‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 31 sur 73 · L. Brocberie · texte numérisé non relu

L. Brocberie

Généralement, on fait rimer le 2°** vers avec le 5® :

Ce n'est pas à moi, ma colombe, O ma Aile, Ame heureuse !

De prier pour tous les mortels, O lac de pureté !

Pour les fiTants dont la foi tombe, Dans la vallée ombreuse,

Pour tous ceux qu'enferme la tombe, Redte où ton Dieu te creuse

Cette racine des autels ! Un lit pliis abrité !

Victor Hugo.

Viens, ma chère Avany, viens vers la rive ombreuse

Où le Gange roule ses eaux ;

je connais un endroit où Ponde paresseuse.

Voluptueusement, ainsi qu'une amoureuse,

S'endort au milieu des roseaux.

Emile Barbier.

On peut encore faire rimer ensemble les deux premiers vers et le quatrième :

Au travail, au travail ! marche, voici ta route !

Au lieu de suivre encor tes rêves en déroute,

Monte, sans t'arrêter, si haut que tu pourras,

Monte au-delà du Mal, monte au-delà du Doute,

Alors, mais seulement, tu te reposeras !

Maiime du Camp.

Ou le premier seulement avec le quatrième :

La fortune ici-bas n^est pour nous qu'une épreuve ;

Qui possède beaucoup doit donner beaucoup d'or.

Et qui possède peu devra donner encor.

C'est le cœur qui fait tout : le denier de la veuve

Sera compté comme un trésor.

A, Guiraud.

La disposition la plus harmonieuse consiste à faire rimer le troisième vers avec le sixième. Victor Hugo affectionnait cette strophe magistrale, composée tout entière d'alexandrins ou coupée par deux vers de trois pieds, quelquefois de quatre i

Gloire, jeunesse, orgueil, biens que la tombe emporte ! L'homme voudrait laisser quelque chose à la porte.

Mais la mort lui dit non !

Chaque élément retourne où tout doit redescendre : L'air reprend la fumée, et la terre la cendre ;

L'oubli reprend le nom !

Vous savez ce qu'on fit du géant historique : Pendant six ans on vit, loin derrière l'Afrique,

Sous le verrou des rois prudents.

Oh ! n'exilons personne ! oh ! l'exil est impie ! Cette grande figure en sa cage accroupie,

Ployée et les genoux aux dents !

Plus que nulle autre, cette strophe a de la force. Elle peut aussi avoir de la grâce, témoin cette description de Minerve :

Ses yeux d'azur sont pleins d'une céleste flamme ;

Ses traits sont fiers et doux ; son visage de femme

A le teint d'une fleur fraîche-éclose au matin ;

On y voit se mêler le lys avec la rose ;

La jeunesse fleurit, la majesté repose

Sur son front immortel, dans un calme divin.

Camille Queudot.

Et aussi cette strophe où le sixième vers est octosyllabique ;

Souvent, pour louer Dieu, l'oiseau dit un cantique,

Un Pater cadencé : l'arbre est Tautel rustique ;

Avec ses doux parfums la fleur sert d'encensoir.

L'alouette se lève et chante les matines,

Et c'est le rossignol aux notes argentines

Qui fait la prière du soir.

A nais Ségalan.

Force et grâce se trouvent réunies dans la strophe suivante sur la mort de Victor Hugo :

Mais un jour a suffi pour te frapper, ô maître ! La foudre, sur le sol, a renversé l'ancêtre,

Les temps heureux sont bien finis.

Et finis sont les chants des fauvettes craintives Qui vont mirer leur aile au courant des eaux vive* :

L'arbre mort . . . c'est l'exil nés nids !

J. CayroQ.

On peut varier encore les mètres de diverses façons :

Noble patrie

Au sein meurtrie !

Nous mourrons tous ou nous te vengerons!

G belle France,

Notre espérance Est de laver dans leur sang leurs affronts !

Louis Gorlier.

Admirez la sœur Rosalie !

Sa vie A les exemples les plus grands.

C'est la sœur fidèle et modeste Qui reste, Les nuits, au chevet des mourants.

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