‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 54 sur 73 · IDYLLE · texte numérisé non relu

IDYLLE

Quand doue s^ac<iompliroiil mee vœux ? Quand donc yivrai-je loin du fraeas dea villet. dans ces humbles retraites gui seront jusqu'à mon dernier soupir l'objet de mes délices ?

Reyrac.

«/f mon camarade Victor T>uclos

Dans un vallon bien solitaire, Je vois en rêve une maison, Un grand verger, pour me distrairei Et, pour m'étendre, un frais gazon.

Je vois, aux flancs de la colline, La vigne aux pampres verdoyants, Et sur le ciel bleu se dessine Un bouquet d'arbres ondoyants.

Un clair ruisseau court sous Tombrage

D'une forêt de châtaigniers ;

Le soleil dore le feuillage

De ses rayons tout printaniers.

La brise embaume ma terrasse, J'entends les vagues murmurer, Et Je puis voir, à leur surface, Le gai pêcheur s'aventurer. ..

Je puis porter ma rêverie, Comme ferait un tendre amant, De la montagne à la prairie Et du bois sombre au lac dormant :

Un beau petit lac miniature Ombragé par des arbrisseaux Qui, fiers de leur noble parure, Viennent se mirer dans ses eaux !

Cest dans ce lieu plein de délice Que je viendrai souvent m'asseoir^ Et, si la Muse m'est propice, J'y chanterai matin et soir I

Mais du déjeuner voici l'heure :

Je vous quitte, champs embaumés, Et je regagne ma demenre Où sont mes enfants bien-aimés.

Sous un berceau de clématite

Oii le couvert est déjà mis^

J'embrasse ma chère petite,

Ange aux yeux bleus et cœur soumis.

Et puis, c'est le tour de son frère, Charmant espiègle, doux lutin, Et je termine par la mère En frais costume du matin.

Aimable et simple autant que bonne.

Tout son trésor est dans son cœur :

L'amour autour d'elle rayonne Et répand sur nous sa chaleur !

Nous voici tous les quatre à table :

Ah ! le joyeux et bon repas !

Car l'ordinaire est confortable Et l'appétit ne manque pas^

Bientôt après, sous le grand hêtre Où nous entraîne mon penchant.

De ce poème tout champêtre Nous terminons le premier chant.

Tu viens alors, cher camarade, M'arracher à mon paradis, Et nous faisons une escapade A travers les bois reverdis...

Mais j^entrevois la plage grise Où nous attend Job le pêcheur, Et déjà s'élève la brise Qui nous apporte sa fraîcheur.

La barque est là, fière et pimpante, Prête à bondir sous l'aviron, Comme une cavale fringante Qui sent le mors ou l'éperon I

En un clin d'oeil, dans la nacelle Nous prenons place, tout joyeux :

Le temps est doux, la mer est belle Et nous voguons, silencieux

Comme elle est souple et magnifique Cette rade aux flancs festonnés !

Toujours la mer est pacifique Dans ces parages fortunés !

Tout disparait sous la verdure Des orangers pleins de senteursj^ Et ce jardin de la nature Offre des sites enchanteurs...

Mais le vieux Job nous fait un signe Qui nous arrache à ce tableau :

De la main il nous tend la ligne^ Et de l'œil il nous montre l'eau.

La pêche a lieu, mouvementée, Et l'innocent p^etit poisson.

Séduit par la vague argentée, S'en vient se prendre à l'hameçon.

Enfin, nous regagnons la grève Aux derniers rayons du soleil... Ici finit, hélas ! mon rêve :

Quel songe n'a pas son réveil ?

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