‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 32 sur 73 · L. J, Bëor · texte numérisé non relu

L. J, Bëor

îo6 ÉTUDE RAISONNER

Mais la disposition des rimes s'écarte rarement ce modèle, sauf dans les cantates. Ainsi Racine a dit :

Hélas ! dans une cour où l'on n'a d'autres lois

Que la force et la violence,

Où les honneurs et les emplois Sont le prix d'une aveugle et basse obéissance,

iMa sœur, pour la triste innocence

Qui voudrait élever la voix ?

Combien de temps^ Seigneur, combien de temps encore Verrons- nous contre toi les méchants s'élever ? jusque dans ton saint temple ils viennent te braver, Ils traitent d'insensé le peuple qui t'adore. Combien de temps, Seigneur, combien de temps encore Verrons-nous contre toi les méchants s'élever ?

11 est important de remarquer que ce sont là des strophes isolées ; autrement, ces répétitions de rimes fatigueraient vite l'oreille. Elles ne peuvent convenir qu'à une romance de trois ou quatre couplets au plus, comme celle de Chateaubriand, si gentiment découpée :

Combien j'ai douce souvenance

Du joli lieu de ma naissance !

Ma sœur, qu'ils étaient beaux ces jours

De France !

O mon pays, sois mes amours Toujours.

STANCbS DE 7 VERS

Cette strophe est rarement choisie parles poètes parce que l'ordre à observer dans la succession des rimes oblige l'esprit à une certaine tension ; c'est là le défaut des combinaisons trop compliquées.

DE LA VERSTFICATTON 107

Voici néanmoins trois exemples ;

Mets ton amour dans le passé,

Si Todieux présent te blesse ; Si le passé n*a rien eu ton cœur s'intéresse, Eh bien, sur Tavenir tiens ton regard fixé.

L'avenir, océan sans bornes, sans rivages !

Par la splendeur de ses mirages,

Quel rêve n'est pas effacé !

Francis Pittié.

Vous souvenez-vous, ma belle enfant blonde.

Des beaux jours d'été, Quand par le sentier que la lune inonde

De pâle clarté.

Vous passiez joyeuse et charmante et belle

Comme une hirondelle Qui rejoint son nid dans le toit planté ?

Jules Daveigno.

Quel bonheur de glisser sur l'eau bleue et profonde, Entre le double azur de la terre et des cieux. Comme fait l'albatros, qui vole en rasant l'onde ! Quel bonheur de voguer frais et silencieux, De regarder le ciel en oubliant le monde, Et de poser la tête en rêvant au doux bruit De la brise qui passe et de l'eau qui s'enfuit !

Ed. Grenier.

Si nous avions à comparer ces trois morceaux, nous donnerions volontiers la préférence à celui de M. Daveigno. Ainsi entremêlée de petits vers, la stance a une allure vive qui l'approprie très bien aux sujets enjoués, à la poésie fugitive.

On pourrait donner de Tampleur à la strophe en faisant rimer le premier vers avec le deuxième, le troisième avec le septième, et les trois autres ensemble. Cette coupe, dont nous n'avons pu trouver

:o3 ÉTIDE RAISCNVÉE

un seul exemple dans les nombreux volumes de vers français que nous avons feuilletés, est affectionnée par le grand poète de la Provence, Frédéric Mistral, qui en a tiré de merveilleux effets dans sa riche langue d'oc. Voici une strophe deCalendau :

Aubre dou mount GiKiu ! pinedo.

Eusiero, nerlo e mourvcnedo î E tu, soulèu tremount ! c tu, campés! re siau î

E tu, mar superbo î à Tangôni

Vous prene, wu, pèr tc^timôni

De moun cierne matrimôni î...

Aucèu de la tourèst, cantas lou cant nouvtau !

Tradaction :

Arbres du mont Gibal ! bois de pins,

bois d'yeuses, myrtes et genévriers !

et toi. soleil couchant, et toi, lande tranquille !

et toi, mer superbe ! à l'agonie,

je vous prends, nroi, pour témoins

de mon éternel hvmfnée !

CiseaiLx de la forêt, chantez le chant de noce !

STANCES DE 3 XTRS

Presque tous les couplets de romance ou de chanson se composent de huit vers, le plus souvent formés de deux quatrains :

Comme autrefois, r.otre Flore féconde

Et înd partout de rrierveiHeux décors :

Le pre fleur:, de senteur nous inonde,

tt r.u-le voix r.e c?:iinte ces trésors...

Do jx zhir.* Ti:i. aussi ::ils que !e^ r-?se5.

Les bcuîons d"or, îes Lias printaniers,

Toî qui parlais de si suaves choses,

Chansor. des fleurs, cù sent tes chansonniers ?

DTE LA VERSIFICATION* 100

Dans sa collerette d*argent.

Il rit comme une folle fîlle^

Et sa fine mousse pétille

De perles au reflet changeant.

Sa folâtre gaité nous gagne

Et, dans nos joyeux rendez-vous.

Il entend bien des rires fous,

Notre vin de Champagne.

A. ChaTmiic«.

Quelquefois le quatrième vers rime avec le huitième, et les deux autres rimes sont triples :

Fleur favorite, O Marguerite !

Dis moi bien vite S'il m'aime encor!

Car tu recèles En tes dentelles Fines et belles

Mes rêves d*or !

Antonius Adam,

Voici encore une autre disposition :

Dans Talcôve sombre, Prèsd^un humble autel, L'enfant dort à l'ombre Du lit maternel.

Tandis qu'il repose.

Sa paupière rose^ Pour la terre close.

S'ouvre pour le ciel.

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