CHAPITRE III
DE u F0RCK VITale, et des forces
COSMIQUES DANS L’bRGANISME.
porte lÏÏ"e de0!™!6 T ^ ^ ► « déjà dit,
maladie ■ a Pour titre : « Observations sur les
maladies épidémiques dTT ^ ^ k ' <"»
I oemiqucs d Hippocrate, et dans lequel on indique
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la meilleure méthode d’observer ce genre de maladies. On y a présenté, à côté de chaque observation, dans des colonnes séparées, l’administration des remèdes, leurs effets, les signes de coction, les jugements de la maladie, les pouls critiques, etc., etc., publié par ordre du gouvernement, et’aux frais du roi. » Dans cet ouvrage, dont le titre un peu long est un tribut payé à la mode du temps, Lepecq de la Clôture commence par exposer, dans un discours préliminaire fort étendu, sa méthode, sa doctrine. Sa méthode, nous avons dit ce qu’elle était, et avons essayé, en même temps, de montrer ce qu’elle aurait dû être : sa doctrine, c’est l’ hippocratisme pur, ou sous une expression plus moderne, et un peu plus indépendante, le naturisme. La pensée fondamentale du savant épidémiographe de la Normandie, sur ce point capital, ne se traduit nulle part mieux que dans le passage suivant, que pour cette raison je vais citer textuellement. « Par la nature, dit-il, je n’entends point ici le système de lois établies par le Créateur pour l’existence des choses, et pour la succession des êtres : c’est un ouvrage perpétuellement vivant, a dit M. de Buffon : le temps, l’espace et la matière sont ses moyens; l’univers, son objet ; le mouvement et la vie, son but. Cette idée générale, noble et sublime, doit être l’étude du physicien... Je parle en médecin. La nature est pour nous l’agrégat de tout cet ensemble, Ipar quoi l’homme se forme, vit, naît, s’accroît, exerce ses fonctions, décroît même, et meurt enfin. C’est cette force active et conservatrice, cette vertu organique, dépendante cependant du premier moteur, qui existe dans toute partie irritable et sensible, qui la fait se mouvoir et contracter, et agir même sans le concours de la volonté. C’est une faculté innée, qui semble vouloir éloigner et rejeter ce qui est nuisible aux organes, qui leur communique, pour ainsi dire, à chacun un goût propre, qui excite un mouvement salutaire, ou au moins qui fait
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effort, par une sorte de commotion générale, pour se débarrasser de tout corps étranger, ennemi de son harmonie. C’est ainsi que l’ont compris les Fernel, les Houllier, les Baillou, les Sydenham, les Baglivi, tous les médecins cliniciens qui ont suivi Hippocrate, et qui ont embrassé les maximes de l’école de Cos ('1). »
Il n est pas difficile de reconnaître 1 idée fondamentale de la doctrine d’Hippocrate dans cette vertu organique, dans ce goût propre des organes ; dans cette faculté innée qui, nonseulement préside au jeu régulier de l'organisme vivant,' mais encore concourt puissamment à l’affranchir de la maladie, quand celle-ci est réalisée. Cette force créatrice, conservatrice, médicatrice, n’est point l’âme, comme l’ont pensé Stahl, Saunages, etc., et parmi nos contemporains, comme cherchent à l’établir MM. Bautain, de Blainville, Hollard : ce n’est pas non plus une simple propriété de tissu : c’est un principe d’action ajouté, incorporé à la matière, qui la rend vivante ; c est, pour parler le langage du médecin de Cos, un Ivoppiov, c’est un principe de vie, comme l’électricité est le principe des phénomènes, qui se rattachent à cette force si nettement définie de la nature.
Je n’ai pas la prétention de résoudre le difficile problème, qui se pose naturellement ici, à propos de l’examen de la doctrine physiologique et pathologique de Lepecq, je ne puis pourtant me borner à cet égard au simple rôle d’historien. Ce principe de vie, qui n’est pas la matière, qui n’est pas l’âme, ou au moins qui n’en serait qu’une faculté distincte, et inconsciente, dont la plupart des physiologistes et des pathologistes, depuis Hippocrate, douent l’organisme, ce principe est-il démontré? Non certainement, si l’on entend par là une démons-
( I ; T. I'"r, Discours préliminaire.
