ODE
%Â mon ami le docteur *Dubrac,
Je t'invoque en ce jour, 6 Lumière éternelle ! Viens m'aider à sonder l'abîme ténébreux Où gisait notre monde, avant que ta prunelle Eût éclairé d'en haut cet amas vaporeux !
Rien ne vivait alors ; tout était morne et so.nbre : Cétait le règne affreux du Chaos et de l'Ombre Qui sans cesse planaient sur un gouflfre sans fond ! Tout était confondu, les terres et les ondes ; Les mondes entaf ses roulaient sur d'autres mondes Et nul bruit ne perçait le silence profond. .
l86 ÉTUDE RAISONNES
Les rochers et les eaux, les vallons et les cimes^ Les vapeurs et les gaz répandus dans les airs, S'entrechoquaient parfois au milieu des abîmes Et sillonnaient la nuit de livides éclairs !
Quel lugubre tableau ! quel effrayant spectacle ! Mais bientôt nous verrons s'accomplir le miracle Que le Très-Haut conçut de toute éternité :
L'heure a sonné ! Soudain, le noir Chaos s'agite Et l'Ombre qui, d'effroi, partout se précipite^ Sans trouver nul abri parcourt l'immensité...
Quel prodige. Seigneur ! De cette impure masse Votre voix sut tirer les merveilles des cieux, Soleils étincelants suspendus dans l'espace Pour éclairer notre âme encor plus que nos yeux ! Votre main, façonnant à son gré notre globe, Unit la terre ferme à l'eau qui se dérobe.
Et de mille splendeurs sut orner ce séjour :
Là. surgirent des monts taillés en pente douce ; Ici, des lacs d'azur aux bords couverts de mousse, Et plus loin, des forêts oij tout chanta l'amour !
De toutes parts, la vie en son exubérance Eclatait : les ruisseaux babillaient dans les champs, Les fleurs apparaissaient, emblèmes d'espérance. Et déjà les oiseaux modulaient leurs doux chants. Tandis que le zéphyr y mêlait son haleine.
De paisibles troupeaux s'égaraient dans la plaine Et les fauves, d'instinct,, s'enfonçaient dans les bois.. Tout se peuplait : les airs et l'élément liquide Et le sein de la terre ; enfin, l'homme timide, Sous l'oçil du Créateur, s'éveillait à sa voix !
Qui ne reconnaîtrait la puissance divine En face des grandeurs de la Création !
Là, si hautain quMl soit^ tout front humain s'incline, Toute âme doit s'ouvrir à l'admiration !
Il n'a donc jamais vu la vague montagneuse Précipiter ses flots sur la plage écumeuse.
L'insensé qui te nie> ô Dieu juste et clément ? Quand la Nuit moins sévère écarte ses longs voiles^ Il n'a donc jamais vu ces millions d'étoiles Qui semblent se jouer au sein du firmament ?
Quel autre que l'Auteur de l'immense nature Pourrait donc commander aux flots tumultueux ? Qui pourrait apaiser leur effrayant murmure Et maîtriser d'un mot leurs bonds impétueux ? Quelle main retiendrait les astres dans leur route : Ces globes entassés sous la céleste voûte, Attirés l'un vers l'autre et prêts à se heurter ? Réponds, homme orgueilleux, et résous ce problème, Toi qui ne peux encor te dominer toi-même Et que le moindre vent menace d'emporter !
Et qui donc aurait pu doter l'esprit des hommes
De ces brillants trésors qui lui sont départis ?
Qui donc nous aurait faits, enfin, ce que nous sommes :
Si faibles et si forts, si grinds et si petits^...
Inclinons devant Dieu notre tête superbe.
Car, de l'astre éclatant jusqu'au moindre brin d'herbe,
L'univers tout entier nous inspire la foi !
Tout chante les grandeurs de cet Être infaillible ;
Tout reconnaît sa main, bienfaisante ou terrible ;
Tout nous dit : « C*est un Dieu qui nous dicta sa loi ! »
l88 ÉTUDE RAISONNÉE