VIII AVANT-PROPOS
discernement, comme pour tous les autres poètes antérieurs à Boileau. On fait généralement peu de cas de ses jugements, où il semble qu'il aime mieux adopter des opinions toute faites, quelque sévères qu'elles soient, que d'en hasarder une pour son propre compte et à ses risques et périls. Voici, en effet, celle qu'il exprime, ou plutôt qu'il reproduit, au sujet de notre auteur : « Nous ne craignons pas de dire » que les poésies de Chartier ne nous peuvent presque servir » que de preuve de l'ignorance de son siècle et du mauvais » goût de nos anciens Français. Presque tout y est fade, » languissant, etc. (t. IX, p. 162). » La Bibliothèque française n'en est pas moins restée, précisément parce qu'elle trouve peu de lecteurs, un de ces répertoires commodes où va s'approvisionner d'ordinaire, sans en rien dire, la science de seconde main. C'est surtout grâce à cet ouvrage que le nom d'Alain Chartier, omis parmi ceux à qui Bayle a consacré un article général, a commencé à prendre une meilleure place que par le passé dans les biographies, et notamment dans le volumineux dictionnaire in-f** de Moréri (1770), plus satisfaisant sous ce rapport que celui où Rigoley de Juvigny n'a fait que reproduire en 1776, sur le même sujet, les courtes notices publiées presque simultanémônten 1584 parLacroix-DumaineetDuverdier, en y ajoutant seulement une note de Lamonnoye sur ce dernier. On en peut dire à peu près autant de tous les autres recueils du XVIII® et même de la première grande biographie du XIX® siècle.