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tration matérielle, ou mathématique, car il échappe par sa nature à ce genre de démonstration. Mais demander des preuves de cet ordre à ceux qui affirment ce principe, c’est montrer qu’on ne comprend pas même la question. « La solution de ce problème, dit J. Muller, appartient à la philosophie, et non à la physiologie empirique. Or, comme la conviction a des bases tout à fait différentes en philosophie, et dans les sciences naturelles, notre dexroir est de ne pas quitter le domaine de l’expérience fécondée par le raisonnement. 11 faut donc nous contenter de savoir, que les forces qui font vivre les corps organisés sont d’une nature particulière, et d’examiner quelles sont les propriétés qui les caractérisent (•!).» Cependant il y aurait un moyen de démontrer, qu’il n’y a dans l’organisme rien de plus que de la matière, et les forces communes de la matière, ce serait d’expliquer les phénomènes qui s’y produisent par le fait unique de ce substratum, et du jeu de ces dernières. Or, l’a-t-on fait, je ne dis pas pour la généralité de ces phénomènes, mais seulement pour un seul de ces phénomènes? La physique, la chimie, l’anatomie, même aidée du microscope, s’y sont tour à tour, ou simultanément essayées, et n’y ont pas réussi. Sans doute, de l’application de ces diverses sciences, si avancées de nos jours, à l’étude des phénomènes qui se passent dans l’organisme vivant, il est résulté l’élucidation d’une foule de questions partielles; mais tout cela n’a fait, pour ainsi dire, qu’étendre le domaine de l’anatomie, et a laissé à la vie, considérée au point de vue de la notion fondamentale qui la constitue, toute son obscurité. Pour avoir démontré, qu’à la surface de l’ovaire germent et se développent des œufs, qui se détachent à chaque période menstruelle, chez la femme nubile ; pour avoir, a l’aide du
(I) Manuel de physiologie, traduit de l’allemand par A. J. L. Jourdan. Deuxième édition. Paris, 1851, 1. 1er, p. 10.
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microscope, démontré que le sperme de l’homme contient une foule d’animalcules vivants, a-t-on beaucoup éclairé le mystère de la conception ? La science hystologique, la tératologie, y ont-elles servi beaucoup plus ? Toutes ces recherches, certainement fort utiles, ont éclairé les conditions matérielles du phénomène, mais le phénomène en lui-même, c’est-à-dire 1 éclosion, dans 1 œuf fécondé, de cette vie si nouvelle et si puissante, dont il va devenir le théâtre, ce phénomène-là reste toujours aussi obscur, aussi voilé. Ce que je viens de dire de la fécondation, je lediraid’un phénomène, en apparence beaucoup plus simple, de la fièvre; je le dirai de l’incubation, dans certaines maladies spécifiques, de la germination de tubercules, dans un organisme héréditairement prédisposé, de la latence diathésique, de la contagion, de la solution spontanée de certaines maladies, en opposition avec la destruction fatale de l’organisme par d’autres, de la solidarité fonctionnelle, etc. , etc. : invoquez tour à tour ou ensemble les diverses forces communes de la nature, et dites-moi si, à la faveur de ces forces, vous pouvez expliquer aucun de ces phénomènes.
Un des chimistes les plus distingués de nos jours, et qui s est surtout occupé de l’étude des phénomènes vitaux dans leurs rapports avec les forces purement cosmiques, M. Justus Liebig, semble combattre d’abord l’opinion des hommes, qui n’hésitent pas à rattacher à l’attraction, à la chaleur, à 1 électricité, au magnétisme , comme à leurs causes, les mouvements organiques. « Mais ils n’ont jamais essayé, dit-il, de déterminer par l’expérience les rapports qui existent entre les mouvements organiques, et ces forces spéciales, ou le degré
• \ , - mouvements organiques,
vis-a-vis de ces forces. On sait seulement que les forces physiques y ont une certaine part, et voilà tout. » Puis il ajoute :
« H est impossible, d’un autre côté, d’admettre l’opjnion des
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vitalistes, qui prétendent expliquer les mystères de la vie à l’aide d’une ou plusieurs forces vitales. Ces savants se prononcent sur un phénomène sans examiner s’il est simple ou complexe. Ils se demandent si l’on peut l’expliquer par l’affinité chimique, par l’électricité, ou par la force magnétique : puis, comme il n’est guère possible, dans l’état de la science, de fournir à cet égard des preuves affirmatives, ils se disent que ce phénomène ne peut être attribué à aucune de ces forces, mais qu’il est dû à des forces spéciales, inhérentes aux êtres organisés. Il faut songer que dans la recherche des causes des phénomènes, il n’est permis de procéder par élimination, que dans les cas où l’on a la certitude de connaître toutes les causes, auxquelles les effets peuvent être rapportés, et de démontrer que ces effets ne se rapportent qu’à une de ces causes (1). »
Il y a dans cette argumentation un sophisme, qui se cache sous les apparences d’une logique sévère, et qu’il faut démasquer. Vous dites, M. Liebig, que dans l’état de la science, il n'est guère possible de montrer le lien qui existe entre l’affinité, l’électricité, le magnétisme, et les phénomènes qui s’opèrent au sein de l’économie vivante ; je vous répondrai d’abord que cette expression, guère possible , est, sous votre plume, un pur euphémisme en faveur de la science, que vous cultivez avec tant de distinction. Puis, j’ajouterai qu’en bonne logique, c’est aux chimistes, aux physiciens à faire la preuve de leur affirmation. Je ne vous demande pas de nous faire un homme dans une cornue, de suivre ses développements, et de répéter ainsi la prétendue expérience, ou plutôt l’hallucination de Paracelse ; je vous demande seulement de créer, à l’aide de vos forces, un simple produit, tel qu’en fabrique, à chaque in-
(t) Nouvelles lettres sur la chimie, traduites par Ch. Gerhardt. 1832, p. 53.
