‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 17 sur 73 · Mlle est, à l'horizon, cette troupe nombreuse ? bonm · texte numérisé non relu

Mlle est, à l'horizon, cette troupe nombreuse ? bonm

Si glorieux qu'il soit, tout front humain s'incline. »

6 b. Punis ils sont de leur poltronnerie. difeçt.

dèfect,

bonne,

difecU »

bonmêm

dèfect»

bonne.

dèfect

bonne,

Des exemples qui précèdent, on peut tirer les conclusions suivantes :

1. Le sujet peut être placé après le verbe ; mais on ne doit pas, de la sorte, séparer ce verbe d'un infinitif qui le modifie, ou d'un nom lui servant de complément direct.

On ne saurait non plus intercaler le sujet entre le verbe être et le participe, comme dans ce vers :

. . . Quand sera le voile arraché

2. Le régime direct ne peut être transposé, sauf de très lares exceptions, que lorsqu'il est formé par un pronom.

3. Le régime indirect peut être placé avant le verbe, pourvu qu'il n'en résulte aucune amphibologie, défaut caractéristique des vers 3 b.

4. On peut intercaler un complément indirect entre l'auxiliaire et le participe, (ex. 4) ou entre deux verbes dont le second est un infinitif complément du premier. (4 b.)

Mais il faut se garder d'en faire autant pour le régime direct, en faisant accorder un participe indéclinable, comme l'a fait Racine dans le vers 4 c.

Il ne faut pas non plus séparer des mots dont le sens est intimement lié, comme rendre compte^ faire peur y etc., qui forment de véritables expressions composées.

5. Si le complément déterminatif d'un nom peut se placer parfois avant ce nom, le plus souvent cette transposition est défectueuse.

68 ÉTUDE RAIS'ONNÉE

Ainsi, la juxtaposition qni en résulte ne doit pas être contraire à Tharmonie, comme dans le vers 5 a.

Elle ne doit pas accoler deux verbes dont le dernier serait un infinitif ayant le nom déterminé pour régime direct. (5 b.) ; ni deux prépositions dont la première se trouve ainsi séparée du mot qu'elle régit, comme cela se voit dans la citation 5 c.

îl faut encore ne pas opposer les prépositions de et ày comme dans la citation 5 d. ni commettre des inversions du genre de celle-ci, qui est grotesque :

J'ai vu de paille son chapeau !

6. L'inversion de l'attribut est rare et ne donne lieu à aucune remarque particulière ; on peut en faire usage dans les cas où elle est autorisée pour la prose.

7. On peut transposer à peu près à volonté les compléments circonstanciels des verbes :

A travers lu rochers la peur les précipite.

Et Tespoir, malgré moi^ s'est glissé dans mon cœur.

Vers la ville, à grands pas, la troupe s'achemine.

8. Les adverbes se placent aussi indifféremment a\ant ou après le verbe qu'ils modifient; c'est ^ne simple question d'euphonie :

Toujours la sûreté naquit de la prudence.

La raison du plus fort est toujours la meilleure.

9. De même qu'en prose, l'adjectif peut précéder ou suivre le nom ; mais non pas indifféremment, certes ! Nous ne saurions trop le répéter ; le goût doit être le suprême guide en pareille matière.

C'est lui seul qui nous dit que le mot captive est à sa place dans l'exemple suivant :

Aujourd'hui les Troyens pleurent une autre Hélène Que vous avez captive envoyée à Mycène.

tandis qu'il fait mauvais effet dans celui-ci :

On accuse en secret cette jeune Eriphile Que lui-même captive amena de Lesbos.

Nous n'approuvons pas les prosodistes modernes qui laissent pleine liberté aux poètes au sujet de l'inversion comme de l'enjambement.

« C'est à chacun à en user à bon escient, nous écrivait un de nos confrères, car il y a là un art aussi. »

Oui, certes, il y a un art, et c'est justement à cause de cela qu'il ne faut pas laisser toute latitude aux versificateurs, car chacun n'est pas artiste ! Et, d'ailleurs, tout art n'a-t-il pas ses règles ?

11 était donc indispensable d'indiquer, ainsi que nous l'avons fait, les principes généraux qui doivent faire distinguer une inversion heureuse d'une inversion défectueuse. La liberté du poète trouvera bien encore à s'exercer, car nous sommes loin d'avoir pu signaler, à Taide d'une formule, tous les écueils à éviter, d'autant plus que certains auteurs semblent se livrer à de véritables exercices de gymnastique, afin de sortir de l'ornière commune.

Nous accordons volontiers à celui de nos confrères qui se déclare partisan d'une liberté sans réserve, qu'il est plus difficile de construire des vers hérissés

d'inversions que de s'en tenir aux vers classiques. Mais qu'on agisse ou non par impuissance, on n'en fait pas moins fausse route en abusant de l'inversion au point de la prendre pour règle générale.

Mais le style marotique ? nous a-t-on objecté.

Il est vrai qu'on admet, dans ce genre, les tournures du XVP siècle, qui en sont la caractéristique.

Mais combien de poètes de nos jours seraient à même d'employer sciemment ce vieux langage ?.., Au surplus, quel intérêt auraient-ils à le faire, en admettant même qu'ils parvinssent à imiter l'élégant badinage de Marot ?

Autres temps, autres lois ! Le style ne peint pas seulement l'homme : il peint aussi son époque.

Or, le temps a marché depuis Marot, et la langue doit se conformer à l'esprit du siècle.

On oublie trop, d'ailleurs, que le style marotique ne convient qu'au genre badin et familier.

S'attacher à composer des pièces dans le goût et dans la forme de nos premiers poètes, c'est faire de l'archéologie poétique, et rien de plus.

Il nous paraît donc superflu de faire connaître les règles particulières du marotisme. Soyons de notre époque, avant tout, et alors seulement, s'il nous arrive — le sujet s'y prêtant — de faire un heureux emprunt à nos devanciers, nul n'y trouvera à redire.

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