AVANT-PROPOS. IX
Voilà où en était l'histoire de notre littérature en ce qui concerne Alain Chartier, lorsque son nom et ses ouvrages attirèrent enfin, il y a quarante-quatre ans, l'attention d'un des maîtres les plus illustres de la critique moderne, mais malheureusement dans des conditions assez peu favorables tout d'abord à une réhabilitation, que l'autorité d'un pareil juge risquait même d'ajourner pouf longtemps encore. En effet, dans son cours de 1829-1830 sur notre littérature du moyen-âge, après avoir dit, dès le début, avec la bonne foi la plus honorable : « Je vais parler de » choses que je sais à peine, que j'apprends à mesure que je » les dis, » M. Villemain, quand il arrive à celui qu'il appelle assez dédaigneusement le pédantesque Alain Chartier^ semble ne voir en lui, comme il le dit, qu'f.n lourd théologien. Un pareil jugement, trop conforme d'ailleurs à une indifi'érence à peu près universelle à cette époque, et contre laquelle ne s'était élevée pendant plus de deux siècles aucune protestation sérieuse, permet de supposer que le savant maître, rebuté sans doute par les interminables discussions qui remplissent le Livre des Quatre Dames dont il nous rend compte, avait pris à peine le temps de jeter pour le reste un regard rapide et quelque peu distrait sur le gros in-4** d'André Duchesne ; car luimême, quand il put y regarder de plus près, n'a pas hésité, dans une nouvelle édition de son cours publié en 1855 (t. II, p. 102 à 104), à modifier et à rétracter même en