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stant, l’organisme, une goutte de sang, une goutte de pus, une pustule variolique, une cellule cancéreuse, etc. Comme l’organisme est impuissant à produire un corps simple inorganique, de même les corps inorganiques, livrés aux forces purement cosmiques, ne sauraient donner naissance à aucun des produits que crée incessamment l’économie vivante : il y a entre ces choses, profondément distinctes par leur nature, une barrière infranchissable à tous les artifices de la science. Vous avez beau combiner vos forces, choisir le substratum le plus analogue à celui dont il s’agit de reproduire la vie spécifique, vous n’y parviendrez pas. Eh bien! c’est en face de cette impuissance radicale, que le physiologiste, que le pathologiste, concluent à l’existence d’une force particulière, immanente au sein de 1 organisme vivant : ont-ils donc si grand tort? Remarquez bien qu’ils ne nient pas dans l’étude des phénomènes spéciaux, dont ils s’occupent, l’intervention des forces . qui régissent la matière en dehors de l’organisation : bien au contraire, ils étudient avec la plus grande attention l’action de ces forces collatérales. Mais cette étude même, plus on l’approfondit, plus elle met en lumière les phénomènes propres de la vie, qui se dérobent à l’empire des forces purement cosmiques. Voilà pourquoi, je le répète, en face de phénomènes tout spéciaux, ils placent une force toute spéciale.
Pour montrer 1 insuffisance de nos connaissances sur les effets des forces de la nature, ou leur essence (expression de l’auteur), et pour laisser pressentir que la vie peut être un des effets de ces forces, M. Liehig cite l’expérience suivante : une baguette de verre plongée dans une solution de sulfate de soude, dont on a empêché la cristallisation spontanée, en recouvrant le vase qui la contient d’une carte ou d’un verre, détermine instantanément cette cristallisation. Mais si l’on
chauffe pendant quelques instants l’une des extrémités de cette
baguette à une lampe à esprit-de-vin, et qu’on la laisse ensuite relroidir, cette extrémité plongée dans la meme solution n’en détermine plus la cristallisation, tandis que l’extrémité opposée produit immédiatement cet effet (1). C’est là sans doute un résultat fort remarquable, mais il ne prouve rien dans la question. 11 s’agit ici non de la spécialité d’un phénomène, mais de la spécialité des circonstances au milieu desquelles il se produit, ce qui est bien différent. Les phénomènes vitaux sont d’un tout autre ordre, que le simple phénomène de cristallisation, et ils ne sauraient dépendre, dans tout ce qui constitue leur profonde originalité, d’une simple circonstance dans le jeu des forces communes delà matière.
Maintenant, si l’on veut bien suivre avec quelque attention la discussion de cette question, qui se reproduit aujourd’hui, et qui se reproduira toujours, tant qu’elle n’aura pas été résolue, on verra que tout en admettant dans l’organisme, comme une nécessité logique (oui, comme nécessité logique, nous ne retirerons pas le mot), un principe de vie, une force profondément distincte de toutes les autres forces de la nature, on verra que, dans notre opinion, ces forces ont une réalité trèseffective, et qui ne se perd pas dans une sorte de mysticisme physiologique, où l’organisme, et le monde, avec lequel il est en conflit permanent, ne sont plus en quelque façon que de simples aptitudes, de simples opportunités, à un certain point de vue, de simples monades.
Quand on embrasse l’organisme vivant dans l’ensemble des phénomènes par lesquels il se manifeste, il est impossible de ne pas reconnaître la part importante, qu’y prennent comme cause les forces communes de la matière. Comment voulezvous, par exemple, que la force universelle, qui se révèle par-
ti) Op. cit , p. 5S.
