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SOIES

Les soies doivent évidemment être décrites avec les téguments, on peut les diviser en trois groupes :

a. Les trois rangées de soies antérieures dont nous avons parlé plus haut ;

b. Les sept paires de faisceaux rudimentaires placés sur la face centrale des anneaux 8-14 (S. r., fig. 17, pl. 20) à droite et à gauche des rétracteurs ; elles ne paraissent pas au dehors et semblent avoir été frappées d’un arrêt de développement;

c. Dix faisceaux de soies garnissant de chaque côté les bords antérieur et latéral du bouclier, six faisceaux sur chaque moitié du bord postérieur et un petit faisceau situé sur chaque angle postérieur du même bouclier.

4° Les soies antérieures constituent trois anneaux ou plus exactement six demi-cereles (fig. 1 et3, pl. 18, fig. 16, pl. 19, fig. 17, pl. 20) ; elles ont leur extrémité libre recourbée en bas (fig. 4, pl. 18), leurs bases internes sont un peu convergentes (fig. 17). et réunies par une gaine assez épaisse de tissu conjonctif. Celle-ci, développée à la base de la soie, s’atténue

1 M. RIETSCH.

en avant et n'atteint pas tout à fait la cuticule. On distingue dans cette gaine quelques noyaux et de nombreuses fibrilles (G.C., fig. 6, pl. 18) reliant le follicule de la soie à une couche : extérieure sur laquelle viennent s’attacher les muscles (M) dont nous avons parlé plus haut. Ces soies traversent la cuticule qui se prolonge un peu sur elles, mais ne se meuvent pas dans cette cuticule comme dans un fourreau; elles y sont, au contraire, solidement fixées. J'ai déjà dit que ces faisceaux commencent à leur extrémité ventrale par des soies très faibles invisibles à l'œil nu, mais perforant néanmoins la cuti-cule ; puis les soies deviennent de plus en plus épaisses et longues et la dernière soie dorsale est la plus forte de toutes. Si Jj'insiste de nouveau sur ce point, c’est d’abord que Vejdovsky dit et répète tout le contraire (1), quand il suffit d’un coup d'œil jeté sur un Sternaspis pour s'assurer de l’inexactitude de son assertion, et quand une des figures même du professeur de Prague dément son texte (2) ; en second lieu, cette disposition à de l’importance au point de vue du développement. Ce sont, en effet, les soies ventrales, les plus petites, qui sont les plus anciennes ; elles sont de couleur plus foncée, plus fortement striées que les dorsales; enfin les plus faibles d’entre elles s’atténuent insensiblement vers la base. “Les soies dorsales, au contraire, sont cylindriques et les plus fortes, c’est-à-dire les plus rapprochées de la ligne médiane dorsale, etsont même atténuées en cône vers leur pointe extéricure (B, fig. 6, pl. 18). Après la dernière d’entre elles on peut voir ordinairement une soie en voie de développement (4) et déjà plus épaisse que la précédente (B). Chacune de ces formations est engendrée par une cellule unique qui acquiert des dimensions plus grandes pour chaque soie nouvelle. Il est facile de s’en rendre compte sans coupes, en isolant un de ces faisceaux soit sur un animal frais, soit sur un ver conservé dans l’acide chromique. On colore par le carmin au borax et

(1) Vejdovsky, loc. cit., p. 9.

(2) Vejdovsky, pl. I, fig. 1.

