‹ Etude sur Alexandre IIChapitre 6 sur 13 · TONNAGE · texte numérisé non relu

TONNAGE

Mer Baltique. . .

— Noire

Totaux.. 18,511 16,669 14,416 49,S96

Totaux généraux.

Parts proportionnelles pour 100

En ce qui concerne le mouvement sur lest, nos armateurs ont expédié en 1858 pour la Russie 61 navires portant le pavillon français.

Nous allons maintenant nous livrer à un rapide aperçu sur le mouvement général du commerce extérieur de la Russie peu* tlattt l'année 1858:

Ce commerce, comparativement à l'année 1857, offre les résultats suivants :

11 a été importé En 1857.

En 1858.

de l'Europe. 131,775,578 roubles (*) 128,178,199 roubles, de l'Asie... 19,347,199 20,624,553

de Finlande. 864,022 884,198

Totaux.. 151,686,799 Soit en francs 606,747,196

Le rouble vaut 4 francs.

Il a été exporté En 1857. En 1858.

en Europe.. 153,419,937 roubles. 136,487,057 roubles, en Asie.... 11,945,598 11,909,571

en Finlande. 4,322,563 2,779,019

Totaux. . 169,688,098 151,175,647

Soit en francs 678,752,392 604,702,588

lien résulte que le commerce extérieur a diminué, comparativement à celui de Tannée précédente, de 18,512,451 roubles pour les exportations et de 2,302,849 roubles pour les importations, soit en total de 20,815,300 roubles ou de 83,261,200 francs. Cette diminution porte surtout sur les blés, les bois, les cuirs, le lin, le chanvre, le fer.

Le mouvement de la navigation a présenté en 1858 les résultats suivants :

Arrivages.

ISoinbrc de navires . Nombre de navires.

Dans les ports de la Baltique .... 4,680 4,325

Dans les ports de la mer Blanche . 779 536

Dans les ports de la mer du Sud. 3,379 4,080

Totaux 8,838 8,941

Départs .

Des ports de la Baltique 5,020 4,325

Des ports de la mer Blanche .... 794 554

Des ports de la mer du Sud. . . . . 3,272 4,197

Totaux 9,086 9,076

On voit que la diminution' du nombre des navires (arrivages et départs) en 1858 est presque nulle.

Les revenus des douanes ont produit en 1858, en nombres ronds, 134,637,000 fr. Comparativement à 1857, ils offrent une diminution de plus de six millions.

L'abondance des récoltes en Europe et la guçrre d'Italie sont les principales causes qui ont pesé sur le commerce extérieur de la Russie, en diminuant considérablement les exportations de grains de toute nature et en rendant plus difficiles et plus rares les nolisements des bâtiments de commerce.

Quant au commerce intérieur de l'empire russe, ses foires n'ont jamais été plus brillantes qu'en 1 858-1 8^9.

A la foire d'Irbit (gouvernement de Perm), 6 février 1S59, le montant des ventes s'est élevé à. . . 42,628,200 roubles.

La foire de Saint-Nicolas, à Ichime, dans le gouvernement de Tobolsk (Sibérie), du 3 au 10 décembre 1858. 2,417,780

La foire du carnaval à Romny (gouvernement de Pultawa), en février 1859 1,960,160

La foire dite Korennaïa à Koursk. . 5,001 ,700

La foi re d' Ivanoff (gouvernement d e Perm) du 25 août au 2 septembre 1859 975,700

La foire de Sainte -Marguerite, à Arkhangel (1^^ septembre 1859) 8i9,712

Enfin, le mouvement des affaires de la foire de Nijni- Novgorod (1), cet immense caravansérail de l'empire, apro-

(1) La foire de Nijni-Novgorod avait produit une vente de 87,883,450 rou« blés. Les chiffres officiels publiés jusqu'à ce jour ne permettent pas d'établir d'une manière précise la comparaison qui semble devoir tourner cependant au profit de 1859.

duit les résultats les plus considérables pendant cette 0^me période.

Un fait digne de remarque s'est produit sur cette place : 15,000 barils de vins y ont été vendus, en moy^me, à raison de 66 fr. l'bectolitre en argent de France.