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tout où deux molécules sont en contact, l’affinité, ne se manifeste pas dans l’organisme vivant, quand tout, température, agents de dissolution, mouvements incessants, qui multiplient le contact, quand tout, dis-je, en favorise le libre développement?Toutefois, c’est sous la discipline de la vie, que cette force développe ses énergies au sein de l’organisme, où elles se renferment dans les limites d’une fin prévue. L’affinité, ainsi que toutes les autres forces qui gouvernent les mouvements de la matière, devient par là un instrument de la vie, comme un organe, comme un appareil, pour réaliser l’idée même sous laquelle celle-ci est conçue. Cette subordination des actions chimiques a la force vitale, dans 1 mleret meme de la vie, n’a rien de plus étonnant, que la subordination à la même force d’ensemble des autres énergies de l’ordre inorganique, qui fonctionnent au sein de l’économie vivante. Voulez-vous un autre exemple? Voyez la respiration ; quand, dans cet acte vital, vous constatez, d une part, le passage de l’oxygène à travers les poumons, et à travers toute la masse sanguine, et de l’autre, quand vous pouvez calculer d’avance la quantité d’acide carbonique, qui sera émis dans un temps donné, et presque dans une circonstance donnée : est-ce que vous pouvez nier qu’il se passe là un phénomène de combustion? est-ce que vous pouvez nier que cette combinaison s’accompagne par elle-même directement, ipso facto, d’un développement de chaleur, d’électricité? etc.’, etc. Mais ce sont ces concessions, dit-on, qui autorisent la chimie a imposer ses lois à la médecine violée. A cette accusation, tort a la mode aujourd’hui, et qui se trouve déjà, dans Boreu, aggravée de vitupérations moins ménagées encore je répondrai d’abord qu’en matière de science, le viol estâmes yeux parfaitement légitime, quand il est fécond : ensuite, je demanderai comment on s’y prendra pour nier des faits qui son c airs comme la lumière du jour. Dites que tout n’est
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pas là, que cette force brutale ne peut expliquer la juste proportion, suivant laquelle elle s’exerce dans la circonstance dont il s’agit ; dites avec M. Cl. Bernard que la chaleur animale n’est pas exclusivement un phénomène de combustion, ou au moins que cette métamorphose chimique s’accomplit sous la discipline du système nerveux, à tel point que la section d’une portion du grand sympathique entraîne comme conséquence une modification profonde dans la calorification de la partie, à laquelle cette branche se distribue ; dites encore avec le savant disciple de M. Magendie, qu’en piquant le quatrième ventricule, on fait uriner du sucre à un lapin; que la glucosurie par conséquent n’a pas une simple transformation chimique des substances amylacées dans l’estomac ; dites toutes ces choses, et beaucoup d’autres encore, pour montrer que les forces spéciales, don! est animé l’organisme vivant, viennent modifier l’action des forces brutes : mais ne iriez pas l’action de ces forces, car ce serait, je le répète, nier la lumière du jour.
Qu’est-ce donc, va-t-on s’écrier, que cette science fragmentaire , mendiante , qui ne vit que de la desserte des autres sciences? Qu’est-ce cela? Je vais vous le dire : c’est une science qui aspire à saisir la réalité des choses, et qui la cherche là seulement où elle est, c’est-à-dire dans l’harmonie , mais aussi dans la diversité des éléments, qui composent l’objet auquel elle s’applique. Si vous pouvez nous donner une notion complète de la vie, sans passer par ces intermédiaires , je le veux bien, et vous proclame d’avance un homme de génie; mais en attendant, laissez-nous marcher dans la voie la plus sûre ; laissez-nous épeler le grand livre de la nature, jusqu’à ce que vous nous ayez appris à y lire couramment. D’ailleurs rien qu’à considérer ces faits, abstraction faite de la loi physique ou chimique qui les gouverne , cette œuvre ne sera pas inu-
DE LA FORCE VITALE
tile'au grand jour de la révélation que nous attendons toujours : car il faudra que cette révélation soit vérifiée , et ces phénomènes , étant à l’avance connus , classés, la besogne en sera singulièrement abrégée. « Mais que dites-vous, connus , poiu-ra-t-on s’écrier avec M. Bordas Demoulin, que dites-vous, connus ? Est-ce que ce mot présente ici un sens ? la connaissance vient-elle donc du phénomène ? ne consiste-t-elle plus à le franchir , et aller par derrière chercher la raison de ce qu’il est? Or, on ne le peut avec des images, et on ne le fait qu’avec des idées. Ne vouloir rien expliquer, s’en tenir aux apparences, c’est renoncer à connaître (1). « C’est à merveille : quand je connaîtrai la raison des phénomènes, j’aurai la science des phénomènes : mais, en attendant, permettez-nous d’étudier les phénomènes pour connaître les phénomènes, ne fût-ce que pour savoir ce dont il s’agit. Si, d’ailleurs, une loi, qui est de la science, commande les phénomènes, elle est à un certain degré dans les phénomènes : pourquoi donc veut-on qu’au point de vue de la science , l’étude de ceux-ci soit nécessairement stérile? Je crois avoir fait, dans un chapitre précédent, une large part à la méthode à priori : en vouloir faire l’unique méthode dans 1 édification des sciences, c’est une exagération contre laquelle protestera éternellement le sens humain. Quand il s agit d’une science comme la médecine surtout, qui aboutit nécessairement à une application immédiate , sa seule raison d’être, cette méthode exclusive offre trop de périls. Les notions moins ambitieuses, auxquelles on arrive directement par l’observation , n’y sont pas à dédaigner. Descartes, sous le patronage duquel ces exagérations se produisent aujourd’hui , mais qu’un prudent éclectisme tempérera,
(1) Le Cartésianisme ou la véritable rénovation des sciences , ouvrage
rrr. ^>ai ' suivi de la Théorie de la substance et de celle
de l infini, 2* vol., p. 267.