LE STERNASPIS SCUTATA. 15 après avoir lavé d’abord avec de l’alcool à 70 degrés légèrement acidulé par l'acide chlorhydrique, puis avec de l’alcool à 90 degrés, on examine dans la créosote ou l’essence de giro- Île. On voit alors que chaque soie est entourée d’une gaine propre ou follicule, formée (F, fig. 6) de cellules d'autant plus serrées que l’on se rapproche davantage de la base de la soie, près de laquelle ces cellules sont notablement plus hautes, de sorte que le follicule y paraît renflé. La base des soies récentes est occupée par une cellule unique, géante, qui se voit encore bien plus distinctement sur les soies en formation (C. g.). Elle possède un protoplasma d'apparence granuleuse et un gros noyau avec nucléole très distinct; dans les ébauches elle peut même déborder quelque peu sur le pourtour de la soie. Sur la face dorsale de l’ébauche on aperçoit quelquefois de petits sacs formés par un refoulement du follicule (Æ. s., fig. 6) et montrant déjà une cellule basilaire plus développée que les autres, sans que l’on puisse encore distinguer le rudiment de la soie elle-même. Le sac et la cellule se développent et celleci forme une soie très mince, mais augmentant, rapidement d’abord, puis lentement, de dimension; par conséquent elle est alténuée en cône vers son extrémité libre où elle se termine en pointe brusque. La cellule cessant de croître, la soie prend une forme cylindrique, puis la cellule dégénère et n’engendre plus qu'un organe de plus en plus réduit; la soie devient donc conique vers sa base. Dans cette dernière phase la cellule génératrice perd évidemment sa place prédominante, les cellules voisines du follicule empiètent sur elle et on comprend qu’alors celui-ci puisse présenter l’aspect de la figure 7, planche18, qui est dessinée sur la soie la plus rapprochée de la ligne ventrale d’un des faisceaux antérieurs (grossissement cinq à six fois plus fort que pour la figure 6); ici on ne distingue plus de cellules géantes, mais la base du follicule est formée de plusieurs cellules d’égale importance ; à ce stade sans doute le développement de la soie se trouve complètement arrêté. Dans les (ollicules, les noyaux sont plus nombreux et plus rapprochés sur les soies jeunes que sur les anciennes, de sorte qu’on

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peut même juger de l’âge d’une soie d’après la disposition de ces noyaux.

En même temps que la soie se développe, sa pointe atteint, puis perfore la cuticule et sa base recule de plus en plus dans l'intérieur du corps jusqu’à atteindre la base de la soie précédente qu’elle arrive même à dépasser quelque peu. Ces bases finissent souvent par chevaucher les unes sur les autres comme cela est indiqué figure 17, planche 20. En même temps que la base de la soie s’enfonce ainsi dans l’intérieur du corps, elle se trouve enveloppée par un tissu conjonctif qui semble formé d’abord de cellules très petites et délicates, et qui finit par constituer une gaine se continuant avec celles des déformations précédentes en un {out unique : c’est la gaine commune décrite plus haut et servant à l'insertion des muscles.

L’explication précédente me paraît la plus plausible d’après mes observations, cependant il ne serait pas impossible que la cellule géante dégénérât plus vite et qu’elle fût suppléée partiellement, pour la génération de Ja soie, par les cellules voisines du follicule (?) qui n’atteindraient jamais une activité aussi grande que la première, d’où la réduction progressive de la soie.

Le follicule n’est qu'un refoulement, une continuation de l’hypoderme (Hy., fig. 6), les soies elles-mêmes ne sont done qu'une portion différenciée de la cuticule. L'ensemble d’un faisceau peut être comparé à une soie unique à laquelle succéderaient de nombreuses soies de remplacement, les anciennes formations étant longtemps persistantes.

2° Je serai très bref sur les soies rudimentaires dont sont pourvus les segments 8-14 (S. r., fig. 17, pl. 20). Elles ne traversent pas la cuticule et ne paraissent done pas au dehors. Je n'ai pas cherché à reconnaître leur mode de formation. Ces soies sont évidemment frappées de bonne heure d’un arrêt de développement; d’après ce qui précède, leur genèse ne pourra donc sans doute être étudiée avec succès que chez des Sternaspis très Jeunes. Les recherches, assez difficiles dans ces conditions, m'ont semblé superflues, quand J’eus reconnu que

LE STERNASPIS SCUTATA. 17 le mode de formation des soies postérieures est tout à fait conforme à celui des soies antérieures.

