‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 16 sur 73 · DE L'INVERSION · texte numérisé non relu

DE L'INVERSION

Si rmversion est une précieuse ressource pour l'écrivain amoureux des périodes élégantes qui font le charme du style tempéré ; si elle vient puissamment en aide à l'orateur qui veut frapper son auditoire par une image saisissante, elle est encore plus utile au poète I Disons mieux : l'inversion lui est indispensable.

Ce n'est que par elle, en effet, qu'il peut se plier à toutes les exigences de la césure et du rythme.

S'il était astreint à suivre constamment l'ordre grammatical, le poète serait entravé à chaque pas, et il lui serait souvent impossible d'exprimer sa pensée. C'est par l'inversion qu'il a surtout raison de la rime, cette quinteuse, comme l'a appelée Boileau ; c'est par elle encore qu'il donne de la grâce et de l'harmonie à ses vers, comme aussi de la force, de la précision, du relief.

Toutefois; il ne faut pas abuser de ce moyen. On doit aussi se mettre en garde non seulement contre les inversions ridicules ou forcées, de nature à rendre la phrase lourde, obscure ou ambiguë ; mais encore contre toute transposition inutile.

Il est à peu près impossible de formuler des règles fixes au sujet de l'inversion : ici plus que sur tout autre point, le goût doit être le suprême guide du poète. Avant tout, la phrase ne doit jamais cesser d'être claire* naturelle, et coulante.

Pour faire saisir d'un coup d'œil les qualités et les principaux défauts de l'inversion, nous allons placer côte à côte un certain nombre de vers offrant des exemples d'inv ersions légitimes et d'inveisîons défectueuses.

/. Et que m*a fait^ à moi, cette Troie où je cours ? bonne.

Où dans Therbe et les fleurs chantent des voix si douces. » / h. Rome à qui vient ton bras d'immoler mon amant. Pour qui tient Apollon tous ses trésors ouverts.

2* Cenx dont vous me parlez^ je ne les connais pas !

En ce monde il se faut l'un Vautre secourir.

2 b. Et si quelque bonheur nos armes accompagne. Mais vous avez cent fois notre encens refusé.

3» 4ux petits des oiseaux Dieu donne la pâture. De mes bras tout sanglants il faudra l'arracher.

3 b. La vertu d'un cœur noble est la marque certaine.

je jure à mon retour qu'ils périront tous deux !

4. Mères qui, nourrissant vos fils d^ lait des braves, N*ave{ pas dans vos flancs porte de vils esclaves...

4 b. Vivez, vous n'avez plus de reproche à vous faire. 4 c. Le seul amour de Rome a sa main animée,

4 d. De raille autres secrets j'aurais con^te à vous rendre.

^. Fuyez d'un vain plaisir les trompeuses amorces ! lyune prison sur moi les murs pèsent en vain.

5 a* D'un homme heureux l'ami n'est souvent qu'un flatteur, d^ut. 5 b. Il voulut mesurer de son mal l'étendue. »

S c. Pour de ce grand dessein assurer le succès. »

5 d. Je n'ai pu de mon fils consentir à la mort. »

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