4 * MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.
j espère, avait souvent cette prudence de bon sens ; c’est sous cette heureuse inspiration qu i] disait : « Je préfère la connaissance de quelque peu de vérités à la vanité de paraître n’ignorer rien (1). » Quiconque n’a pas cette humilité, qui est aussi une vérité d’un autre ordre, court le risque de se perdre dans les chimères d’une hypothèse stérile.
Maintenant, on demande comment le principe vital, d’un ordre différent des forces de l’ordre brut, peut faire obstacle à l’action de ces forces, qui tendent à immobiliser la vie ; et l’on nous représente ce principe comme campé au sein de l’organisme, à la manière du Dieu fainéant des Eléates au centre du monde. Raisonner ainsi, n’est-ce pas oublier la nature même de l’homme, c’est-à-dire l’union intime de deux substances, l’âme et le corps? Comment ces deux substances, essentiellement dilïérentes, agissent-elles l’une sur l’autre? Je n’en sais rien; mais j’ai la conscience intime de cette pénétration réciproque , et je l’affirme comme une vérité qui défie toute controverse sérieuse. Or, ceci posé, si l’on me demande comment la force vitale a prise sur les forces purement cosmiques, qui s’exercent au sein de l’organisme, et comment elle en limite l’action dans l’intérêt d’un but déterminé , la vie, je réponds tout simplement que je l’ignore; mais que je l’admets, comme j’admets l’action de ma volonté sur les muscles de mes yeux qui suivent ces lignes, sur les muscles de mon bras, de ma main, de mes doigts qui les écrivent, et cela, sans que j’en aie le moins du monde la conscience, quand mon esprit est occupé à un autre ordre d’idées. Mais c’est là de l’animisme? Oui, peut-être : mais vous qui, comme moi, pensez que la vie est autre chose, qu’une simple affaire de respiration, comment évitez-vous cette difficulté?
(1) Discours sur la méthode , Edition Renouard, p. 1 65.
DE LA V0I1CE VITALE
Un ami, dont personne plus que moi n’apprécie la belle intelligence, M. Pidoux, répond ici à notre appel avec un système complet, pour trancher cette difficulté, toujours plus vivement sentie, à mesure que la science marche. Ce serait m’exposer à dépasser de beaucoup les limites, dans lesquelles je dois me renfermer ici, que de réfuter un système aussi profondément élaboré, mais qui ne paraît pas devoir résister aux graves objections qu’il soulève à la première vue.
Admirateur passionné de Descartes, dont il admet la doctrine, non dans sa formule générale, mais dans ses principes fondamentaux, M. Pidoux n’aspire à rien moins qu’à renouveler de fond en comble la physiologie et la pathologie, en taisant sortir Tune et l’autre des principes du cartésianisme. Constatons, avant tout, que c’est là une généreuse ambition, et qui ne peut venir qu’à une vaillante intelligence. Pour arriver à ce but, l’auteur part du principe de l’existence d’une matière organique primitive. Bien que nulle part, soit dans son introduction qui précède le Traité de thérapeutique, soit dans la lettre qu’il a publiée l’an dernier (1), bien que nulle part ü ne se soit expressément expliqué sur ce point, on ne saurait douter que ce ne soit là son point de départ philosophique, pour marcher dans la voie nouvelle que je viens d’indiquer. Or, est-ce là un de ces principes fondamentaux qui commandent à l’intelligence, parce que, par leur évidence, ils s’imposent au bon sens? J’avoue humblement que je ne le vois pas. Ce prétendu principe, du reste, ce n’est pas d’aujourd hui qu’on l’invoque pour expliquer la vie ; déjà Needham, u ion, Schwann, etc., ont, à diverses époques, tenté d’as-
lamatière médicaie etde ia ; Paris tf 1 ° \leS Pr°fmeurs de la Faculté * rnLcinc de
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46 MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.
seoir la physiologie sur la base d’une matière essentiellement organique dès sa création. Où les a conduits ce principe ? A de simples assertions générales qu’aucun fait n’est venu confirmer. Le médecin de l’hôpital de la Riboissière sera-t-il plus heureux? je ne le puis croire. « L’organisme, dit-il, n’est que matière, substance active par elle-même, mais d’une activité supérieure à celle des corps inorganiques, et douée d’énergies spontanément représentatives de leurs propriétés (1). » Que signifie cette fameuse formule, sous laquelle M. Pidoux se plaît à traduire magistralement sa pensée ? Autrefois le système nerveux était, dans son opinion, le centre d’où partaient toutes ces énergies : c’était le polype de Bordeu (2). Il estime aujourd’hui, « que nos fonctions organiques ou végétatives, sont aussi animales que celles que Bichat a eu le tort de qualifier exclusivement de ce nom. Tout s’y fait par impression et conception, comme dans un centre nerveux (3). » C’est maintenant comme chez Bordeu encore (4), le génie des organes qui
(1) Lettre citée, p. 14.
