasitisme, auquel cette céréale est exposée, fut probablement la cause de cet accident. Aujourd’hui même, on rencontre encore quelquefois, mais seulement à l’état sporadique comme ici, l’ergotisme gangréneux : on ne voit plus de ces épidémies terribles, qui ont été décrites dans les annales de la science sous le nom de mal des ardents, feu de Saint-Antoine, etc. Cependant en 1814, le département de l’Isère fut, sur quelques points, le théâtre d’une épidémie de ce genre ; le docteur Jeanson nous en a tracé l’histoire lugubre. Si ces épidémies se rencontrent infiniment moins fréquemment aujourd’hui qu’autrefois, cela tient-il à ce que la maladie épiphytique elle-même est devenue plus rare, ou bien à ce que le régime hygiénique des populations est plus varié, les farines qui entrent dans leur alimentation plus surveillées, plus expurgées? je ne sais ; mais cette question vaudrait peut-être la peine d’être examinée, en présence des épidémies épiphytiques nombreuses, dont l’apparition sinistre effraie non sans quelque raison les esprits sérieux.

Je ne m’étendrai pas davantage sur ces remarques, et arrive de suite avec Lepccq à la topographie de Rouen, et à l'indication des maladies qui lui paraissent propres au climat de cette

ville, comme aux autres conditions hygiéniques dans lesquelles elle se trouve placée.

Orientation de la ville, influence de la Seine qui serpente à ses pieds, action des montagnes, au milieu desquelles elle est comme encaissée, sur les courants d’air qui s’engouffrent dans ses rues étroites et tortueuses ; conditions misérables d’une partie de la population dans les quartiers les plus malsains, et qui aggrave encore sa position par des excès crapuleux ; analyse des eaux ; appréciation thermométrique, barométrique de son atmosphère propre, aussi rigoureuse que le permettait la science du temps ; tels sont les éléments précis qui entrent dans cette topographie locale. A comparer, d’après les données que nous fournit Lepecq de la Clôture, les conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvait Rouen à cette époque , avec celles dans lesquelles il se trouve aujourd’hui, il n’est pas douteux que cette ville n’offre de notables améliorations. Cependant, malgré le dévouement éclairé d’un grand nombre d’hommes qui, à toutes les époques, mais dans ces derniers temps surtout, se sont efforcés de concourir à l’assainissement de la capitale de la Normandie, on ne saurait douter qu’il ne s’y trouve encore une foule de causes d’insalubrité, qui pèsent sur la santé de la population. Mais ce n’est point ici le lieu d’étudier cette question : contentons-nous d’exprimer ici une espérance qui nous est chère, c’est que tant de lumières, tant de dévouement finiront par triompher des obstacles, qui jusqu’ici ont empêché une foule d’hommes généreux d’atteindre de plus près le but.

Après avoir établi, sur une aussi large hase, la topographie particulière de la principale ville de la Normandie, Lepecq trace, suivant sa méthode, une esquisse du caractère moral de ses habitants, qu à ce point de vue il partage en trois classes, la magistrature, le commerce et le peuple. La première de ces classes est l’objet d’un éloge qui n’admet aucune restriction ;

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la seconde est traitée avec un peu moins de complaisance ; la troisième, enfin, est fort malmenée ; l’éloge même, quand il perce dans ce tableau, y semble encore une ironie. En somme, il y avait probablement beaucoup de vrai dans cette appréciation, car il y en a encore aujourd’hui. Après ces esquisses partielles, Lepecq met en saillie les traits principaux du caractère général de la population qu’il étudie. 11 lui reproche les excès de table, un peu d’âpreté pour le gain, critique qu’il tempère d’ailleurs aussitôt, en faisant sortir de ce dernier défaut la supériorité industrielle, et la prospérité commerciale de Rouen : la rectitude du jugement, la prudence, l’affabilité, ou plutôt la sociabilité, sont les traits par lesquels il complète ce tableau, où se reconnaît un peu la main amie qui le traça. Toutefois, ici encore, nous devons reconnaître l’exactitude du peintre. Cette exactitude, nous la retrouvons également, quand il s’agit des nuances physiologiques, par lesquelles se traduit le tempérament d’un groupe humain considéré d’une manière générale. 11 remarque, à cet égard, que les femmes de Rouen sont fort sujettes à la leucorrhée, aux perturbations menstruelles, que les jeunes filles y sont plus souvent nubiles à 17 qu’à 15 ans. Quant à la première observation, elle n’offre rien de particulier pour la ville dont il s’agit, puisque les mêmes effets s’observent dans tous les grands centres de population. 11 n’en est pas de même de la nubilité tardive des jeunes rouennaises. D’après un tableau publié par un médecin aussi distingué par le caractère que par la science, M. Brierre de Boismont, 1 âge moyen où apparaît la menstruation, en France, serait pour les campagnes, 1 4 ans : 858, — pour les villes, 1 4 : 765, — pour la capitale, 1 4 : 504 (1). Or, ces chiffres sont énormément loin de la moyenne indiquée par notre auteur ; et si le fait exprimé

(1) De la menstruation considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiques , Pn’is, 1812, p. 26.

par cette moyenne insolite était vrai, il ne pourrait s’expliquer que par l’action de quelque influence locale puissante qu’il s’agirait de déterminer. Mais c’est là une appréciation vague, qui probablement n’est pas l’expression réelle des faits.

Maintenant voyons quelles sont , suivant Lepecq , en nous servant de ses expressions mêmes, « les affections propres, les maladies particulières à ce climat, et relatives aux mœurs et aux habitudes dont nous venons d’esquisser le tableau. »

Je l’avouerai encore ici, j’ai vainement cherché dans la nomenclature confuse, que l’auteur dresse de ces maladies propres au climat de la capitale de la Normandie, le cachet spécial qu’il nous annonce si formellement. Les maladies épidémiques, sporadiques, aiguës, chroniques ; les affections les plus fortement individualisées, comme celles qui ne consistent surtout qu’en une sorte de traumatisme local, y sont entassées pe e-mêle et sans ordre. Quant à moi, je suis convaincu que, si la physionomie morbide de la ville de Rouen diffère par des nuances de celle du reste de la province, ce qu’il n’établit meme pas, les maladies y sont parfaitement identiques. Dans tous les cas, si quelque prédominance pathologique s’y rencontrait, on ne trouve dans le travail de Lepecq aucune donnée seneuse sur ce point. Je poserais pourtant une exception à cette réglé, et elle serait en faveur de quelques maladies chroniques que les mauvaises conditions hygiéniques, au milieu desquelles vivent un grand nombre d’ouvriers, doivent tendre a faire prédominer. Mais ahcurté à l’idée théorique qui fait surtout denver des qualités de l’air la production des affections morbides, Lepecq ne songe même pas ici à cet ordre de causes, c renvoie tout simplement pour les maladies des ouvriers à namazzini (1), comme il renvoie à Tissot pour les maladies des

(t) Traité des maladies des artisans, Paris, 1822, in-8.

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gens du monde : ce qui, il faut en convenir, n’aide pas beaucoup à éclairer la question.

Je le répéterai encore une fois, pour bien marquer ce que je veux exprimer ici, si les maladies communes revêtent à Rouen une forme spéciale, s’il existe dans cette ville des maladies qui lui soient propres, on ne trouve dans Lepecq aucune donnée sérieuse qui l’établisse : on n’en trouve pas davantage ailleurs. Jusqu’à ce que cette démonstration soit faite, des assertions semblables à celles de notre auteur sont des assertions, et rien de plus.

