‹ Etude sur Alexandre IIChapitre 11 sur 13 · LA RUSSIE · texte numérisé non relu

LA RUSSIE

« Sois fière, t'ont dit les flatteurs, terre au front couronné, terre d'acier inflexible, toi qui, de ton glaive a conquis la moitié du monde. Il n'est pas de bornes à tes domaines, et le

sort, esclave de tes volontés , s'empresse d'obéir à les ordres suprêmes. Ils sont beaux les ornements de tes steppes ; la cime de tes montagnes s'élève jusqu'au ciel, et les lacs sont comme des mers. N'y ajoute pas foi, ne les écoute pas, ne sois pas fiére. Qu'importe que les eaux profondes de tes rivières soient semblables aux eaux bleues de la mer, que les flancs de tes montagnes soient pleins de pierres précieuses, et que le sol de tes steppes soit fertile en moissons ? Qu'importe que , devant ton éclat souverain , le peuple baisse les yeux avec crainte, et que tes mers, de leur bruissement incessant, te chantent un hymne glorieux! Qu'importe que tes foudres aient jeté de toutes parts un orage sanglant? Ne sois pas fiére de toute cette puissance, de toute cette gloire, de tout ce néant. Rome , la grande reine des sept collines , a été plus redoutable encore que toi; Rome, cette chimère réalisée des forces de fer et d'une volonté sauvage. Il était tout-puissant le glaive qui étincelait entre les mains des Tatares , et la reine des mers occidentales était tout ensevelie dans des amas d'or; et, aujourd'hui , où est donc Rome? où sont les Mongols ? Et Albion, tremblant sur l'abîme ouvert devant elle , forge des pièges impuissants, étouffant dans sa poitrine le cri avant-coureur de sa mort. Tout esprit de présomption est infructueux ; l'or n'est pas sûr, l'acier est fragile ; il n'y a de fort que le monde des idées saintes; il n'y a rien de puissant que la main qui prie, et ton héritage, à toi, ta mission, le lot qui t'a été décerné par la main de Dieu, c'est de conserver pour le monde la richesse des grands sacrifices et des œuvres pures ; de conserver la sainte fraternité des nations, le vase vivifiant de l'amour, les trésors d'une foi ardente, la vérité et une justice pure de sang. Tout ce qui sanctifie l'esprit est a toi ; tout ce qui fait entendre la voix des çieux et tout ce qui recèle en

ftoi le germe de ^avenir. Oh ! souyiena-loi de la haute mission ; réveille le passé en ton cœur et interroge en lui Tesprit de la vie qui y est mystérieusement caché. Prête Toreille à cette voix» et embrassant tous les peuples dans ton amour» dis*leur le mystère de la liberté et verse sur eux les rayons de la foî. C'est alors qu'enveloppée d'une gloire merveilleuse, tu t'élèveras au-dessus de tous les fils de la terre, comme s'élève la voûte azurée du ciel, cette demeure transparente du Très* Haut. »

Nous n'avons fait les quelques citations qui précédent que pour montrer le noble élan de l'élite de la nation russe à suivre l'exemple donné par son souverain; nous allons aborder maintenant la question la plus délicate, la plus importante pour l'avenir de la Russie : nous voulons parler du Servage.

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