Plusieurs riches propriétaires, notamment le prince Baria^ tinski, ont fait venir de notre pays quelques vignerons cbar-» gés d'améliorer la fabrication des vins. Non-seulement la Crimée et le Caucase commencent à cultiver la vigne sur une assez large échelle, mais encore de nouveaux essais ont été faits dans T intérieur de Tempire sur les rives du Don, où la vigne parait devoir réussir malgré les rigueurs de l'hiver. Elle réussit également aux. environs d'Astrakan» et jusqu'à présent les vignes de ces provinces approvisionnent de raisins de table la majeure partie de la Russie.

Outre la culture de la vigne, on commence également à essayer Tintroduction de la garance et du sorgho. Dans les environs de Stavropol, une importante distillerie d'eau-devie et de sorgho a été établie.

L'élève des vers à soie se fait sur une grande échelle dans les provinces Transcaucasiennes , mais les soies de ces provenances sont, il faut le dire, d'une qualité inférieure. Le* usages établis depuis longtemps parmi ces populations se sont, jusqu'ici, opposés aux perfectionnements qu'ont cherché à apporter dans le mode de filature et de dévidage desi entreprises munies de grands capitaux.

En dehors des colonies établies sur la rivière Molochna» dans le gouvernement de Tauride, l'industrie séricicole n'existe pas pour ainsi dire dans la Russie méridionale. Les éléments pour la créer se présentent cependant aujourd'hui sous l'aspect le plus favorable. Le gouvernement russe est

disposé à mettre à la disposition d'industriels étrangers , sous la réserve de certaines conditions, de vastes plantations de mûriers, des magnaneries déjà établies et même des maisons d'habitation dans lés domaines de la couronne.

L'état sanitaire des gouvernements où sont situées les plantations de mûriers offertes à l'industrie étrangère est dans les meilleures conditions , tant sous îe rapport de ia salubrité du pays que sous celui de l'absence des maladies auxquelles sont sujets les vers à soie en Europe, en Asie et dans les parties le§ plus méridionales de la Russie.

Les cocotis, la soie et les graines de vers à soie ne sont soumis à aucun droit de douane à l'exportation ; la sortie des cocons, notamment, est entièrement libre. Indépendamment de cette franchise de droits , la législation accorde encore une protection spéciale à Tindustrie de la soie en l'exemptant de toute espèce d'impôts.

Les chemins de fer projetés ou en cours d'exécution faciliteront singulièrement les communications et les transports de marchandises qui s'effectuent aujourd'hui au moyen de chariots attelés de bœufs ou de chevaux.

La production de la laine en Russie prend un cours ascendant. Elle a été évaluée tout récemment à 62,620,800 kilogrammes pour tout l'empire de Russie. La Russie d'Europe compte à elle seule plus de 8 millions et demi de bêtes à laines fines.

Quant au sucre indigène, la Pologne, qui autrefois tenait de l'étranger le sucre nécessaire à sa consommation, en fabrique suffisamment aujourd'hui pour en fournir une certaine quantité aux provinces de l'empire russe qui i'avoisinent. Ijà Russie, de son côté, s'applique aussi, sur une plus vaste échelle, à l'extraction du sucre de betterave. En

— ir>3 —

résumé, la production a plus que triplé en Russie , et surtout en Pologne » depuis 1850.

En ce qui concerne la production minérale de la Russie, un article publié par la Gazette russe de V Académie sur la compagnie de métallurgie, fournit des données très*-intéres-« santés qui peuvent se résumer ainsi :

Les produits de rexploitation du fer se sont élevés en Russie^ pour 1857, à 13,059,935 pouds, soit 213,00Q tonnes métriques.

Le cuivre, 337^969 pouds, soit 5,536 tonnes métriques.

Ces chiffres représentent une augmentation très-éievée sur les périodes décennales correspondantes.

L'exploitation de la houille , bien que Ton ait trouvé de riches gisements de charbon de terre dans presque toutes les parties de Tempire, ne produit en moyenne, annuellement, que 52,000 tonnes métriques.

L'exploitation annuelle du sdi est de plus de 500 millions de kilogrammes.