3° Les faisceaux postérieurs présentent deux espèces de soies (fig. 5, pl. 18); les unes plus fortes et pennées, d’autres plus minces et lisses ; ces dernières sont beaucoup plus longues. En examinant au microscope la partie interne d’un faisceau entier (fig. 8, pl. 18), on reconnait qu'il est formé de soies alternativement plus fortes et plus faibles, quoique la différence ne soit pas très accentuée. Les faisceaux ressemblent essentiellement à ceux de la partie antérieure du corps, les soies sont seulement beaucoup moins épaisses et la gaine conjonctive moins développée, quoique présentant aussi de nombreuses fibres qui se dirigent encore ici en rayonnant de la base de la soie vers la couche extérieure de la gaine. Les muscles qui s’insèrent sur celle-ci sont à leur tour moins puissants. Ils s’insèrent sur le dos du renflement nerveux dont nous parlerons plus tard (M.s. p., fig. 16, pl. 19, M et M’, fig. 36 et 41, pl. 22). Ces soies postérieures ne jouent pas un rôle actif comme les soies antérieures, elles ne se meuvent point. Je ne leur vois d'autre utilité que d'empêcher avec le bouclier les branchies de s’enfoncer dans la vase, quand le Sternaspis rampe sur le ventre, ou d'agrandir le toit protecteur constitué aux branchies par ce même bouclier, quand lanimal est couché sur le dos. Les soies les plus anciennes sont encore ici les plus réduites (&, b, c, fig. 8). Elles sont plus striées, plus fortement colorées, enfin elles s’atténuent en pointe postérieurement, au contraire des soies rudimentaires (fig. 9, pl. 18), qui sont légèrement coniques en avant. Ici encore la formation a lieu aux dépens d’une seule cellule relativement géante (C. g., fig. 9) quoique beaucoup moins volumineuse que dans les soies antérieures. [ci encore cette cellule dégénère avec l’âge et devient méconnaissable sur les soies anciennes.

Les faisceaux qui garnissent le bouclier, très courts sur sa face antérieure, deviennent de plus en plus longs en allant d’avant en arrière. Ge sont les soies du faisceau latéral, placé le plus près de l’angle postérieur, qui atteignent la plus grande

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longueur ; celles des bords postérieurs sont de nouveau fort courtes (fig. 34, pl.21).

Beaucoup d’auteurs se sont occupés ces dernières années du mode de formation des soies. Je ne parlerai ici que des plus importants travaux relatifs aux Chétopodes et aux Géphyriens.

Leydig (1) a décrit, 1l y a longtemps déjà, chez un Annélide, le Phreoryctes Menkeanus, les soies comme une formation hypodermique, analogue à la cuticule ; il a observé aussi leur production par une cellule unique.

Voici ce que dit M. de Quatrefages (2) sur le même sujet : « Le mode de développement des soies est toujours le même et ressemble à celui que j'ai fait connaître chez les Chlorémiens. Au fond de la crypte d’où elles sortent, se trouve une masse granuleuse qui n’est autre que l’organe producteur des soies. Quand une de celles-ci doit se développer, il se forme un petit mamelon, d’abord irrégulier, mais dont l’extrémité...… BEC. »

Il semble, d’après cela, que dans les soies étudiées par M. de Quatrefages, il y avait aussi une cellule basilaire unique.

Claparède, dans ses Recherches sur la structure des Annéldes sédentaires, examine leur développement chez les Térébelles : «Le tissu du tore est formé par une couche hypodermique assez épaisse, à base finement striée et semée d’une foule de petits nucléus. La première apparition des plaques onciales à lieu sous la forme de petits capuchons coniques, placés chacun sur un nucléus qui paraît un peu plus grand que ses voisins. Ce capuchon représente la pointe du rostre et paraît donc sécrété par une seule cellule... Les plaques

(1) Fr. Leydig, Ueber Phreoryctes Menkeanus dans Archiv für Microskopische Anatomie, 1865, t. I, H. 2 et 3, p. 256, pl. XVII, fig. 11.

(2) Quatrefages, Histoire naturelle des Annelés marins ct d’eau douce, dans Suites à Buffon. Paris, 1865, t. 1, p. 24.

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onciales sont donc bien, comme on l’admet généralement, une production de l’hypoderme. » (Pages 65, 66, pl. X, fig. 2, 3, 4, Genève, 1873.)

Cette description concorde assez bien avec mes observations sur le Sternaspis; ce qu’il y a d’essentiel à en retenir, c’est que chez le Terebella flexuosa ces soies (plaques onciales) sont une dépendance de l’hypoderme et se forment, à l’origine au moins, aux dépens d’une seule cellule.

M. Perrier s’est occupé du même sujet chez les Oligochètes (1) : « Chez les Naïs, aux dépens d’une même masse de protoplasma granuleux, se forment des sphérules qui sont les premiers indices, non seulement des matrices des soies, mais encore des muscles destinés à les mouvoir. Ces masses, d’abord identiques ou à peu près, se différencient de plus en plus. Les unes s’allongent graduellement en fuseau, ce seront plus tard les fibres musculaires; les autres se gonflent en demeurant sphériques.

