‹ Étude raisonnée de la versification françaiseChapitre 55 sur 73 · DE LA POÉSIE DIDACTIQUE · texte numérisé non relu

DE LA POÉSIE DIDACTIQUE

Le genre didactique ne comprend pas seulement les œuvres destinées à enseigner les principes d'un art, comme L'Art poétique ou les Géorgiques ; mais encore toutes les poésies dont le but principal est d'instruire et non d'amuser.

Dès lors, il faut rattacher à ce genre la fable, le conte moral, la légende, la satire, Tépitre philosophique, et en général tous les poèmes ou récits exaltant les nobles sentiments de l'âme : honneur, vertu, devoir, dévoûment, charité...

Nous n'avons pas besoin de définir la Fable : tout le monde sait qu'elle prête le plus souvent un langage aux animaux, afin d'instruire les hommes d'une manière détournée. C'est un moyen ingénieux de faire entendre la vérité aux gens sans s'attirer leur courroux.

La fable, dont les vers sont généralement libres, se compose d'un récit, d'une action et d'une moralité. Elle doit être juste et vraisemblable. La simplicité et la clarté sont ici de rigueur, et la morale doit se déduire si naturellement du récit, qu'on puisse, au besoin, se dispenser de l'exprimer.

On ne saurait donner de règle pour la composition de ces petits drames ; on ne peut que conseiller aux auteurs la lecture et l'analyse des Fables de notre inimitable La Fontaine. Brièveté, naïveté,

finesse d'esprit, bon sens, remarques originales, merveilleuse souplesse de style : tout cela se rencontre dans ces admirables chefs-d'œuvre du Bonhomme.

L'imagination ne doit jouer ici qu'un rôle secondaire : c'est dans F observation qu'iï faut puiser un sujet de fable ; il s'agit de peindre ce qu'on a vu et d'en tirer une conclusion morale.

Un poète qui vit aux champs et qui aime à étudier les mœurs des animaux est plus apte qu'un autre à composer ces petits récits. Il faut d'ailleurs être doué d'une tournure d'esprit particulière pour aborder ce genre avec succès.

La fable se nommait apologuey chez les Grecs. Aujourd'hui, le mot fable s'applique plus spécialement au poème, tandis qu'on entend par apologue la trame même du récit.

L'allégorie entrait pour beaucoup dans les apologues des anciens.

Il nous semble que ce mot dJ allégorie peut désigner les poésies qui affectent les allures de la fable mais qui en diffèrent en ce sens qu'elles se bornent à un récit et à une comparaison et n'ont d'autre but que d'établir une analogie de situation de nature à séduire par sa grâce piquante.

Telle, par exemple, cette petite pièce que nous adressions à M. Joséphin Soulary, le fin sertisseur de sonnets, à notre arrivée à Lyon, en 1879 :

l60 ÉTUDE RAISONNÉE

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