Les exploitations aurifères de la Sibérie orientale et du gouvernement d'Orenbourg ont pris , depuis quelques années, un grand développement. Dans ce dernier gouvernement, cette industrie n'occupe pas moins de 10,000 ouvriers,, et rend annuellement plus de cent pouds d'or, c'est-À--dire plus de 1,600 kilogrammes, puisque le poud vaut 16 kilogrammes 38 grammes.

Dans l'Oural, l'industrie métallurgique prend aussi un rapide essor. Les diamants recueillis dans les exploitations aurifères appartenant à la princesse Buttera et dontja quantité, depuis 1830, avait varié de 14 carats 5/8 à moins de 1 carat, s'est élevée, du l®** janvier au 12 juillet 1858, à 191 diamants du poids de 59 carats 1/2. Cette situation

florissante des exploitations aurifères explique suffisamment l'accroissement de l'exportation du minerai Tenant de Russie.

En 1888, cette exportation a été de 123,190,000 fr.; elle surpasse T importation de 96,928,000 fr.

Examinons maintenant le système des banques.

En Russie, les banques privées ne sont point autorisées ; il n*y a rigoureusement que des maisons de commerce dont quelques-unes s'occupent, il est vrai, d'escompte et d'opéra* tions financières du ressort des banques. Quant aux banques impériales , elles relèvent exclusivement du ministère des finances; mais, tout récemment, on les considérait plutôt comme des établissements de dépôt et de crédit foncier , et encore on ne pouvait même pas leur donner cette dénomination dan^ ie sens qu'on y attache d'ordinaire, en ce que partout ailleurs les banques de cette nature, en prêtant sur les immeubles , ne délivrent à Temprunteur que des obligations à long terme , ce qui concourt à leur consolidation.

Il n*y a rien dans le système des banques russes qui soit analogue à ce mode d'opérer. Ces banques recevaient en dépôt, tant des particuliers que des établissements publics, les sommes qui leur étaient apportées sans détermination de chiffres, cent roubles comme dix millions, délivrant contre ceà sommes un titre ou billet de banque nominatif ou au porteur, à la volonté du déposant et toujours remboursable à présentation, principal et intérêts, avec les intérêts des intérêts si le capital avait séjourné au-delà d'un an dans les caisses de la banque.

Toutefois, quand il s'agissait de sommes considérables, la banque avait le droit de prendre un délai qui, dans tous les casV ne pouvait dépasser sept jours. Quant aux dépôts , elle

en disposait en faisant des prêts sur des immeubles, maisons ou terres. Ces prêts s'amortissaient dans un espace de temps proportionnel à Tintérêt payé, lequel était variable, de sorte que le débiteur s'acquittait au moyen d'une prime annuelle généralement minime et toujours éloignée , tandis que les banques étaient obligées de payer leurs billets à vue.

On comprend à quel état de malaise ce système devait conduire les banques impériales. La guerre de Crimée , malgré les ressources intérieures et nombreuses de l'empire russe, ne fit qu'ajouter, par les dépenses qu'elle entraîna, aux embarras de ce système financier.

L*émissîon du papier-monnaie, sous le nom de hilîeti de crédit d'Etat , avait fait disparaître toute la monnaie métallique. Cette émission avait atteint en outre un ohiffrt tel, pendant la dernière guerre, que d'après les comptes-rendus officiels mêiûes, la masse de ces billets en circulation dans l'empire qui n'était, en 1S53, que de 330 millions de roubles, s'élevait, le 1®^ janvier 1858, à 735 millions de roubles (2 milliards 940 millions de francs), près de 3 milliards.

La Russie, dont le mouvement industriel avait été paralysé par la guerre, ne put se prêter à l'écoulement de cette masse toujours croissante de papîer-moilnaie. Deux effetâ inévitables s'en suivirent : l'accroissement rapide des dépôts faits aux banques, et la subite élévation du prix des produits de l'industrie et des articles de commerce en même temps que le rencbérîssement de tous les objets de consommation alimentaire. La conséquence de cette cberté ne se fit pas attendre; l'exportation des produits russes cessa de balancer l'importation des marchandises étrangères, et les conditions les plus onéreuses furent imposées au commerce du pays.

Bientôt les banques ne tardèrent pas à être sérieusement

embarrassées des dépote qui ne discontinuaient pas de leur arriver. Elles n'en trouvaient plus l'emploi. La plupart des terres seigneuriales étaient engagées, et les nouvelles demandes d'emprunt étaient loin de balancer le chififre des dépôts qui affluaient toujours.