(2) Voy. l’ouvrage de M. Bordas-Demoulin, où se trouve uue note de M. Pidoux, introd., p. 62.
(3) Lettre citée.
(4) Comme le lecteur pourrait n’avoir pas présents à l’esprit les passages, dans lesquels Bordeu traduit sa pensée sous ces métaphores hardies, je demande la permission de les citer ici :
« Les nerfs dont le dépôt commun est au cerveau, sont les organes les mieux pourvus de vitalité. Leurs fibrilles qui se distribuent à tout le corps, et dont l’arrangement varie suivant l’usage qu’elles doivent produire, constituent l’action différente de chaque partie, ou la différence de sentiment qui règle leurs fonctions. Le système nerveux peut, eu égard à ses propriétés essentielles, être comparé à un polype, dont les racines ou les bouches s’étendent aux organes des sens et à toutes les parties, donnant à chacune l’espèce de sensibilité et d'activité ou de mouvement vital dont elles sont pourvues, et que le sentiment gouverne; car la vie n’est que sentiment et mouvement..... il règne dans les lois de l’économie animale un art merveilleux qu on
DE LA FORCE VITALE
fait la vie de l’organisme. Mais où est, à ce point de vue nouveau, le lien qui unit toutes ces propriétés, et les fait concourir harmoniquement à un but prévu? Qu’est-ce, d’ailleurs, qu’une substance active, comme le quinquina, le mercure, le fer, conçue, animée, et n agissant vis-à-vis de la maladie que dans un état de transsubstantiation impossible à imaginer? N’est-ce point un peu là l’idéalisme de Berkeley transporté dans l’organisme ? Certainement, il n’y a dans ces expressions qu’une simple métaphore : car M. Pidoux, qui nie avec raison que l’empire des êtres vivants se puisse déduire généalogiquement de 1 empire des corps bruts, n’admet pas la proposition inverse, c’est-à-dire la création de corps simples par l’organisme, et ce fait de transsubstantiation est une chimère. Mais si ce n’est là qu’un simple artifice de langage, qu’une simple métaphore, que devient la théorie de l’auteur, qui repose essentiellement sur ce fondement mal assuré? Je crains que mon savant ami, en haine de la chémiatrie, ne se soit jeté dans une voie dangereuse. La vie est autonome, dit M. Pidoux : il ne dit pas, comme M. Ed. Aubert, que la science de la vie est autonome et autocrate ; ü a trop de bon sens pour
n imitera jamais. Le chimiste et le raécanicien'ont beau le chercher et se flatter de le connaître, jamais ils ne parviendront l’un à faire du sang, l’autre une machine semblable au cœur, au cerveau ou à 1 estomac; a plus forte raison ne connaîtront-ils jamais les rapports qui font 1 harmonie des organes. La nature est plus profonde que le plus sublime mathématicien. 11 y a donc trop loin des lois de la chimie et de a mécanique à celles de la nature. Appliquons-nous, par conséquent, a observer les phénomènes qui se passent dans le corps ivant, a connaître le génie des organes (ailleurs il dit mœurs des or0anes), leurs liaisons, l’ordre des fonctions et les temps où elles sexecutent Toutes ces choses dépendent de certains mouvements qu on peut apercevoir, mouvements qui sont les vrais fondements
B„r^,' J? ' Ct,qui mélite,U de O*® ‘Jamais notre attention. »’ Bordeu, Œuvres complet. II, p. 831.