Lepecq clôt cette topographie partielle par un fragment historique, où sont indiquées, avec de nombreuses lacunes toutefois, les diverses épidémies qui ont régné à Rouen depuis l’année 1350. En cette année, la peste éclata dans cette ville, et fit de nombreuses victimes. Deux cents ans plus tard, cette peste frappa la France tout entière. Lepecq fait observer judicieusement à cet égard que, dans ces temps reculés, le nom de peste et de maladies pestilentielles s’apppliquait à toutes les maladies générales et meurtrières. A une époque plus rapprochée de nous, le registre du collège médical de la ville fournit quelques renseignements plus précis, et l’auteur rappelle les maladies générales qu’il y trouve consignées avec plus ou moins de détails. Ce nouveau tableau, je pourrais le citer encore en faveur de la thèse que je soutenais tout à 1 heure, c’est à savoir que la pathologie de la Normandie n’offre aucun caractère précis d’originalité. Mais si, là partout, nous ne trouvons que de vagues données, dont il est impossible de faire sortir aucun enseignement utile, il n’en est pas de même de # ce qui suit : « Dans l’automne de 1753, dit Lepecq, d’après l’indication du registre collégial, une maladie épidémique lit beaucoup de désastres à Rouen : l’Europe entière en fut informée, et cet effroi répandit la terreur, surtout en Angle-

terre... Le collège s’assembla plusieurs fois, et on consigna sur le registre, que c’était une fièvre putride, qu’il fallait combattre avec la saignée, les évacuants, les délayants, la diète, et 1 émétique principalement, administré les premiers jours. Quod quidem remedium felici cum successu propinatum fuit, porte la rédaction de De Boisduval. »

Or, maintenant, qu’est-ce que c’était que cette fièvre putride? Un membre du collège, Pinard, en a fait la description, et il est impossible d’y méconnaître une fièvre typhoïde. La faiblesse radicale des malades, la fièvre intense, le délire, les accidents abdominaux, les fuliginosités linguales, les épistaxis, les exanthèmes, la durée même du mal, 30, 40 jours, tout y est : nulle part même, la symptomatologie de la maladie n’est traitée, dans les ouvrages de l’épidémiographe de la Normandie, avec autant de netteté et de précision. Mais ce n’est pas tout; nous trouvons là encore un élément de certitude, qui nous a presque toujours manqué jusqu’ici, quand il s’est agi d une semblable affection, je veux parler des lésions cadavériques, écoutez : « L’ouverture des cadavres a montré chez tous 1 estomac d’un rouge brun, livide, parsemé d’ulcères lenticulaires : le canal intestinal était dans le même état, et quelquesuns avaient les glandes du mésentère engorgées. Ceux même qui avaient éprouvé le plus de délire ne présentaient aucune alteration dans les membranes, ou la substance du cerveau. » Allez demander à MM. Andral, Bouillaud, Chomel, Louis, Bayer, etc., ce qu’ils savent de plus aujourd’hui sur les lésions que la fieyre typhoïde laisse dans les tissus ; ils vous répondront que ce vieux médecin de Bouen en savait, il y a cent ans, à peu près autant qu’eux sur ce point. Pinard avait vu, mais il a ait conclure : c est au génie de Broussais que cette gloire était réservée. Pourquoi cet homme illustre a-t-il, à son tour dépassé les limites dans lesquelles sa conclusion, pour rester

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vraie, devait se renfermer ? C’est que, comme l’a dit Bossuet, la sagesse humaine est toujours courte par quelque endroit.

Cinquième division. — Contrée de I.isieux.

Sophistication des cidres par les préparations plombiques ; encéphalopathie, judicieusement rapportée à cette cause. — Chlorose endémique. — Suette combattue par nne médication mal conçue. — Pneumonie putride épidémique, à laquelle on oppose la méthode des saignées 'coup sur coup.

A mesure que nous avançons dans les divisions topographiques admises par Lepecq de la Clôture, notre étude se simplifie, car les mêmes erreurs mêlées à quelques vérités, se reproduisant toujours, n’ont plus besoin d’être réfutées, puisqu’elles l’ont été déjà. Mais si notre travail s’abrége, en tant qu’il s’agit de ces erreurs, il n’en est pas de même pour les vérités partielles que nous rencontrons sur notre route, et

que nous devons toujours nous efforcer de mettre en lumière.

Tel est encore, et surtout le but de cette nouvelle étude.

Après avoir dit un mot des eaux minérales du canton de Pont-Audemer, et y avoir signalé çà et là quelques localités, dont la physionomie morbide porte le cachet presque indélébile de l’influence paludéenne qui pèse sur elles, Lepecq fait ici une observation, dont les conséquences intéressent encore aujourd’hui même peut-être les populations de la Normandie. Cette observation est relative à la falsification des cidres par les sels de plomb. Un médecin de Pont-Audemer, Halley, constate alors qu’on rencontrait souvent dans ce pays des coliques d’un caractère particulier, avec des apoplexies et des

paralysies. Et cet ensemble de symptômes, qui n’est malheureusement qu’indiqué, ce médecin n’hésite pas à 1 attribuer à l’usage du cidre, dont on cherchait à corriger l’âpreté, en

même temps qu’à lui donner plus de limpidité au moyen de la céruse. On ne saurait douter que cette appréciation de la cause de ces accidents d’une fréquence insolite ne soit parfaitement juste. Les recherches modernes, surtout celles de M. Tanquerel des Planches, et plus récemment encore celles de JM. Chevalier (1), ont surabondamment démontré que la sophistication des cidres par le moyen des préparations plombiques n’agit pas seulement sur l’économie, en développant des coliques d’une forme si particulière, mais que cette substance délétère porte son action jusque dans l’intimité du système nerveux, où elle fait naître un ordre d’accidents particuliers, qu’on a décrits sous le nom générique d’encéphalopathie saturnine. Il est évident que le médecin de Pont-Audemer avait parfaitement saisi cette étiologie, dont la justesse n’échappa pas non plus à l’esprit judicieux du médecin de Rouen. Il regarde avec non moins de raison, comme l’effet de la même intoxication, les coliques dont les épingliers d’un autre canton, le canton de l’Aigle, sont souvent atteints. Il insiste judicieusement, à propos de ces derniers, sur l’aggravation des accidents, que doit inévitablement entraîner la chaleur concentrée, au milieu de laquelle travaillent ces malheureux ouvriers.

On a cité, dans ces dernières années (2), quelques localités en France, où la chlorose semblerait être endémique, est-ce là le résultat dune observation sévère? Je ne saurais le dire. Dans tous les cas, Lepecq cite quelques points, dans la contrée dont il s agit en ce moment, où l’on croyait dès lors avoir fait une observation semblable.

( I ) Sur les accidents causés par l'usage du cidre et des boissons clarifiées ou adoucies au moyen des préparations de plomb. (Annales d'hygiène publique, Paris, 1853, t. XL1X, p. 69 et suiv.).

(2) Traité pratique de la menstruation , etc., par Dusourd, Paris 1847, in-8, p. 332.

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Au milieu du tableau abrégé d’une fièvre typhoïde évidente, qui affligea en 1 776 le canton de l’Aigle, on voit se détacher l’esquisse des accidents éprouvés par un médecin qui fut atteint lui-même de la maladie : mais, comme on doit le prévoir, cette esquisse est fort rapide ; le malade ne parle que des phénomènes de la convalescence, où apparaissent des abcès que nous avons vus être d’un augure si favorable pour le pronostic de cette grave affection. C’est ainsi que les lacunes mêmes de ce tableau éclairent sur la nature de la maladie qu’il retrace.