Tant que dura la guerre, cet état de choses se maintint. Enfin, la paiiL se fit, et avec le règne d'Alexandre II s'ouvrit une ère nouvelle pour la Russie, ère d'avenir et de civilisation. Le gouvernement songea tout d'abord à l'amélioration du système des banques et mit résolument la main à l'œuvre. En réduisant l'intérêt de 4 à 3 Vo > on pensa ainsi arrêter les dépote qui, chaque jour, arrivaient avec plus d'abondance. On se trompait, la mesure ne remédia à rien. Nonobstant l'abaissement de l'intérêt, les capitaux continuèrent à suivre le même chemin. Le public n'avait encore confiance que dans les banques impériales et dédaignait les intérêts élevés qu'il aurait pu trouver dans le commerce pour les 3 Vo qu'elles donnaient. Les banques continuèrent donc à être encombrées et l'industrie » comme le commerce , ne firent que languir.

C'est dans cet état de choses que M. Kniajévitch fut appelé au ministère des finances. S'appuyant sur cette pensée que le crédit financier du gouvernement est sans bornes en Russie, il entra résolument dans la voie tracée par l'Empereur.

En présence du dépôt énorme de 1 milliard 120 millions de francs qu'il trouvait dans les banques impériales, alors que toutes ces banques réunies eussentpureprésenter à peine 200 millions en espèces, M. Kniajévitch tenta l'immobilisation de ce capital pour donner une assiette plus solide et plus normale aux banques impériales. Ce fut pour arriver à ce

résaltat qu'il créa de nouveaux titres à 4 ^o » sorte d'emprunt consolidé de l'Ëtat.

Cette mesure , excellente en principe , puisque l'État se trouvera ainsi déchargé de remboursements quelquefois considérables et qui peuvent» à un moment donné» Tembarasser excessivement » a été complétée par une réorganisation des banques impériales.

Le 31 mai 1860, S. M. l'Empereur a adressé au Sénat dirigeant l'ukase suivant , concernant la réorganisation des établissements de crédit de l'empire :

« Par notre ukase au sénat dirigeant du l*"" septembre 1889, nous avons prescrit de soumettre au ministre des finances , outre les banques impériales d'emprunt et de commerce, toutes les opérations de crédit des lombards (1) et des directions d'établissements publics de charité, et nous avons posé les préliminaires^ d'une réorganisation ultérieure des établissements de crédit.

« En conséquence, dans le but d'améliorer progressivement notre système de banque, l'ukase précité a autorisé l'émission de billets de banque de l'État à 5 ®/o, en échange des billets de dépôts délivrés par les établissements de crédit; par notre ordre du 26 décembre 1859, la banque impériale de commerce et ses comptoirs ont seuls été autorisés à recevoir des dépôts de capitaux des particuliers ; l'entretien des établissements de bienfaisance et d'éducation auquel subvenaient les revenus des lombards et des directions d'établissements publics de charité a ensuite été garanti par des mesures spéciales et indépendantes des opérations de crédit.

. (1) Établissements de prêts, monta-de-piété.

<t Maintenant, ayant sanctionné les projets de réorgani-sation des établissements de crédit élaborés par le ministre des finances et examinés par le conseil de l'empire, nous avons jugé convenable dé prendre les mesures suivantes :

« I. La banque impériale d'emprunt est supprimée et toutes les affaires, comptes, livres et pièces justîcatives ayant rapport aux prêts, seront remis au lombard de Saint-Pétersbourg. Le ministre des finances prendra à cet effet les mesures qu'il lui appartient d'ordonner, et soumettra à notre approbation les affaires qui excéderaiait ses pouvoirs.

