‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 6 sur 73 · DE LA RIME SUFFISANTE · texte numérisé non relu

DE LA RIME SUFFISANTE

En règle générale, la rime est suffisante quand il y a identité de son, mais non d'articulation :

Manoir et soir y père et sévère ^ forment des rînies suffisantes.

Ici, toutefois, il faut entrer dans quelques détails, attendu que tous les sons ne sont point assez pleins pour constituer des rimes acceptables.

Ainsi il ne saurait y avoirde rime d'une seule lettre que dans les mots où cette lettre forme à elle seule une syllabe, comme

/ dans tra-hi et ohé-i,

. . é dans No-é et avou-éy

u dans Jé-hu et Abi-u.

Sauf dans ce cas, les voyelles a, e^ /, Oy «, ne suffisent donc pas pour la rime, et il en devrait être de même quand ces voyelles sont suivies d'une consonne insonore.

DE U VEIJSIFICATION 33

De même qu'on proscrit ayec raison comme défectueuses les rimes en er^ ésy e^^ nous estimons qu'on devrait proscrire celles en /5, ity us, ut, ot, aty ety qui sout cependant tolérées.

Pour nous, état et sénaty acquit et crédity écot^ et dévot, tribut et salut, abus et refus, souris et promis y ne riment pas mieux que tomba et prêcha, verdi et parti, écho et domino, perdu et vertu, et nous conseillons à nos lecteurs de s'abstenir de telles rimes, à moins qu'il ne s'agisse de monosyllabes ou de consonnances d'une rareté exceptionnelle.

La rime de ces mêmes terminaisons est très bonne quand la consonne de la fin est sonore,çomme dans les mots suivants : luth et but, blocus et cactus, jadis et lis, granit et déficit, dot et Scott.

Toutes les diphthongues ayant un son plein forment des rimes suffisantes.

Cependant, quand elles se trouvent dans un grand nombre de mots, il est d'usage de se montrer plus rigoureux et d'exiger la consonne d'appui.

11 en est ainsi pour les rimes en ant ou ent, quelques auteurs disent même pour ^î/r, ^w^, et ^n, tandis qu'ils admettent les rimes en o seul 1

Sauf pour les terminaisons en ment, dont le nombre est si considérable et qui, d'ailleuis, pour la plupart, appartiennent à des adverbes que l'on doit éviter d'accoupler^ ce§ probibitipns ne nous paraissent pas suffisamment justifiéeSi au moins pour les pièces de longue baleine»

Eh quoi ! vous admettez que sénat rime bien avec renégaty et jambon ne rimerait pas avec larron ? et chant ne rimerait pas avec puissant ? heureux avec courageux ?

, Nous trouvons ces rimes beaucoup plus acceptables encore que celles en /^ ou en ue qui sont admises sans l'articulation.

Ce sont ces rimes-là qu'on ne devrait pas tolérer, sauf pour les monosyllabes.

Pour résumer notre opinion à ce sujet, nous dirons qu'un poète doit châtier ses rimes autant que possible, qu'il ne doit jamais rimer par à peu près; mais qu'on doit lui laisser une certaine latitude, et ne pa^î lui faire un crime d'une rime faible mais non pas défectueuse ^si lemotemployérendbien sa pensée et si d'ailleurs l'ensemble de son travail révèle à la fois un penseur et un écrivain soucieux de la forme, c'est-à-dire un vrai poète !

Une grande sévérité ne nous paraît justifiée que lorsqu'il s'agit de sonnets ou autres pièces de genre dans lesquelles l'inspiration tient peu de place et qui sont plutôt des ouvrages d'art. La perfection dfe la forme a donc ici une importance exceptionnelle, et c'est avec raison qu'on se montre rigoureux envers les auteurs de ces productions.

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