Nous voyons encore ici reparaître la vraie miliaire, c’est-àdire la suette miliaire. Lepecq fait sur cette maladie, ou du moins sur cette épidémie particulière de Montreuil, une singulière remarque : c’est que toutes les femmes, qui étaient prises au temps de la menstruation , périssaient en douze heures, à moins qu’elles ne fussent secourues. Ce secours efficace, le seul efficace dans ce cas, consistait en une saignée de pied. Les saignées de bras, et les évacuants, employés énergiquement, convenaient dans les autres circonstances. Du reste, il faut faire observer que le médecin du pays, vieux chirurgien du temps, opposait cette méthode unique, et cela suivant la mesure jugulante, à toutes les maladies aiguës. Lepecq termine cette relation par ce court commentaire : « Et on assure que cette pratique ne lui réussit pas trop mal... quod discant , vitentque for sitan poster i ( I). »

Des épidémies de fièvre continue mal dessinée, d’angine gangréneuse avec éruption, c’est-à-dire scarlatine, à Bernay, de suette miliaire, sont ensuite rapportées, qui ne donnent lieu à aucune observation. Je remarque seulement à l’égard de cette dernière, que les médecins, obéissant à l'idée funeste que l’éruption était un moyen de dépuration pour l’économie,

(1) Collection d'observations sur les maladies et constitutions épidémiques, Paris, 1778, p. 300.

bourrèrent leurs malades de cordiaux, les accablèrent de couvertures, et aggravèrent ainsi évidemment la maladie, qui se montra beaucoup plus simple et moins dangereuse, lorsqu’on se borna à une pure médecine expectante.

On voit se développer dans la plaine de Lieuvain, en 1777, une lipidémie de pneumonies graves, qui sont appelées putrides ; tableau bien plus incomplet encore que les précédents, et à propos duquel je ne ferai qu’une remarque : c’est que plusieurs médecins employaient alors, dans cette maladie, les saignées à très-larges doses : ainsi je pourrais citer tel malade, qui subit huit saignées en quelques jours. Lepecq blâme cette méthode : l’indigence des faits rapportés s’oppose à ce qu’on tire aucune conclusion dans le sens pratique.

Enfin le médecin de Rouen, apres avoir très-longuement décrit la position topographique de Lisieux, indiqué les maladies auxquelles cette ville lui semble le plus exposée, sans qu’elle soit soumise à aucune servitude endémique, rapporte, d’après Morin, médecin habüe de ce temps-là, une table de mortalité établie sur une période d’années assez étendue. L’auteur n’en tire aucune conclusion saillante ; mais le soin même de recueillir de semblables résultats montre qu’il comprenait déjà, et exagérait peut-être, faute d’en limiter l’application,

1 importance de la statistique.

Sixième division. — L,e pays (l’Auge et de l’JUyesmois.

Endemie marémateuse. — Epidémie de variole hémorrhagique — Eaux

alcalino-ferrugineuses de Brucourl: terminaison heureuse d'un abcès du foie.

Je passerai encore plus rapidement sur cette contrée que sur les précédentes, car les documents dont Lepecq s’est servi pour la décrire, paraissent fort incomplets. L’auteur s’efforce

4 92 MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.

du suppléer à ce qui manque à ce tableau, du coté de la pathologie, en y ajoutant les résultats de quelques recherches géologique^! u temps, mais il n’y réussit que d’une manière fort douteuse.

Les seules observations, non tout à fait dénuées d’intérêt qui se présentent ici, sont les suivantes : c’est que le pays d’Auge, à l’époque où écrivait notre auteur, offrait sur des points assez nombreux des marais plus ou moins étendus, qui donnaient naissance à un grand nombre de fièvres intermittentes de divers types, marquaient les populations du cachet paludéen, et abrégeaient le chiffre moyen de la vie. La seconde remarque que je ferai sur la pathologie de cette région, c’est que la variole paraît s’y être montrée fréquemment, grave ou bénigne, suivant les années. L’épidémie de variole, qui régna à Ilonfleur en 1765, paraît avoir été la plus meurtrière : on y observa souvent que les pustules prenaient une teinte noire, et que, dans ces conditions, diverses hémorrhagies avaient lieu (variole hémorrhagique de quelques modernes).

Enfin Lepecq, sur la foi de quelques personnes, intéressées à leur fortune peut-être, promet une brillante destinée à des eaux minérales, qui se trouvent dans cette contrée, a Brucourt, canton de Dives. Ces eaux paraissent, d’après l’analyse qu’en rapporte l’auteur, légèrement alcalino-ferrugineuses. Les faits qu’il cite en faveur de leur efficacité paraissent peu probants. Parmi ces faits, il en est un pourtant qui offre un ceitain intérêt. C’est un cas d’abcès du foie qui, après un assez long temps, finit par se faire jour au dehors, verse une grande quantité de pus ; puis, le malade recouvre la santé. Les eaux de Brucourt ont-elles été pour quelque chose dans ce résultat favorable? Ceci me paraît au moins fort douteux, bien que le malade par reconnaissance, et comme pour nous rappeler les ex-voto des anciens temples d’Esculape, se soit imposé depuis

ce temps la loi de revenir visiter chaque année ces humbles naïades. Dans tous les cas, c’est là une pratique bien scabreuse: car l’usage de ces eaux excitantes eût pu accélérer la marche de l’abcès ; et si celui-ci se fût ouvert, avant que les parois du kyste eussent eu adhéré à la peau, un épanchement infailliblement moi tel se serait fait dans la cavité péritonéale, etc

Septième division. — Contrée de Caen.

Tr-ad.l.on littéraire et scientifique noblement conservée dans la ville de Caen ~ Maladies pestüentielles aux xv.- et xv„* siècles. - Dévouement de. Z'decins cote a un pnx très-modéré sur le tarif de la reconnaissance huma“e

Saignées de pied dans la fièvre typhoïde. - Influence funeste de la ter’ reur dans une épidémie. a ter"

Lepecq reparaît ici sur le théâtre de ses premières observations; mais c’est dans une autre partie de ses ouvrages que nous étudierons bientôt, qu’il en consigne les principaux résultats. En attendant, il nous donne ici, comme prémices de ce nouveau travail, une description fort étendue de cette contrée, et surtout de la ville de Caen.

On voit, dans cette description, que l’auteur a entendu luimeme la voix des choses, pour me servir d'une expression aussi juste que pittoresque. Lepecq de la Clôture a en effet longtemps habité la ville de Caen, où il est né, ainsi que nous avons dit déjà, et il n’a pas besoin, comme dans plusieurs opographies précédentes, pour décrire cette nouvelle contrée au point de vue médical, de s’appuyer sur des documents, dont , ne pouvait, dans quelques cas, que. supposer la vérité:

l’exarfiî h™* “ “ ^ clrconstance, ™us gagnons du côté de 1 exactitude, nous perdons peut-être un peu sous le rapport

de la précision. Le souvenir de la patrie absente jette de nou-

eau e savant epidémiographe de la Normandie dans toutes

les intempérances de langage, dans tous les excès d’en W

194 MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.

nure du sentimentalisme du temps : et au milieu de ces métaphores, de ces déclamations ampoulées, la vérité ne se dégage pas toujours très-nettement. Pour qu on ne m accuse pas, à mon tour, d’exagération, qu’on me permette de citer un passage de cette topographie. Cette citation aura peut-être encore un autre avantage, ce sera de préserver de l’écueil, que Lepecq n’a pas su éviter, les médecins intelligents d’ailleurs, qu’un goût non suffisamment sûr pourrait exposer à s’y heurter. « O ma patrie, dit-il, avec quelle joie je rentre dans vos murs, où j’ai des droits si chers et si précieux ! Avec quel empressement je retourne à cette première école, qui fut celle de mes aïeux ! Avec quelle sensibilité je reprends aujourd’hui la place honorable qui me fut réservée dans ce même sanctuaire, où je fis le serment solennel de servir 1 humanité ! Eh! n’est-ce pas dans votre sein qu’il m’appartient de choisir et de rassembler des couleurs plus naturelles, les plus propres à remplir le tableau intéressant que je vous dois, que je dois à la nation entière?... Et vous, heureux compatriotes ! vous qui conservez des droits si légitimes sur mon amour et ma îeconnaissance, souffrez que je porte maintenant le llambeau de l’observation jusque dans vos solitudes. J y rencontrerai sans doute des qualités et des vertus, qui serviront autant à caractériser vos tempéraments que vos habitudes. Mais s il s-e présente des vices, dont l’influence morale ou physique puisse être contraire à votre conservation, ou altérer en quelque sorte votre saine constitution, vous me le pardonnerez ! J aurai le courage de vous le faire apercevoir (1). »

Une si brillante invocation figurerait très-bien à la tête d’un poème épique, d’une pastorale, d’une œuvre d’imagination quelconque, mais jure évidemment, comme première

(1) Collection d’observations sur les maladies et constitutions épidémiques, Paris, 1778, p. 388.

TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE LA NORMANDIE. m

page d’une topographie médicale, comme prolégomènes de la colique de plomb ou de la scarlatine : la sévérité de l’observation s’allie mal d’ailleurs avec une parole aussi émue.

Quoi qu il en soit, le dieu apaisé , placato numine , Lepecq poursuit son œuvre de médecin, décrit très-bien la position de Caen, son exposition, et signale avec raison quelques causes puissantes d’insalubrité, l’inondation fréquente des prairies, par exemple, sur la santé de la population de cette ville. En même temps qu’il donne d’excellents conseils sur ce point à ses anciens concitoyens, le médecin de Rouen remarque avec non moins de justesse que si, malgré cette condition défavorable, Caen n’est pas très-exposé aux maladies, il doit cet avantage à la grandeur de ses rues, de ses places qui sont largement ventilées, et à la dissémination de sa population sur une surlace beaucoup plus étendue, que celle sur laquelle se serrent les habitants de la plupart de nos grandes cités.

Après un éloge pompeux du caractère moral des Caenais après avoir signalé leur aptitude aux sciences, aux lettres (l)et dit sans preuve que la goutte, plus rare ici qu’à Rouen, y est p us aigue, que la phthisie y est plus commune, il consulte ce qu i appelle le matrologe de la principale ville de la basse Normandie, pour y saisir, s’il se peut, quelques traits de l’ori-

RJ Aujourd’hui encore, la ville de Caen se montre fidèle nnanf à la médecine au moins, à cette noble tradition. 11 y a dans ceUe vi lP une Soc, etc de médecine, composée d’hommes distingués e ou a

à la réputation de so^utonr n ^ """* m peU' 1u’aJ0l‘to mette ici dp ip • ’ ^u0 mon sava,it confrère me per-

196 MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.

ginalité pathologique de cette ville. Mais il ne trouve là que de très-vagues indications : quelques pestes, pour parler le langage du temps, y sont signalées dans le cours du xvie et du xvne siècle. La terreur que ces maladies inspiraient était telle que professeurs, étudiants, désertèrent les écoles, tout le monde s’enfuit à la campagne, et qu’on proposa dans cette circonstance vingt-cinq écus de rente, et la réception gratuite au médecin ou à l’élève, qui se dévouerait à donner ses soins aux pestiférés. Nouvel exemple, entre mille autres, pai lequel on voit que, dans tous les temps, le dévouement des médecins a été coté à un prix très-modéré sur le tarif de la reconnaissance humaine.

En présence des immenses lacunes du matrologe de Caen, Lepecq s’efforce de chercher d’autres documents, qui viennent fortifier les conclusions qu’il tirera plus tard de ses propres observations. C’est à ce titre qu’il cite longuement les résultats de l’expérience d’un de ses parents, qui continuait à habiter Caen, pendant que lui-même habitait la haute Normandie. Mais il n’y a rien dans tout ceci qui serve la thèse que soutient notre auteur, puisqu’on y voit des fièvres putrides, des fièvres catarrhales, des varioles, des morbilli, des angines, des scarlatines, etc., c’est-à-dire des maladies qu’on voit partout, et qui ne peuvent par conséquent, à moins d une plus grande fréquence positivement établie, servir à caractériser la physionomie morbide d’aucun pays du monde.

Dans les autres contrées, que notre auteur a englobées dans la topographie de la campagne de Caen , sont signalées quelques particularités pathologiques que je dois mentionner ici. C’est ainsi qu’il décrit, d’après un médecin du pays, de Glatigny, une colique qui paraissait propre aux habitants de Falaise , et qui était évidemment la colique de plomb. Cette sorte d endémie ou d’épidémie fixe était-elle due à ce que les eaux, dont

usaient pour l’économie domestique les habitants de cette ville , traversaient des tuyaux de plomb , ou bien à la sophistication du cidre par la céruse ? C’est ce qu’il serait aussi inutile que malaisé de décider aujourd’hui : mais ce qu’il y a de certain, c’est que c’était le plomb, de quelque source qu’il provînt, qui déterminait les accidents.

Plusieurs épidémies de fièvres continues, évidemment notre fièvre typhoïde, plus ou moins graves, selon les années, et qui ont été observées à Falaise, à Monceaux, h Noron, à la Pommeraie, à Saint-Pierre-du-But , sont également décrites dans cette topographie partielle. Nous ferons remarquer seulement ici que, dans quelques-unes de ces épidémies, et c’étaient les plus graves, les accidents cérébraux se développaient

vite, et qu’il semble que les saignées de pied modérées y aient été fort utiles.

Après cette description rapide, vient la description plus étendue d’une épidémie de scarlatine grave , qui frappa le bourg d’Evrecy et sa banlieue en 1774. Cette maladie fit d’abord périr un certain nombre d’individus, parmi lesquels je remarque un homme de 60 ans. Mais il paraît que la terreur, que la maladie inspirait aux populations, contribuait à aggraver les accidents et à rendre la terminaison funeste. Dès qu’une médication plus rationnelle fut opposée au mal, et eut permis de sauver quelques victimes, les esprits furent un peu plus rassurés, et cette heureuse disposition morale, jointe à une méthode thérapeutique mieux conçue, parut sensiblement diminuer les ravages de cette épidémie d’abord si meurtrière.

Telle est l’appréciation succincte de cette partie du travail de Lepecq , relativement à la topographie de la campagne de Caen, travail qui sera d’ailleurs complété, je le répète, dans c dernier volume de notre auteur, auquel nous allons arriver

MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.

Huitième division. — Contrée de Bayeux.

Singulière médecine populaire opposée à une dyssenterie épidémique. — Fièvre typhoïde traitée simplement par l’eau, et le bouillon léger. — Médecine turbulente, sorte de steeple-chase thérapeutique dangereux pour les malades. — Bains de lait dans la suette. — Ànasarque dans la convalescence de la scarlatine et de la rougeole. — Mort subite dans la convalescence d’une variole. — Grippe simulant la fièvre typhoïde à son début.

Il paraît que du temps où Lepecq observait, les plaines étendues, qui existent entre Caen etBayeux, voyaient régner assez souvent des fièvres intermittentes; mais une maladie beaucoup plus grave semble aussi s’y être cantonnée pendant plusieurs années ; cette maladie, c’est la dyssenterie. Les malades terrifiés refusaient les secours de l’art, qui probablement s’était montré impuissant à conjurer le danger, et, de désespoir, ils se soignaient seuls. Cent trente-cinq individus furent emportés dans une seule paroisse (expression de l’auteur). 11 paraît que ces malheureux, qui refusaient les conseils des médecins, se gorgeaient de cidre, de vin, d’eau-de-vie : et la plupart, dit Lepecq, mouraient ivres : Exultemus hodiè, cras moriendum : c’est ainsi que la philosophie d’IIorace devenait la philosophie des paysans bas normands du commencement du xvme siècle, et coûta la vie à beaucoup d entre eux probablement.