« 2. Les lombards de Saint-Pétersbourg et de Moscou sont placés sous l'autorité immédiate du ministre des finances, à l'instar des autres établissements de crédit de l'empire.

c( 3, Les directions d'établissements publics de charité restent placées sous l'autorité du ministre des finances, pour ce qui concerne leurs opérations de crédit.

a 4. Conformément aux statuts sanctionnés par nous, la banque impériale de commerce reçoit une nouvelle organisation et le nom de banque de l'état; tous les comptoirs et les sections temporaires de la banque de commerce sont placés sous son autorité, en prenant les noms de comptoirs et de sections temporaires de la Banque de l'État ^ et doivent continuer à se régler sur les statuts actuels (art. 765 à 1061 des règlements des établissements de crédit, tome xi du corps des lois, édition de 1857) en attendant leur réorganisation, d'accord avec les statuts de la banque de l'État, pour laquelle le ministre des finances aura à faire une proposition dans l'ordre prescrit.

« 5. Tous les dépôts de capitaux reçus par les établissements de crédit seront remis à la banque de l'État, qui sera chargée d'en servir les intérêts et d'en opérer le rembour-

sèment, d'après les conditions auxquelles ces capitaux ont été reçus.

« 6. Après la remise de tous leurs dépôts à la banque de rÉtat par les lombards , les sections des dépôts dans ces derniers établissements seront supprimées» et par suite de la cessation des prêts par les lombards, le ministre des finances pourra présenter, dans l'ordre prescrit, des propositions pour la réduction des états du personnel de ces établissements pour les prêts.

« 7. L'expédition des billets de crédit de Tempire est réunie à la banque de TËtat, qui se trouve chargée de toutes les obligations imposées à ladite expédition par le manifeste du i«r juin 1843.

« 8, Pour Torganisation de la banque de TÉtat et de ses comptoirs, il lui est assigné comme capital de fondation 15,000,000 de roubles sur les capitaux des banques d'emprunts et de commerce, et de plus 1,000,000 de roubles comme capital de réserve. Puis, après vérification du bilan général des banques, dont on déduira toutes les créances douteuses et véreuses, tous leurs encaisses seront versés à la banque de l'État, qui recevra également les garanties commerciales données à la banque de commerce.

« Le montant des dépôts remis à la banque de TÉtat dépassant la valeur des garanties commerciales et des encaisses, et prêté à longs termes sur hypothèque d'immeubles, sera garanti à la banque par des obligations spéciales du trésor, jusqu'à l'amortissement complet de ces prêts.

f< 9. Les opérations permises à la banque de l'État par ses statuts s'effectueront petit à petit, d'abord par la banque elle-même, et ultérieurement par ses comptoirs, selon que le ministre des finances l'aura jugé convenable, et après

publication des règles qui devront régir ces opérations.

«( 10. Le ministre des finances étudiera en détail la question de l'ouverture de nouveaux comptoirs de banque d^ns les villes d'une grande importance pour le commerce intérieur et l'industrie, et nous soumettra, dans l'ordre établi, ses propositions à cet égard.

« 11. Les obligations imposées à la banque de commerce et à ses comptoirs par le règlement sur les billets de banque de l'État à 5 p. %, au sujet du service des intérêts de ces billets, de leurs tirages et de leur remboursement, passent à la banque de l'État et à ses comptoirs, sur les bases prescrites par ledit règlement.

«r 12. Le remboursement des dépôts et le service de leurs intérêts s'effectueront conformément aux anciennes règles :

((1^ Par la banque de l'État pour les billets des anciennes banques du commerce et d'emprunt, ainsi que du lombard de Saint-Pétersbourg.

(T 2^ Par le comptoir de la banque à Moscou, pour les billets du lombard de Moscou, qui doit remettre à ce comptoir toutes ses affaires de dépôts de capitaux.

« 3^ Pour les billets des direction^ d'établissement de charité dans les gouvernements où il existe des comptoirs de la banque, par ces comptoirs locaux, et pour les billets des autres directions, seulement par la direction qui les aura délivrés.

c( 13. Les dépôts particuliers placés à perpétuité dans les établissements de crédit précités seront transférés de leurs comptes à celui de la dette perpétuelle intérieure et inscrits au grand livre de la dette publique.

(( 14. Tous les prêts faits par les établissements de crédit au trésor de l'empire et à des administrations publiques

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seront réunis en un seul compte général de la dette du trésor à la banque, qui recevra de ce dernier les payements annuels stipulés pour cette dette.

c< 15. D'après le même principe, la commission impériale d'amortissement transférera au compte de la banque la somme de la dette publique intérieure à terme inscrite au grand-livre au nom des lombards.