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avoir tant d’esprit. La vie est autonome! qu’est-ce à dire? S’il en est ainsi, comment se fait-il que l’auteur fasse sortir celle-ci des propriétés innées de la matière, exactement de la même manière, et presque dans les mêmes termes, que la psychologie moderne fait sortir les idées de la substance pensante? Si des phénomènes aussi profondément différents sont, dans leur évolution, soumis aux mêmes lois, comment les distingue-t-il ? Si la vie est autonome, y a-t-il aussi une pesanteur vitale, correspondante à la pesanteur physique, spontanément représentative de celle-ci, qui n’en est que la cause excitante? Si la vie est autonome, comment peut-elle naître, et se conserver dans ce conflit perpétuel de forces opposées, au milieu desquelles elle apparaît? Si la vie était autonome, dans le sens absolu de la doctrine de M. Pidoux, et qu’il pût réaliser un instant son abstraction, je le défierais de faire, vivre pendant une minute, un polype d’eau douce dans un milieu aussi hostile à la vie ainsi conçue. « Loin que l’influence des forces générales de l’univers soit exclue de la vie organique, dit Burdach (1), elle est au contraire le moyen que la nature emploie pour réaliser l’idée de l’organisme, et lui imprimer un cachet plus tranché de détermination. » Et ailleurs : « Il (le principe vital) se sert des forces chimiques, mais ne parcourt pas la série des opérations chimiques, jusqu’à arriver à l’indifférence, à la saturation, au repos, et maintient les substances dans un état continuel d’opposition, de tension réciproque (2). »
Non, encore une fois, la science de la vie ne consiste pas dans je ne sais quelle transfiguration mystique des forces générales au contact de l’organisme, ou dans la négation de
(1) Physiologie considérée comme science d’ observation, traduit de l'allemand par A. J. L. Jourdan. Paris, 1841, t. IX, p. 60.
(2) kl., id., p. 693.
DE LA FORCE VITALE
l'intervention de ces forces dans les phénomènes de l’économie vivante ; elle consiste dans l’établissement de lois positives, qui soient au moins susceptibles d’être vérifiées par l’observation, si elles n’en sont pas une déduction logique : car c’est avec un grand bon sens que M. Bûchez a dit : « L’hypothèse n’est rien, ne signifie rien, si elle n’est faite dans l’intention d’une vérification, et si elle n’est vérifiée (1). » De là la nécessité, dans l’édification de la théorie dont il s’agit en ce moment, d’une étude analytique des faits, qui résultent de l’action des forces générales dans les actes de l’organisme, pour arriver à la notion de l’intervention de ces forces, et de la part, qui doit être faite à chacune d’elles, dans la résultante qui s’appelle la vie. Je regrette de ne pouvoir ici qu’effleurer cette question. J’y reviendrai probablement un jour, ne fut-ce que pour rendre compte de l’ouvrage que nous promet M. Pidoux, et dans lequel sa pensée sera plus largement développée. Mais je ne puis me dispenser de soumettre encore une observation au savant collaborateur de M. le professeur Trousseau, à propos du principe même qui est le point de départ de sa doctrine. Nous l’avons vu, l’auteur admet une matière organique primitive, et c’est cette matière qu’il doue de propriétés innées tres-nombreuses, et au contact de laquelle les forces universelles se transforment, pour devenir les leviers d’une physique, d une chimie transcendantes, je dirais presque métaphysiques. Mais M. Pidoux est chrétien, et il le proclame avec un noble orgueil • comment alors concilie-t-il le principe, que je Mens de rappeler, avec la vérité religieuse, qui lui est formellement opposée (2) ? Qu’on me permette de ne rien ajouter à
licür^T, ^ tmÜé C°mplet dePhilos°Ph h, «« Point de vue du catholicisme et du progrès, 2e vol., p. 106.
nhS^eraarqUT enC°re que la Genèse’ tout refusant à la force 1 . que universelle ce que lui accordent d’autres cosmogonies, la
no MALADIES ÉPIDÉMIQUES AU XVIIIe SIÈCLE.
cette remarque, et de la soumettre sans commentaires à l’appréciation de mon honorable ami.
Je veux terminer cette discussion un peu abstraite, mais rendue nécessaire peut-être par la confusion, que la question mal posée des méthodes a jetée dans les esprits, en m’appuyant encore sur l’autorité d’un homme modeste, mais d’un sens sûr, M. le docteur Hollard : écoutez le suppléant de M. de Blainville à la Faculté des sciences de Paris. « 11 y a donc comme une pénétration réciproque du monde physique et du monde physiologique : la force qui se manifeste dans le premier, étend son action sur tout ce qui s’appelle matière, que celle-ci soit ou non organisée, et la vie, à son tour, compte au nombre de ses effets des faits de chimie générale, et des
phénomènes physiques Cette relation des deux mondes,
tout intime et réciproque qu’elle soit, suffit-elle à nous montrer dans le monde physiologique un produit, une dépendance, une spécialisation du monde physique? non, elle s’arrête en deçà de cette démonstration. Réunissez tous les éléments matériels que l’analyse retire des corps organisés, rapprochez-les, faites agir sur eux avec toute leur énergie, et dans les conditions les plus diverses la chaleur, la lumière, l’électricité, vous ne produirez jamais l’organisme le plus simple, que dis-je, le moindre des composés propres aux corps vivants, et qu’ils
production des êtres vivants, rattache néanmoins ces êtres à la nature générale par les matériaux qu’ils lui empruntent. Dieu ne crée pas une matière spéciale pour les corps organisés, et sous ce rapport, les naturalistes modernes, qui, avec Buflbn, ont encore admis une matière essentiellement organique, sont non-seulement en opposition
avec la Bible, mais moins avancés qu’elle La cosmogonie, sacrée
nous montre la terre et l’eau produisant les êtres qu’elles nourrissent; mais toujours au commandement delà parole créatrice. « Et Dieu dit : Que la terre pousse son jet, » etc., etc. Enfin, Dieu forma le corps humain de la poudre de la terre. » De l’Homme et des Races humaines, par Henri Hollard, introd., p. 12.
