VI AVANT-PROPOS
n'avaient guère pour les femmes en général plus de ménagements que Jean de Meung, l'auteur principal du roman de la Rose^ nul, sans en excepter Martin Franc, qui se donnait pour leur champion, n'a mieux parlé d'elles qu'Alain Chartier. Les louanges unanimes que lui ont prodiguées des connaisseurs tels que Lemaire de Belges, Jean Boucher et surtout Clément Marot et Pasquier, n'étaient, d ailleurs, que l'écho de celles du siècle précédent, mais on peut dire que ce sont celles qui ont le plus contribué à donner à sa mémoire la poétique auréole qui l'a préservée de l'oubli. Si, en effet, il trouvait encore à la fin du XVI® siècle des admirateurs aussi éclairés que ces derniers, l'autorité de leur témoignage n'a pu survivre à la réaction qui, au commencement du XVIP siècle, a été fatale à tant de renommées littéraires si bien établies jusque là.
Cette réaction avait déjà fait bien des victimes, lorsqu'un des premiers et des plus savants scrutateurs des sources diverses de notre histoire, qui lui a de grandes obligations, le docte et consciencieux André Duchesne, songea, au commencement du XVII® siècle, à tirer de la poussière où il les trouvait déjà ensevelies, les œuvres d'Alain Chartier pour en faire hommage au procureur général Mathieu Mole, qui croyait pouvoir compter les Chartier parmi ses illustrations de famille. Il est permis de croire que de tous les titres qu'André Duchesne remettait ainsi en lumière, nul n'avait plus de prix à ses yeux que cette histoire de Charles VII,