DE LA RIME RICHE
La rime féminine est dite riche quand il existe une exacte conformité de son entre les deux dernières syllabes de chaque vers.
L'identité de ladernière syllabe suffît pour rendre riche une rime masculine.
Le quatrain suivant de Victor Hugo offre un exemple de rimes riches :
L'enfeo hélas ! ne peut s^àUindr$, — Toutes les nuits, dans ce manoir, Se cherchent sans jamais s'atteindre Une ombre blanche, un spectre noir.
La rime riche doit être recherchée pour les alexandrins ; mais il ne faut pas toutefois pousser les choses à l'excès, comme certains auteurs de nos jours qui affectent de n'employer que des rimes millionnaires.
Dans les vers courts, par exemple, la rime trop riche serait intolérable, si elle était constante, et il y a quelque talent à entremêler des rimes suffisantes aux rimes riches.
D'ailleurs, la rime n'est pas tout en poésie, et il nous semble qu'on doit se préoccuper aussi et surtout del'idée. Dès lors, nous ne saurions admettre ce précepte de Th. de Banville :
« Sans consonne d'appui, pas de rime. >
Employons des rimes riches quand elles nous viennent naturellement à l'esprit, quand Tidée que
ÉTUDE RAISONNÉB
nous voulons exprimer s'y prête ; n'en tolérons jamais de défectueuses ; mais ne torturons pas notre pensée, au risque de la dénaturer, pour transformer une rimé suffisante en rime riche.
N'oublions pas, enfin, que nous devons éviter d'accoupler, surtout dans les rimesriches, des mots trop usités, comme guerriers et lauriers^ succès et Franpais, etc.