» Bientôt un noyau brillant, très réfringent, apparait à leur centre, puis un autre se forme à côté. Ce ne sont pas autre chose que les pointes du crochet double de chaque soie bifurquée. La hampe de la soie ne se forme qu'après, de sorte que celle-ci apparaît d’abord par son extrémité périphérique, qui ne se modifie plus et grandit par son extrémité interne. Dans tous les cas, il semble qu'elle se forme aux dépens d’une cellule unique; tout au moins est-il impossible de décomposer en éléments plus simples la masse protoplasmique au sem de laquelle apparaissent les premiers rudiments des crochets.

» Chez les Lombrics et les Perichaeta, les choses se passent autrement. Les plus jeunes matrices de soies étaient composées de cinq grosses cellules, irrégulièrement triangulaires, pourvues d’une épaisse membrane d’enveloppe, d’un noyau très réfringent, nucléolé et entouré d’une masse granuleuse. Ces cellules, en s’accolant, forment un follicule à l’intérieur

(4) E. Perrier, Recherches pour servir à l’histoire des Lombriciens terrestres, dans Nouvelles Archives du Museum, t. VILI, p. 150, 1872.

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duquel se voit, chez le Lombric, une lame transparente en triangle isocèle, homogène et incolore. L'une des cellules recouvre comme un chaperon la base du triangle, et des stries granuleuses partant de son noyau se dirigent vers cette base. J'ignore si quelque chose d'analoque se retrouve sur les autres cellules, je ne l'ai point observé. »

Ces citations et les figures que M. Perrier donne à l'appui (loc. cit, pl. E, fig, 1, 3) montrent que, chez les Oligochètes aussi, la cellule basilaire du follicule joue un rôle prédominant dans la formation de la soie.

Ces résultats se trouvent encore confirmés dans un travail ultérieur du même auteur (1), on y lit en effet à la page 347 : € Des stries brillantes semblent même se diriger du noyau de la cellule apicale vers la soie, comme si la matière chitineuse unissait encore celle-ci au noyau lui-même, ce qui mériterait d’être soigneusement étudié. »

Un peu plus loin (p. 398), M. Perrier, examinant le développement des soies chez l'Urochetu, dit : « Nos recherches nous ont montré que les choses se passaient exactement comme chez les Lombrics ordinaires. Il existe également ici un follicule sécréteur des soies composé de cellules distinctes, dont . une occupe la base de la soie et les autres ses parties latérales. >»

Enfin M. Perrier démontre encore l’inexactitude d’une thé6orie de Claparède faisant naître les soies aux dépens des capillaires sanguins.

Hatschek (2) émet une opinion toute différente sur le mode de formation des soies; il les considère comme des produits mésodermiques, comme un squelette interne chez les Annélides. Dans un mémoire plus récent (3), il étend la même ma-

(1) E. Perrier, Organisation des Lombriciens terrestres, dans Archives de Zoologie expérimentale, t. HE, n° 3, 1874.

(2) Hatschek, Studien über Entwicklungsgeschichte der Anneliden, dans Arbeiten aus den Zoologischen Institute Wien, 1878, H. 3, p. 298.

(3) Hatschek, Ueber Entwicklungsgeschichte von Echiurus, dans Arb. aus d. z. Inst. Wien, 1880, p. 55, 59, 60.

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nière de voir à PEchiure chez lequel il figure deux cellules géantes à la base de la soie.

Pour Semper (1) aussi les soies sont des productions mésodermiques ; par contre, Hatschek se trouve pour l’Echiure en contradiction formelle avec Spengel (2). Le savant professeur de Gôttingen, dans une étude très minutieuse sur l’'Echiurus Pallasi, décrit la formation des soies d’une façon complètement analogue à ce que j'ai observé chez le Sternaspis. Lei aussi la soie est entourée d’un follicule renflé à sa base où les cellules qui le composent deviennent plus hautes; ici aussi toute la base de la soie est occupée par une cellule géante à laquelle seule elle doit sa production; ce sont les dimensions de cette cellule génératrice qui déterminent celles de la soie, laquelle est d’abord conique pour devenir ensuite cylindrique. Seulement chez l’Echiure, la soie n’est pas aussi longtemps persistante ; une cellule de remplacement ne tarde pas à se développer à ses côtés et à usurper sa place; l’ancienne soie tombe alors. Au contraire, nous avons vu plus haut que, chez le Sternaspis, les soies nouvelles (ou de remplacement) percent la cuticule à côté de l’ancienne, et non à la même place, et celle-ci étant persistante, il finit par se former un faisceau de soies d’autant plus épaisses qu’elles sont plus récentes. Les follicules des soies de remplacement de lEchiure prennent aussi naissance tout à fait de la même manière que les follicules des soies nouvelles chez le Sternaspis. En un mot, l’analogie est aussi complète que possible.