Ici encore tente de reparaître la discussion, infiniment trop prolongée, relative à la miliaire ; passons.

Petite vérole épidémique, à des années et dans des pays différents, légère dans un cas, grave dans l’autre. A propos de cette dernière, l’auteur s’élève avec énergie contre un charlatan de cette époque, auquel les paysans avaient une confiance aveugle, et qui, dans les lièvres éruptives, les bourrait de médicaments : histoire ancienne toujours nouvelle, parce que

le fait qu’elle constate est immortel comme la sottise humaine.

Mais si jusqu’ici je n’ai trouvé rien de saillant à signaler, en tant que symptomatologie ou thérapeutique , dans cette topographie partielle , plus loin je remarque çà et là quelques notions justes, qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler. C’est ainsi que, dans une épidémie grave de fièvre continue, on observe positivement que les malheureux, qui manquaient de secours médicaux , qui se contentaient d’avaler de l’eau , de boire du bouillon assez faible, parce qu’ils étaient pauvres, guérissaient ; tandis que d’autres, placés dans des conditions en apparence plus favorables, et auxquels les secours de l’art étaient prodigués, mouraient en plus grand nombre. Cette observation, il faut en convenir, a été faite plus d’une fois. «La maladie, dit Lepecq, était traitée par les chirurgiens sans aucune règle, en courant après les symptômes qui paraissaient les plus urgents : on trouvait de la fièvre, on cherchait à l’apaiser par des saignées répétées : les signes de saburres et de putridité faisaient purger sans fin (1). » Ces réflexions m’ont paru aussi justes que simplement exprimées , c’est pourquoi je les ai citées textuellement. Oui, il est incontestable que certaines fièvres typhoïdes s’accommodent mal de cette médication inquiète, turbulente , et qui, comme le dit si bien notre auteur, court après les symptômes : oui, gardons-nous bien de faire courir aux malades les aventures de cette sorte de steeplechase thérapeutique : n’oublions jamais, en face de cette maladie, qu il y a là une inconnue que les découvertes modernes, toutes réelles qu’elles sont, n’ont pas dégagée : et que cette inconnue nous impose la circonspection thérapeutique comme

(I) Collection d'observations sur les maladies et constitutions épidémiques, Paris, 1778, p. 453.

200 MALADIES ÉPIDÉirçjQUES AU XVIIIe SIÈCLE.

un devoir (1). La nature s’y suffit quelquefois à elle-même, nons l’avons tous vu : donc nous ne devons jamais , par une médication intempérante, nous priver de l’aide que nous pouvons trouver dans un si utile concours. Et quand je parle ici . de thérapeutique excessive, je n’entends pas seulement parler des saignées pratiquées coup sur coup, suivant une méthode générale, dans une affection quelconque, mais encore de purgatifs sans fin, comme aussi d’une diète trop prolongée qui, si elle dépasse une certaine limite de temps surtout, conduit infailliblement à la mort par inanition.

Dans une autre épidémie, celle de Truttemer, dansle canton de Tinchebray, où il me paraît assez difficile de décider si ce n’est pas à une suette grave qu’on eut affaire, un médecin habile du temps, qui observa la maladie, de la Polinière, fait une singulière remarque : il dit que, quand les malades étaient atteints de délire dans le cours de l’affection, il les plaçait dans un bain de lait, où ils séjournaient environ une heure etdemie, et ce bain, aidé de pédivules, suffisait à faire cesser ce grave accident. Que conclure de ce fait? Rien; mais ne fùt-ce qu’à cause de sa singularité, il méritait d’être noté.

J’ai dit, en examinant la division topographique admise par Lepecq, qu’il avait compris le Bocage dans la contrée dont il s’agit en ce moment. 11 s’occupe assez longuement ici, en effet, de cette partie de la basse Normandie. Il résulte de ses recherches sur ce point, comme des documents que lui fournissent deux médecins du temps, de la Polinière et de la Robcrdière, il résulte de ses recherches, dis-je, que les habitants du Bocage avaient en général une constitution moins forte que tous les autres habitants de la vaste province de la Nor-

(1) Voyez Déontologie médicale : de la circonspection thérapeutique, liv. 11, c. vi. — Des limites dans lesquelles doit être renfermée l expérimentation en médecine , idem., c. xi.

mandie. Je craignais, je l’avoue, que Lepecq de la Clôture ne fit dériver cette infériorité évidente des qualités de l’air, des vents, etc. : mais, non ; il remarque très-bien que la nourriture peu substantielle des malheureux habitants du Bocage, qui vivaient de lait, de sarrazin, de seigle ; que la vie des ouvriers, qui se passait au milieu des fabriques, sans mouvements, sans le contact vivifiant de l’air renouvelé, de la lumière, étaient la véritable cause de la dégradation physique que présentaient un bon nombre de Bocquains. Il fait observer ensuite, avec non moins de raison, que, dans ce pays, les jeunes gens, entraînés par les besoins des sens, malgré leur chétive apparence, se mariaient de très-bonne heure, et que cette cause avait probablement aussi sa part dans la faiblesse de constitution qu’il signale. Heureusement, une grande partie de ces conditions mauvaises a disparu, et on trouve là aujourd’hui une population aussi robuste qu’ailleurs.

Au milieu des nombreuses épidémies qui affligèrent, à diverses reprises, le canton de Vire, je remarque une épidémie de scarlatine. C’est ici, je crois, pour la première fois que l’auteur parle de l’hydropisie, qui survient assez souvent dans la convalescence de cette maladie, quand les individus qui en ont été atteints sont exposés à des causes de refroidissement, ou à d autres influences moins rigoureusement déterminées. Rien, du reste, dans cette courte exposition, qui indique que Lepecq soupçonnât ce qui se passe alors du côté des reins ; rien non plus qui mérite d être signalé dans les moyens opposés à cette dangereuse complication. Un semblable accident semble avoir été observé souvent dans une épidémie de rougeole vers le même temps; mais était-ce bien la rougeole? c’est vraisemblable, mais non prouvé.

Un cas qui s’observe également quelquefois dans la variole, et sans qu’on ait encore pu l’expliquer d’une manière très-sa-

tisfaisante, est rapporté dans l’histoire d’une épidémie de cette maladie : ce cas est relatif à une mort subite, à la période de suppuration. « Le malade, dit l’auteur, fut saisi d’un frisson considérable, se plaignit d’une douleur à la jambe, il l’étendit et mourut. »

Immédiatement après cette relation, je remarque deux cas de fièvre typhoïde évidente, sous la rubrique de fièvre miliaire, et qui, tous deux, après les symptômes cérébraux les plus graves, se terminèrent heureusement en même temps que des abcès se développèrent sur deux points différents. Vient ensuite une épidémie de grippe, quelquefois avec des symptômes qui, comme nous l’avons vu nous-même, pouvaient en imposer pour une fièvre typhoïde, et qui guérissait bien, excepté chez les vieillards et chez les phthisiques, par les moyens les plus simples.

Au moment même où je trace ces lignes, je viens de lire une Notice fort bien faite de M. le docteur Mercier de Sainte-Croix sur la variole pourprée (I). Je distingue surtout dans ce travail deux cas intéressants de pourpre variolique sine variolâ , au milieu d’une épidémie de variole, et avec un ensemble de prodromes qui ne peuvent laisser aucun doute sur l’exactitude du diagnostic de ce médecin habile, lesquels se sont tous deux terminés par une mort rapide. Dans la relation d’une épidémie de variole qui frappa Vire en 1770, Lcpecq rapporte deux observations exactement semblables à celles du médecin que je viens de citer. C’est ainsi que le langage de la vérité reste le même, malgré la diversité des lieux, des temps et des doctrines.