DE LA FORCE VITALE
accumulent sous nos yeux ; vous ne produirez que des combinaisons binaires, minérales ; vous les multiplierez en les variant, mais vous n’irez pas au delà ; et si, vous défiant des procédés de l’art, vous cherchez quelque part dans la nature des circonstances tout spécialement heureuses qui feraient surgir tout à coup l’organique de l’inorganique, l’expérience vous les refuse partout ; car si l’on a pu croire, et si beaucoup de personnes admettent encore , dans une certaine mesure, des gérations spontanées d’êtres infirmes au sein d’une eau que réchauffent les rayons du soleil, personne du moins n’ignore que cette apparition n’a jamais lieu, que dans un liquide qui tient en dissolution des débris de corps organisés (1). »
Oui, la vérité est là, elle n’est point ailleurs : et le temps décorera bien des chimères , avant de mordre à un ensemble d idées, qui repose sur la base de la tradition et du bon sens :
... Ingenio victi, re vincimus ipsâ.
Je n ajouterai rien a cette ferme et lumineuse argumentation, et vais tout à l’heure poursuivre mon travail d’analyse qui, comme on le verra, nous conduira naturellement à d’autres digressions, non moins intéressantes au double point vue de la science et de l’art.
Je me résume en quelques mots : Il y a dans l’organisme des faits physiques, des faits chimiques et des faits vitaux ; ces faits, pour être coordonnés entre eux, dans l’intérêt de 1 unité de la vie, ne sauraient être soustraits d’une manière absolue auxlois, quinaissent de leur nature même. La logique le veut ainsi, et l’observation la plus attentive vient tous les jours le confirmer. Toute théorie physiologique, qui s’élabore en dehors de ce principe incontestable, ne saurait être qu’un
(0 Op.cit., p.28.
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décevant mirage. «Ce que la philosophie poursuit, dit M. Cousin, ce n’est pas l’unité, c’est la vérité (1).» « De quel droit, dit encore excellemment le même auteur, met-on l’imité d’une doctrine à ne souffrir en elle qu’un seul principe? Une telle unité n’est possible que dans ces régions de l’abstraction mathématique , où l’on ne s’inquiète pas de ce qui est, où l’on retranche à volonté de l’objet que l’on étudie, pour le simplifier sans cesse, et où tout se réduit à de pures notions. Dans la réalité, tout est déterminé, et par conséquent tout est complexe. Une science de faits n’est pas une série d’équations. Il faut qu’on retrouve en elle la vie qui est dans les choses, la vie, avec son harmonie sans doute, mais aussi avec sa richesse, et sa diversité (2) .» Sous prétexte de progrès, ne substituons donc pas un nominalisme de métaphores, vain jeu de l’esprit, au réalisme positif de la science de Dieu. Pour qui s’arrête à la surface des choses, il y a une foule de théories qui séduisent par l’unité apparente qu’on y aperçoit, mais c’est là une pure illusion produite par l’artifice du langage : l’unité est dans les tropes et non dans les choses, dont ces métaphores ont l’ambition de traduire la vie. En matière de science, il faut constamment se tenir en garde contre ces intelligences sensuelles, si je puis ainsi dire, que la musique des mots enivre, et qui, une fois sous le charme, sont impuissantes à saisir la fausseté des idées que ces mots expriment. A ces poètes de la science (3), aux yeux desquels les images s’objectivent comme des réalités, dont quelques-uns ont de l’esprit jusqu’à l’hallucination, je rappellerai ces vers d’un
(t) Op. cil., p. 296.
(2) ld., p. 293.
(3) Je pourrais citer un ouvrage, tout récemment imprimé (1854), dans lequel deux mots, avec accompagnement d'une infinité de variations synonymiques sur la gamme primitive, sur le motif principal, ont produit ce prodige de fascination ; mais je ne le veux pas
poëte plus grand qu’eux tous, de Millon, et c’est par là que je finirai :
But apt the mind, or fancy, is to rove Uncheck’d, and of her roving is no end,
Till warn’d, or by expérience thaugt, she learn That not know at large of things remote Frorn use, obscure and subtile, but to know That wich before us lies in daily life,
Is the prime wisdom The Paradise lost, book VIII ( 1).