Vejdovsky (3) parle longuement des soies et de leur mode de formation ; mais je suis obligé de constater 1c1 plusieurs erreurs et contradictions. Citons. J’ai déjà fait remarquer que dans les faisceaux antérieurs Vejdovsky place constamment Sur le dos les soies les plus épaisses et les plus longues, quand

(4) Semper, Verwandschaftsbeziehungen der gegliederten Thiere, dans Arb. d. Zool. Inst. Würtzburg, Bot. Ii.

(2) Spengel, Beiträge zur Kentniss der Gephyren. Zeitschr. f. w. Zool., t. XXXIV, H. 3, p. 478-483, pl. XXIV, fig. 8-15.

(3) Vejdovsky, loc. cit., p. 9-16, pl. IL, fig. 1-14.

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il suffit d’examiner l'animal à l'œil nu pour s’assurer que c’est exactement le contraire.

Page 10 : « L’épaisse portion basilaire de la soie est entourée par une couche cellulaire; les nombreux éléments de celle-ci donnent naissance à des prolongements rayonnants qui se bifurquent plusieurs fois et se mettent en relation avec la membrane péritonéale pourvue de noyaux, c’est-à-dire avec la gaine extérieure de la soie. En décrivant le développement des soies, nous verrons que la portion basilaire conjonctive de la gaine interne ne correspond pas au follicule eclodermique primitif, mais appartient certainement aux formations mésodermiques. La soie se trouve dans la plus étroite connexion avec cette porlion basilaire conjonctive ; je n’ai jamais réussi à l’isoler de ce sac, et je ne puis pas davantage décider si les soies antérieures sont remplacées par des soies nouvelles. »

Ici évidemment Vejdovsky admet plusieurs cellules génératrices à la base de la soie, et, sans se prononcer d’une façon bien nette, il incline visiblement vers l’opinion de Hatschek,

pour lequel les soies sont des formations mésodermiques.

Page 11 : Il s’agit des faisceaux postérieurs qui contiendraient trois espèces de soies, les deux mentionnées plus haut (pennées et lisses), puis une troisième : « Dans chaque faisceau On trouve enfin çà et là dessoies courtes, pointues et faciles à distinguer par leur coloration brune, elles correspondent aux soies rudimentaires. » Il s’agit ici évidemment des soies les plus anciennes et les plus ténues de chacunde ces faisceaux.

P. 12. À propos de la formation des soies antérieures : « Chaque soie isolément n’est pas remplacée. De nouvelles soies se forment aux deux extrémités de chaque demi-cercle (faisceau) antérieur. Les soies nouvelles du côté ventral ressemblent à leurs voisines, mais sontplus fortes. Les soies nouvelles dorsales sont au contraire pius petites que celles précédemment formées et sont les plus petites de toutes dans la demi-couronne. »

En dehors de l'erreur de retournement du faisceau déjà mentionné, Vejdovsky se trompe évidemment ici en admettant

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que de nouvelles soies se forment aux deux extrémités du faisceau et cela par deux processus notablement différents. En réalité le faisceau ne s’accroît que par un seul côté, par le côté dorsal, où 1l se développe des soies de plus en plus fortes.

Vejdovsky dit ensuite que le follicule est formé directement par l’hypoderme qui s’invaginerait dans la portion où il touche à la cuticule. Tout follicule nouveau se forme au contraire sur la face dorsale d’un follicule plus ancien.

Plus loin, toujours page 12 : «La base de ia soie esten relation avec une des cellules basilaires du follicule; mais cette cellule ne diffère des autres ni par sa forme, ni par ses dimensions. » — Je me borne à renvoyer le lecteur à ma figure 6 qui n’est pas schématique.

Page 13. «A la base de la soie en voie de formation (Vejdovsky pl. IL, fig. 1), on aperçoit trois grands noyaux sur lesquels s'applique l'extrémité de la soie qui doit sans doute sa naissance aux trois cellules correspondant à ces noyaux. Le protoplasma et les parois des cellules basilaires du follicule sont déjà absorbés par la soie, de sorte qu'il ne reste que le gros noyau central et les deux noyaux latéraux plus petits.

