OISEAU TIMIDE
Sur l'aile du zéphyr, un pauvre oiseau timide Entreprit un voyage en de lointains pays.
11 ne se doutait pas^ dans son esprit candide, Que le calme de l'air est un calme perfide Et que, par le soleil^ les yeux sont éblouis !
Seul, il s'aventura dans les champs de l'espace, Abandonnant les bords où fleurit l'oranger, Où la vigne aux bras d'or à l'olivier s'enlace, Où de l'hiver à peine on distingue la trace Quand, du Nord, les frimas éloignent l'étranger !
Le ciel favorisa sa folle tentative ; JVlals, quand il eut posé son aile sur le sol Et qu'il se prit, songeur, à contempler la rive, Son émoi fut si grand, et sa crainte si vive Qu'il n'osait plus chanter ni reprendre son vol.
Alors un rossignol, chantre aimé du bocage, Voyant son embarras, lui servit de JVlentor : Et l'oiseau voyageur, dans ce doux voisinage Reprit, avec l'espoir, sa gaité, son ramage, Et rien ne vint ensuite arrêter son essor.
Ma muse est cet oiseau dont j'ai dit l'imprudence : Du bocage sacré n'osant franchir le seuil.
Pour retrouver sa voix et rompre le silence, Elle attend un sourire, un regard d'indulgence... Auprès du rossignol trouvera-t-ell* accueil ?
DE LA VERSIFICATION l6l
Le conte se rapproche de la fable par le côté merveilleux qu'il présente. Aussi, les contes en vers de nos trouvères s'appelaient-ils des fabliaux.
La plupart des contes sont malheureusement entachés de licence. C'est aux poètes à réagir et à nous donner des contes moraux : ceux-là seuls devraient être du domaine de la poésie.
En voici un de bon aloi, sorti de la plume de notre ami Bouret, et illustré de main de maître par Ferdinandus, l'artiste à l'inspiration si chaude et au crayon si original.