(i) Union médicale, 1er mars 1853.

Neuvième division. — Contrée de Séez et d’Alençon.

Je ne ferai que mentionner pour mémoire cette contrée ; car 1 auteur ne paraît pas l’avoir observée lui-même, et il ne s’appuie, pour en tracer la topographie médicale, que sur des documents fort incomplets. Je ne citerai qu’un fait qui, malheureusement, se ressent du vague que l’on voit régner dans cette partie du travail de notre auteur. Ce fait, le voici : Dans une épidémie qui frappa, en 1740, le bourg de Merlerault, et dont il est impossible de déterminer la nature , Lepecq rapporte que, sur quatre-vingt-dix malades qui furent atteints, il ne s en sam a que quatre ; et encore, fait-il observer, était-ce sur le déclin de 1 épidémie. Puis il ajoute : de ces quatre malades, un fut saigné treize fois ; un second, quatorze, et le troisième onze fois. Je pense, quant à moi, que, quelle que fût la nature de cette maladie, il est heureux que ce soit au déclin de l’épidémie que ces malades ont été soumis à cette espèce de knout thérapeutique, pour me servir d’une expression de M. le professeur Lordat, je crois; car je ne sache pas de maladie épidémique un peu grave dans laquelle, à la période d’état, la constitution la plus robuste résistât à une médication aussi épouvantablement énergique.

Dixième division. — Contrée de l’Avranchln.

At;lir^n1,in,elligenCe’ et delamotili'édans la convalescence des fiéyphoides graves. — Charlatanisme médical au xviu' siècle. — Admiration fanatique d’Hippocrate.

Les fievres typhoïdes, toujours sous la rubrique de fièvres miliaires, que nous avons observées dans les contrées précéentes, se produisent pendant les mêmes années sur divers

points de l’Avranchin. Aussi bien l’auteur ne les décrit-il plus d’une manière générale, et se contente-t-il d’y indiquer quelques traits particuliers. C’est à ce titre que je mentionnerai spécialement ici quelques observations qui, par leur originalité, se détachent du reste du tableau. Nous avons vu déjà que Lepecq de la Clôture avait parfaitement saisi le désordre intellectuel, cette sorte de monomanie, ou bien d’imbécillité, qui survit assez souvent, et pendant un temps plus ou moins long, aux accidents cérébraux graves, que suscite dans quelques cas la fièvre typhoïde, et qui, suivant Esquirol (1), fonde parfois une réelle prédisposition à l’aliénation mentale. Mais ici son observation va plus loin encore : il signale, comme manifestation nouvelle de cette atteinte profonde portée au système nerveux dans les fièvres continues, un cas de paralysie passagère des membres supérieurs, un cas de paralysie d’un bras seul, et surtout d’une main avec contraction des doigts, et enfin un cas de tremblement musculaire, qui pourrait, jusqu’à un certain point, se rapprocher de la chorée. M. Littré (2) cite deux observations analogues ; moi-même ai vu un fait semblable, et me suis empressé de le citer (3) : cela me paraissait, et paraissait sans doute au savant membre de l’Institut lui-même de l’observation fine, avancée. Et pourtant, nous le voyons, c’était là si peu du nouveau, que cent ans auparavant une semblable observation, et plus complète peutêtre, avait été faite déjà. L’histoire de la science tend à nous désinfatuer de nous-mêmes, et à nous rendre un peu plus humbles : étudions-la donc ; ne fût-ce que pour arriver à cette

En décrivant la principale ville de cette contrée, Avranches,

(1) Des Maladies mentales, Paris, 1838, t. I, p. 73.

(2) Dict. de médecine , art. Dotiunentérie, l. X, p. 434.

(3) Bulletin général de thérapeutique.

Lepecq y signale des causes immanentes d’affection paludéenne : aussi non-seulement la population de cette ville et de la banlieue présentait - elle l’expression cachexique de ces conditions malsaines, mais on y observait de loin en loin des fîevres pseudo-continues extrêmement graves, que l’on combattait avec succès cependant, à ce qu’il semble, au

moyen des évacuants d’abord, puis des préparations de quinquina.

Déjà nous avons vu Lepecq, dans plusieurs endroits de ses ouvrages, flétrir avec indignation les manœuvres des charlatans, pour capter et tromper à la fois la confiance naïve des populations : ici encore, il surprend les mêmes hommes en flagrant délit d’astuce et de mensonge, et ne les épargne pas davantage. Qu’on me permette, pour l’édification de tous, de citer un passage de l’auteur sur ce point : « Deux bandes de ces pestes publiques désolent notre province. Les premiers pseudo-medici, cellularii, les sorciers, les bergers, les consultants d urines, exercent la charlatanerie la plus facile, celle qui est de tous les cantons, et dont le plus souvent un tonneau rempli de décoction de séné, etc., fait toute la célébrité; notre capitale possède un homme distingué dans cette classe qui, faisant sortir alternativement de son tiroir trois ou quatre recettes, que le hasard appelle, répand seul plus d’ordonnances dans Rouen, que la médecine et la chirurgie réunies. Nous avons vu récemment cet homme empoisonner lentement avec le vitriol un citoyen qu’il avait promis de guérir d’une dartre inveteree. L’ouverture du cadavre fît apercevoir à deux de nos confrères, ainsi qu’à moi, les traces du poison dans des milliers d’ecchymoses gangréneuses dont l’estomac et les intestins se trouvèrent parsemés (1). »

(I) Collection (T observations sur les maladies et constitutions épidémiques, Paris, \ 778, p. 54t. 1

MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.

Les journaux de Rouen n’ont-ils pas signalé, il y a quelques années, la fortune inouïe d’un de ces vampires antè mortem , qui nous rappelle celle du charlatan du xvm* siècle? Non , rien de nouveau sous le soleil, non pas même en fait de niaiserie.

Il est vrai de dire cependant que ce grossier charlatanisme, qui n’est qu’un mélange, à doses égales, de sottise et d’impudence, ne réussit plus guère aujourd’hui, avec ou sans vulnéraire cueilli aux pieds des pyramides d’Égypte, que vis-à-vis des populations simples des campagnes. Mais pour ne pas tomber dans un traquenard si ridicule, les classes plus éclairées de la société peuvent-elles se vanter d’échapper complètement aux pièges de cette science de mensonge ? Ce serait une grande erreur que de le prétendre. Le charlatanisme qui, suivantl’expression de Bordeu, reparaît sans cesse et repullule, comme la vermine qui ronge les moissons (1), compte toujours et partout sur les lâchetés du cœur humain en face de la maladie, et saura longtemps encore trouver la voie qui conduit le plus sûrement à les exploiter. L’œuvre d’iniquité progresse avec la science elle-même, et lui emprunte les armes qui doivent l’avilir. Mais la loi n’est-elle pas là pour réprimer les désordres? Oui, parlez-nous de la loi, quand il s’agit de charlatanisme médical ! Un mirmidon , avec quatre mots écrits sur un chiffon de papier, délierait la science de toute la cour de cassation. Pour prouver que je sais un peu ce dont je parle, qu’on me permette encore une fois de m’emprunter une citation.

a Dans la vue de concilier avec l’intérêt de l’ordre l’intérêt de la liberté, auquel cette mesure (la limitation du nombre des médecins) porte atteinte, armera-t-on la loi d’une répression

(1) Tom. II, p. 813.

