ROMANCE
jadis, quand le soleil savait dorer ma vie,
Quand s'ouvrait devant moi le chemin du bonheur,
La Muse, en souriant, berçait ma rêverie ;
Tous les beaux sentiments faisaient battre mon cœur.
Cétait Page oh Ton croit. Ton aime et l'on espère,
Où tout parle à notre âme et la fait palpiter ;
Ma lyre alors vibra pour plus d'une chimère...
Plaignez-moi, mes amis : je ne sais plus chanter !
Vous le rappelez-vous, ce temps de la jeunesse Où le présent joyeux saluait l'avenir ?
Vous le rappelez-vous, en ces jours de tristesse Qui pèsent sur nos fronts et semblent les ternir ? La vie avait des fleurs toujours fraîches-écloses. Le bonheur dans nos yeux venait se refléter ; Moi, je chantais alors les baisers et les roses . . , Plaignez-moi, mes amis , je ne sais plus chanter !
Cependant, quelquefois, quand la nuit est sereine, je lève vers l'azur mes yeux, de pleurs voilés ; Je souris au passé dont l'ivresse lointaine Est comme le doux nid des rêves envolés.
Alors, j'entends en mui des accents pleins de flamme ; La Muse des beaux jours revient n*e visiter ; La poésie et Oieu sont encor dans mon âme :
Souvenirs des vingt ans, je vais donc vous chanter !
A. Laurent de FAGET.
Lyon, décembre 1882.
On remarquera que la note philosophique fait le fond de toutes nos romances. C'est parce que ce caractère moral et élevé manque à la plupart des couplets en vogue que la romance est si discréditée. C'est aussi parce que les faiseurs ne se préoccupent guère de la pureté de la forme. La poésie est affaire d'inspiration et non de métier, et les absurdes serinettes qu'on débite dans les cafés-concerts ne sauraient porter atteinte à la Muse, cette divine consolatrice des cœurs souffrants.