‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 53 sur 73 · POÉSIES FUGITIVES · texte numérisé non relu

POÉSIES FUGITIVES

On désigne sous ce nom toutes les bluettes inspirées par une circonstance quelconque : cadeau, invitation, anniversaire, mariage, banquet, etc., etc.

Le principal mérite de ces œuvres de peu d'étendue est de couler naturellement de la plume, de s'en échapper en quelque sorte comme si elles étaient improvisées. La grâce, la délicatesse et la facilité en sont, dès lors, les caractères distinctifs.

Il faut ranger dans cette catégorie :X inscription^ le madrigal y Vépithalame et en général toutes les poésies d'un genre léger et gracieux, à la manière d'Anacréon et de Voiture.

L'inscription est une sentence destinée aux monuments, aux statues, aux portraits, etc.

Elle prend le nom dJ épigraphe quand on la place en tête d'un ouvrage, pour en résumer l'esprit, et dHépitaphe^ lorsqu'elle est gravée sur un tombeau.

La concision et la clarté sont ici de rigueur, l'inscription étant faite pour être lue en passant.

Il faut donc que l'idée soit saillante et exprimée en un ou deux vers, quatre au plus. On peut aller jusqu'à six ou huit dans l'épitaphe.

Le madrigal est le contraire de Tépigrauime : il est destiné à rendre une pensée fine, tendre et galante; c'est un compliment gracieusement tourné.

Vers ifjoal ion l

150 ÉTUDE RAISONNÉF

En voici un exemple :

Vous m'accusez, belle Julie, D'avoir volé votre portrait ?

On ne vous l'aurait point soustrait Si vous n'étiez pas si jolie !

Ch. Bistagne.

^ ' épithalatne était primitivement une sorte de chant en l'honneur des nouveaux époux. Aujourd'hui, on désigne ainsi les poésies de circonstance dites à l'occasion d'un mariage.

L'amour est le sujet obligatoire de ces bluettes ; on y joint parfois des souhaits et des compliments pour les époux.

Voici trois morceaux de ce genre que nous nous sommes efforcé de varier le plus possible, à tous les points de vue :

EPITHALAME v/i mon frère Gabriel et à ma helle^sœur»

De l'amour, aujourd'hui, vous célébrez la fêle,

Chers époux, Et par la voix qui vibre au cœur de tout poète. Le Ciel même répète ;

Aimez-vous !

L'amour dissipera vos heures de trist.^sse

Et vos pleurs :

Consolateur béni, sous sa douce caresse 11 fait naître l'ivresse

Et les fleurs !

L'amour est ici-bas la science suprême,

Vrai trésor !

C'est un resplendissant et divin diadème :

Jeune ou vieux, quand on aime.

Tout est d'or !..

A (MAURICE VASCHALDE

Aitii, puisque votre nacelle Est prête à braver tous les vents, Embarquez^vous : la mer est belle, Voguez sans crainte et sans tourments !

Quand l'Amour lui tend son armure, Le pilote brave recueil, Et sur la nier au doux murmura Il jette un paisible coup d'œil.

Parfois, durant la traversée, Si Porage se forme au loin, Rapide comme la pensée, Toujours il l'évite avec soin.

Pour lui, la mer a des caresses, Et le ciel, des rayons d'azur !

Il goûte les saintes ivresses D'une âme forte et d'un cœur pur.

Allons, ami, le flot vous pousse :

Voguez vers le bord enchanteur, Et que la brise^ sans secousse, Vous fasse atteindre ... le bonheur !

152 èrUDE RÀISONNÉE

lU

VAMOUR

Composé m l'honneur de (M, et de €Mme tJ^icol, Et dédié À mon ami Ernest Gautier, le sympathique frère de la mariée.

L'Amour fut, de tout temps, Tidole du Poète, Et ringraty souriant, tient sa main toujours prête

A le frapper au cœur...

Mais la blessure est chère à toute âme idéale Qui voit, des cieux ouverts, la splendeur sans rivale,

Grâce à TAmour vainqueur !

L'amour, c'est l'idéal, c'est la sublime extase ! Dans la Création , du sommet à la base.

Tout reconnaît ses lois ; Et Foiseau gazouilleùr, la brise fraîche et pure, L'insecte bourdonnant et le flot qui murmure

Le chantent à la fois !

Dieu le mit comme un baume au sein de chaque chose : Dans le rayon du jour, dans le cœur de la rose.

Dans la splendeur des cieux ; 11 le mit dans un mot dont la douceur nous grise, Dans ton âme de vierge où tout se poétise,

O femme ! et dans tes yeux !..

Sans amouT, ici-bas, tout nous apparaît sombre :

La terre, un monde informe, un chaos rempli d'ombre ;

L'azur, une prison I Mais l'amour rayonnant dissipe tous les voiles Et nous bit entrevoir au deli des étoiles

Un nouvel horizon...

Aimons, puisque telle est la volonté divine ! Sous eu joug adoré, que tout homme s'incline

Pour mériter le ciel 1 Aimons, pour adoucir les maux de l'existence, Pour comprendre tes lois, sublime Providence,

Et ton but éternel.

Et vous qui de l'Amour portez la douce chaîne, Qifi sentez dans vos cœurs sa flamme surhumaine,

Jeunes et :hers époux, L'un sur l'autre appuyés, poursuivez votre roule. Et pour qiK Dieu toujours vous aime et vous écoute :

Ah I sans cesse, aimez-vous 1

Il • «Il

§ 5. nu GENRE BUCOLIQUE

Les poésies qui peignent la vie et les mœurs pastorales relèvent du genre bucolique.

Il faut donc classer dans ce genre, avec Véglogucy Vidylle et la villaneUey tous les tableaux champêtres y tous les poèmes descriptifs.

Véglogue met des personnages en scène : c'est un dialogue entre bergers. Mais où sont les bergers de Virgile et de Florian, aujourd'hui ?.. Aussi l'églogue est-elle à peu près abandonnée, ainsi que la villanelle qui se composait de tercets avec refrains.

Il n'en est pas de même de Vidylle. Celle-ci est toujours en faveur ; seulement, au lieu de n'être que l'expression d'un amour modéré, elle comprend aujourd'hui toutes les scènes. de la vie champêtre.

Le style bucolique doit être sans affectation, mais empreint de grâce et de délicatesse. Les images douces lui sont familières et en font le principal charme.

Nous ne donnerons qu'un exeniple, une idylle qui date de dix ans déjà, presque un péché de jeunesse, mais dont le parfum n'a pas vieilli pouf nous.

Puisse le lecteur le trouver aussi de son goût I

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