» Le follicule prend naissance évidemment aux dépens de l’ectoderme , mais la formation ultérieure et l'accroissement de la soie sont aussi dus en partie au mésoderme..…. Il n’y a pas de limites nettes entre les cellules basilaires de la soie et le tissu conjonctif mésodermique.

» À un stade plus avancé (pl. IL, fig. 3) les trois grandes cellules basilaires du follicule sont complètement absorbées. Plus tard la base de la soie semble pénétrer dans le tissu conjonctif. »

Après tout cela on ne s’attend guère évidemment à la conclusion suivante de Vejdovsky (p. 49) : « Cependant, d’après l'expérience que j'ai acquise jusqu'à présent en étudiant le développement des soies chez les Polychètes et les Oligochètes, je penche pour lopinion que chaque soie ne se forme qu'aux dépens d’une seule cellule. Les deux noyaux plus

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grands mentionnés plus haut sur les côtés de la cellule basilaire, seraient alors les restes d’une résorption. »

Toute cette description n’est ni très claire, ni très logique ; je suis convaincu que chez le Sternaspis, Vejdovsky n’a pas vu réellement le développement des soies; ses figures 3 et6, pl. II, ressemblent aux coupes longitudinales un peu obliques dans lesquelles le rasoir n’a pas atteint la base de la cellule ; c’est cependant sur ces figures que Vejdovsky parait s'appuyer pour prétendre que le mésoderme contribue à la formation de la soie qui ne serait cependant, malgré cela, engendrée que par une seule cellule. Il est évident au contraire que, chez le Sternaspis au moins, le mésoderme ne prend jamais aucune part à la production de la soie, et les plus anciennes de ces formations présentent encore un follicule complet.

Quant à la figure 1, pl. IT, de Vejdovsky, représentant une soie en voie de développement avec trois gros noyaux basilaires dont deux latéraux un peu plus petits que le moyen, je ne puis me l'expliquer en aucune façon, ni d’après mes coupes, ni d’après mes observations sur les soies entières vues par transparence, et je la tiens pour inexacte.

En résumé, je dois répéter encore que les soies sont ici une production purement ectodermique et qu’elles sont engendrées chacune par une seule cellule. La généralité de ce mode de formation chez les Annélides me semble probable; si elle vient à être prouvée, il sera difficile de trouver, pour ce développement, un sujet de démonstration plus facile et plus évident que le Sternaspis (1).

(1) A l'impression j'ai eu connaissance d’un mémoire de Spengel sur l’Olignathus Bonelliæ (Eine schmarotzende Eunice, dans Mittheilungen aus der zool. Stat. zu Neapel, B. IN, H. 1 et 2). Speugel y revient encore sur la formation des soies qui dans l’Olignathus Bonelliæ prennent aussi naissance aux dépeus d’une cellule unique : « De même que chez les Géphyriens, le fond du follicule est occupé par une cellule unique de grandes dimensions qui se distingue par un gros noyau avec nucléole fortement réfringent….. Cette cellule semble être tout à fait résorbée dans les soies complètement développées... On observe très bien ces dispositions sur les soies de Halla, mais surtout sur celles de

LE STERNASPIS SCUTATA. 25 Avant de quitter les téguments et leurs dépendances, je dois encore m'expliquer en quelques mots sur le mode de production des mouvements de l'animal. En contractant simultanément les muscles transversaux de la partie moyenne et postérieure du corps, à partir de l'anneau 8, le Sternaspis exerce une pression sur le fluide de la cavité générale qui expulse alors la portion antérieure rétractile du corps (segment 1 à 7) et la projette en avant; celle-ci entraine évidemment les viscères qui y sont attachés, ce que l’on peut constater de visu, car la cuticule étant peu épaisse dans cette région, on voit vaguement les organes intérieurs. La rétraction se fait brusquement et d’un seul coup, quand l'animal est touché ou inquiété; mais quand il marche, elle a lieu comme je l’ai déjà dit, en deux temps : d'abord il s'appuie sur ses soies antérieures qui sontdressées et divergentes, et attire ainsi en avant la partie postérieure du corps; en second lieu, celle-ci restant en place, 1l replie les saies et les fait rentrer avec toute la région antérieure, dans l'intérieur du corps. Puis les mêmes mouvements se répèlentet l'animal chemine ainsi rapidement dans la vase. Les brusques mouvements d’une portion notable du corps me semblent expliquer quelques curieuses particularités anatomiques que nous allons rencontrer plus loin.

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