plus sévère ? Nous croyons, en effet, que par là on pourrait prévenir quelques désordres : mais combien de délits du charlatanisme échapperont encore aux prévisions de la loi, et à la vigilance des magistrats chargés de l’appliquer ! Menka a écrit un livre sur le charlatanisme ; la stratégie industrielle a fait depuis lors bien plus de progrès que la stratégie militaire, la stratégie parlementaire, et toutes les stratégies du monde. Allez donc vous attaquer à l’homœopathie, au somnambulisme, au racahout des Arabes, au biberon Darbot? Le biberon Darbot! qu’avez-vous à dire au biberon Darbot? Le biberon Darbot vous défiera éternellement. Les médecins s’en prennent volontiers au mauvais vouloir, à l’incurie des magistrats des progrès incessants de l’industrie médicale : ils ont tort. La faute en est à quelque chose d’essentiellement irresponsable, l’impossibilité. Le docteur Richard Napier croyait que la plupart de ses prescriptions médicales lui étaient dictées par l’ange Raphaël ; c’était une simple halluccination. Mais aujourd’hui tout charlatan, comme Cardan, ou Paracelse, a son démon invisible. Apprenez donc à vos procureurs du roi à déchiffrer la science hiéroglyphique de ces gens-là ! Ils vont tous les jours au sabbat, non sur un manche à balai, ou sur un bouc au poil hérissé, mais sur le dos de leurs dupes elles-mêmes. Le charlatanisme demande au monde la bourse ou la vie, et le monde donne gaiement l’une et l’autre, moritur et ridet (1). » Déplorons, oui, déplorons cette impuissance de la loi • mais deplorons-la surtout au point de vue de l’intérêt de l’humanité que la fausse science abuse et exploite. Quant à nous, remplissons notre sainte mission, sans jamais dévier de la ligne du eioir. Si la société est inapte à comprendre la science, elle comprend 1 honneur; associons en nous l’honneur et la

(1) Déontologie médicale, Paris, 1845, p. 510.

208 MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.

science dans une indissoluble union, afin qu’au signe de l’un, elle apprenne à reconnaître l’autre.

Mais revenons. Plus loin et dans la même ville, je vois indiquée pour la première fois la diphthérite sur le derme dénudé après l’application des vésicatoires, dans une épidémie grave de scarlatine, probablement.

Enfin l’auteur termine cette esquisse assez complète de la contrée de l’Avranchin par un tableau nécrologique de la ville d’Avranches, qui embrasse une période de quarante ans. Il résulte de ce tableau deux conséquences principales : la première, c’est que, dans ce pays, à l’époque où Lepecq observait, la mortalité était beaucoup plus considérable que sur plusieurs points de la Normandie qu’il a étudiés à ce point de vue ; la seconde, c’est que, contrairement à ses prévisions, le chiffre le plus élevé de la mortalité coïncide avec la saison printanière. Quant à la première de ces conclusions, l’auteur l’ explique par des influences multipliées, dont plusieurs nous semblent fort douteuses; l’influence marémateuse, signalée dans cette contrée, nous paraît être évidemment la cause à laquelle doit être attribuée la plus large part dans ce résultat. Quant à la seconde conclusion, savoir le maximum de mortalité coïncidant avec le printemps, trouvant que ce résultat est en contradiction avec un aphorisme d Hippocrate (1), Lepecq de la Clôture se donne une peine infinie pour le faire concorder avec l’affirmation du médecin Cos, et finit par se tirer de cette difficulté, en faisant de ces printemps mal appris, hétérodoxes, presque insolents, des printemps d automne. C est que, >oxez-

(1) « C'est dans l'automne que sont les maladies les plus aiguës et en général les plus mortelles ; c’est le printemps qui est le plus salubre et où la mortalité est la moindre. » Aphorismes d'Hippocrate, troisième section, Aph. xi. (Voy. Œuvres complètes, traduction nouvelle avec le texte grec en regard, par E. Littré, t. IV, Paris, 1844, p. 489.)

vous, Lepecq appartenait un peu trop à cette école fanatique, (lui aurait admis que la nature s’est trompée, avant de supposer une erreur dans la doctrine du souverain pontife de la médecine. Voilà ce qui s’appelle comprendre Hippocrate : qui le conçoit autrement s’exposerait encore aujourd’hui même à s’entendre dire que, s’il admire l’illustre médecin grec, c’est à peu près comme les bedeaux admirent saint Paul. Mais ne rions pas trop de ces déviations dans un sens opposé à celui

dans lequel nous nous égarons si souvent : l’erreur, c’est l’ombre de l’homme :

Iliacos intrà muros peccatur, etextrà.

Onzième division. - Contrée <ln Cotentin.

Colique endémique en Normandie non loujours rattachée à sa .érilable cause

pai Lepecq. — Meme erreur commise par Huxham en 1724 dans lo

térisation d’une endémie semblable. - A-ravaTon d’in! , , CaraCdéenne, par le seul fait du mélange d’eaux douces et des e Semll?d e.palu' - Influence de l'atmosphère marine sur la phlhisié pulmonaïrm"

Nous arrivons enfin à la dernière division topographique do hi Normandie admise par Lepecq de la Clôture, le Cotentin Nous retrouvons de nouveau ici l’influenee paludéenne exerçant, a l’cpoque où l’auteur écrivait, son influence ordinaire c est-a-dire donnant naissance à des fièvres intermittentes dé tout type, ou se mêlant plus ou moins énergiquement aux autres causes morbides, pour dénaturer la physionomie normale des maladies.

JVtî CCttC “"“T funeste’ nOUS en ™ïons autre qui ne 1 est pas moins, c’est celle qui détermine çà cl là une

col, que d une nature particulière, que le laborieux épidémio-

graphe assimile à celle du Poitou. 11 ne saurait être douteux

pour mo, que cette colique qui, par sa forme, et les lésions

210 MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.

secondaires qu’elle finit par entraîner, la paralysie particulière des membres supérieurs, rappelle si évidemment la colique de plomb, ne soit en effet cette maladie spécifique que nous avons vue régner sur tant de points, en Normandie, pendant tout le xviiu siècle. La cause, quoi qu’en dise Lepecq, n’en est pas moins certainement la même, c’est-à-dire la sophistication des cidres parles préparations plombiques. Dans une partie spéciale de cette contrée, à Ville-Dieu , Theopolis , municipium in fabricandis vasis œneis, fabrili arti omni ex parte addictum , ainsi qu’a caractérisé cette ville, Cenalis, évêque d’Avrancbes, dans cette ville, dis-je, Lepecq signale une endémie de même nature, une colique évidemment métallique. Un médecin, Du Bois, n’avait pas hésité à attribuer cette maladie à ce que, dans cette ville, il n’y a que des ouvriers en cuivre, qui habitaient des maisons « dont les murailles sont enduites de parties cuivreuses, qui en ont eux-mêmes la peau et les cheveux couverts (1). » Lepecq, sur la foi de documents contradictoires qui lui sont fournis par des collègues de ce dernier, rejette cette étiologie. 11 y a dans les sciences, et surtout en médecine, des hommes qui estiment qu’il suffit , pour être original, de penser autrement que tout le monde, et ces gens-là, en tombant dans l’absurde, s’imaginent qu’ils sont arrivés à l’originalité. 11 est extrêmement probable qu’iei Du Bois avait raison , et que ses contradicteurs , pour éviter 1 accusation de plagiat, ont raisonné de travers. Lepecq a eu le tort de les suivre dans cette fausse direction, ou il s est égaré avec eux, et- comme eux. Bordeu, dans ses Recherches sur la colique du Poitou , se moque avec esprit du tableau un peu enluminé que Du Bois trace de la vie misérable des ouvriers de cette ville de basse Normandie au xvm° siècle : mais l’esprit ne saurait pré-

(1) Collection d'observations sur les maladies et constitutions épidémiques, Paris, 1778, p. 570.

TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE LA NORMANDIE. 2 li

valoir contre la vérité; et si le vieux Du Bois a perdu sa cause aux yeux de ses contemporains, il l’a gagnée au tribunal de la postérité. Cette victoire vaut bien l’autre.

Le judicieux auteur de la Topographie médicale de la Normandie est plus dans le vrai, quand, à propos de la colique si fréquemment observée alors dans cette partie de la France’ il se demande si cette maladie doit toujours, et dans tous les cas, y etre attribuée à l’action des préparations plombiques Incontestablement, dans la plupart des épidémies dont il nous retrace l’histoire, c’est bien là la cause du mal ; et il y a un signe qui ne saurait permettre aucun doute sur ce point c’est la conclusion originale de la maladie là partout, dans un cer tain nombre de cas, c’est à savoir la forme si spéciale de la paralysie, et les autres accidents dépendant de l’action du plomb sur le système nerveux. Mais si cela est incontestable ce qui ne 1 est pas moins, c’est que l’usage général d’un cidre aci e, âpre au goût, tel que le fournissent certaines années et certains crus, peut révéler son action délétère sur 1 économie par le développement de douleurs abdominales. S’il en est ainsi, et l’on ne saurait guère en douter, est-il besoin d’ajouter que dans ces cas, la colique est un élément de la maladie

n est pas toute la maladie, qui se traduit ici sous une formé toute différente.

C’est évidemment faute d’avoir fait cette distinction que Huxham se trompa complètement dans l’étiologie qu’il as’sione a co ique cpidemique, observée par lui en 1724, dans°le evons ure. Cette maladie frappa exclusivement les individus

cTdre entSr ann60 v" “ ™, firent usa je métilY manifesta exactement comme une colique

métallique, par une constipation opiniâtre, des douleurs àb dominales violentes; et qmmd, ce qui arrivait souvent es malades restaient soumisà l’influence de la cause toxique’, o„

212 MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.

voyait survenir des accidents de paralysie, surtout du côté des membres supérieurs, des convulsions épileptiformes, etc. Rien qu’à cet ensemble de symptômes, il n’est pas permis de douter, je crois, que ces accidents dépendissent, non de l’action du cidre proprement dit, mais bien des sels plombiques que les marchands, que les propriétaires même y mêlaient dans le but d’en hâter la clarification. Huxham conserve bien quelques doutes sur la réalité de la cause, à laquelle il attribue le mal qu’il observe ; aussi dit-il : « Quelqu’un pourra me demander pour quelle raison le suc de pommes resserre le ventre avec des douleurs très-aiguës, dans une année, et pourquoi, dans une autre, il relâche considérablement sans aucune douleur vive (1). » Mais il ne répond à cette question, que par des explications chimériques sur l’action du tartre, sur la coagulation des liqueurs sécrétées par le moyen des acides, etc. La vérité est beaucoup plus simple : l’expérience de tous les jours démontre que, quand le cidre est nouveau, mais non falsifié, c’est la diarrhée qu’il détermine, et non la constipation, et surtout, que son action, si prolongée qu’elle soit, n’aboutit jamais aux accidents que nous avons désignés sous le nom collectif d’encéphalopathie saturnine. Au reste, cette étiologie de la colique épidémique du Devonshire fut contestée même par des contemporains d’Huxham, par G. Baker (2), etM. Alwen (3), qui, s’ils ne démontrèrent pas positivement le fait de la. sophistication à laquelle ils attribuent 1 épidémie, éveillèrent au moins des doutes sérieux dans les esprits.

La réalité de cette cause de maladie populaire, soit qu’elle prît sa source dans l’ignorance des populations, soit qu’elle

(1) Op. cit-, p. 565.

(2) Essay conccrning the cause of the endemical colic of Devonshire.

(;t) The endemical colic of Devonshire caused by a solution of lead tn

the cùler.

dépendit de la cupidité des marchands, était tellement constatée au temps où Lepecq écrivait, que la cour de Rouen avait édicté, dès l’année 1775, des peines rigoureuses contre ceux qui auraient employé des sels de plomb pour falsifier les cidres. Si Lepecq, dans son appréciation générale de cette maladie, en tant que propre aux contrées où le cidre est la boisson habituelle, ne pose pas nettement la cause que je viens d’indiquer, c’est qu’ici encore il est sous l’empire de l’idée théorique, qui lui fait s’exagérer l’influence des qualités physiques de l’atmosphère, comme cause des accidents pathologiques. Cette préoccupation toutefois ne l’aveugle pas complètement, et nous le voyons, dans cette circonstance, faire ses réserves à l’endroit d’une étiologie différente.

La partie méridionale de cette contrée, dans laquelle se trouvent Valognes et Cherbourg, n’est pas de la part de Lepecq l’objet de remarques plus importantes que celles que je Mens de rappeler : aussi ne ferai-je qu’indiquer deux de ces remarques. La première est relative à la fièvre intermittente, qu’on vit régner endémiquement à Cherbourg, après que le creusement d’un grand bassin dans le port eut fait refluer dans les campagnes voisines la petite rivière, qui jusque-là ne sortait pas de son lit. Auparavant c’était la mer qui inondait la plage, et ces inondations avaient une influence beaucoup moins funeste sur les populations. Mais à partir de l’époque, où se fit ce mélange des eaux de l’Océan et des eaux ouces, une cause d’insalubrité grave naquit pour la ville Cette observation trouve une admirable confirmation dans les belles recherches de M. Mêlier sur cette question, si importante au point de vue de l’hygiène publique (1 ). La seconde

PadMsliaxt SalmtS (Mém°ireS dG rAcadémie de médecine).

remarque a trait à l’influence heureuse, suivant le médecin de Rouen, de l’atmosphère marine sur la constitution des phthisiques. Une foule de médecins ont partagé avec Lepecq de la Clôture cette croyance consolante. Notre Laënnec luimême s’est bercé longtemps du doux espoir de voir se rétablir sa poitrine sous cette heureuse influence; et cet espoir, comme chacun sait, a été cruellement trompé. Peut-on dire cependant que cette question soit entièrement résolue? Quant à moi, je n’oserais l’affirmer. Certainement les fréquentes perturbations, que subit l’océan aérien par suite de son contact avec l’océan maritime, placent incessamment les pauvres phthisiques sous l’imminence d’irritations bronchiques qui ne peuvent qu’accélérer la marche des tubercules. xMais si, comme les recherches deM. Chatin, dans ces derniers temps, semblent l’avoir démontré, l’atmosphère marine est beaucoup plus riche en iode, que l’atmosphère continentale, ne serait-il pas possible de faire profiter ces pauvres déshérités de la science de cette condition favorable, tout en les préservant de l’influence éminemment dangereuse qui y est unie, et que j’ai d’abord signalée ? Pour atteindre ce but, il faudrait choisir non-seulement les saisons, non-seulement les jours, mais même les heures pour les promenades des phthisiques sur les plages maritimes. Si cela est possible, c’est au moins fort difficile, et complètement impraticable pour une toule de malheureux. Ne désespérons pourtant jamais des progrès de la science, quand il s’agit d’une maladie qui, comme la phthisie, fait payer chaque année un si lourd tribut aux populations.

C’est ici que se termine cette partie importante des ouvrages de Lepecq, la topographie médicale de la Normandie. Dans cette laborieuse revue, si j’ai trouvé sous mes pas d assez nombreuses erreurs, j’y ai aussi rencontré des vérités im-

portantes. Tout en combattant les unes, je n’ai pas laissé de faire tous mes efforts pour mettre en lumière les autres. Dans les deux cas, j’ai eu au moins l’intention d’être impartial et juste : puissé-je avoir été vrai! C’est encore la même ligne que je suivrai dans le chemin qu’il me reste à faire, pour arriver au terme de mon travail, que je vais poursuivre immédiatement.

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