« 16. L'encaissement des sommes dues par les particuliers sur les prêts à eux faits par la banque d'emprunts, les lombards et les directions d'établissements publics de charité , de même que les poursuites en recouvrement de ces payements, seront faits respectivement par les lombards de Saint-Pétersbourg et de Moscou et par les directions d'établissements de charité , d'après les règles établies à ce sujet.

ce 17. Les sommes reçues des particuliers par ces établissements, à titre d'intérêts et d'amortissement du capital des prêts accordés aux premiers, seront versées : 1^ par le lombard de Saint-Pétersbourg, à la banque de l'État ; 2^ par le lombard de Moscou, au comptoir de la banque à Moscou, et 3^ par les directions d'établissements de charité des gouvernements où il existe des comptoirs de la banque, aux comptoirs locaux de la banque, et par tous les autres, soit à la banque de l'État , soit entre les mains qu'elle aura désignées pour les recevoir.

« 18. Les sommes versées à la banque de l'État et à ses comptoirs pour compte des prêts faits par les établissements de crédit, seront portées au crédit du compte des intérêts et de l'amortissement des billets de la banque de l'État à 5 % » ainsi que des capitaux déposés aux établissements de crédit ; dans le cas où les payements à recevoir de ce chef par la

banque seraient insuffisants pour cette opération, il y serait suppléé par le trésor de Tempire.

c( 19. Le ministre des finances décidera les questions de détail qui pourraient surgir au sujet des règlements de comptes des établissements de crédit et du trésor de Tempire avec la banque de TÉtat» et il leur donnera des instructions nécessaires pour les opérations dont ils sont chargés.

« Transmettant au sénat dirigeant les statuts de la banque de rËtat, nous lui ordonnons de prendre les dispositions nécessaires pour la mise à exécution de ces statuts et de toutes les mesures ci^dessus énoncées.

« Signé : Alexandre. »

Aux termes de ses statuts, sanctionnés par S. M. l'Empereur Alexandre II le 31 mai 1860, la banque de l'État a été créée dans le but d'activer les revirements du commerce et de consolider le système de la monnaie judiciaire.

En garantie des opérations de commerce qui lui sont confiées, il est assigné à la banque de TEtat un capital de 15,000,000 de roubles qui forme sa propriété. Ce capital ne doit être entamé en aucune circonstance, et en cas d'insuffisance du capital de réserve, pour couvrir les pertes provenant d'opérations, le capital de fondation doit être maintenu à son taux primitif pendant toute la durée de l'existence de la banque, au moyen des autres ressources du ministère des finances.

Les bénéfices nets des opérations ^e la banque sont appliqués :

1^ A l'amortissement des billets de banque à 5 9/^ et des emprunts du Trésor de l'empire aux établissements de crédit;

2^ Â la formation d'un capital de réserve destiné à couvrir les pertes provenant des opérations delà banque.

Le Trésor de Tempire garantit à la banque» par toutes les ressources dont le gouvernement dispose, les payements qu'elle doit effectuer sur les billets de dépôts des anciens établissements de crédit et sur les billets de banque à 6 Vo*

Les opérations permises à la banque sont :

1^ L'escompte des lettres de change russes et étrangères, ainsi que d'autres valeurs à terme du gouvernement et des papiers publics à intérêts ;

2® L'achat et la vente de l'or et de l'argent ;

^^ Le recouvrement, pour compte de tiers-mandants, de lettres de change et autres valeurs à terme;

4^ L'encaissement de dépôts donnés en garde, en compte courant, ou à intérêts;

g^ La concession de prêts ;

6^ L'achat et la vente, pour compte de tiers-mandants, de billets de banque à 5 ^/o et d'autres fonds publics;

7^ L'achat et la vente, pour son propre compte, de fonds publics.

La banque de l'État admet à l'escompte, de personnes à elles connues et sûres, les lettres de change:

P Simples et endossées, russes et étrangères acceptées en Russie ;

2^ Garanties par deux signatures au moins ;

3^ Payables, soit à Saint-Pétersbourg, soit dans une des villes où il existe des comptoirs de la banque ;

4° Écrites sur papier timbré de valeur convenable ;

5^ Et dont réchéance n'est pas éloignée de plus de six mois.

Tous les particuliers, toutes les maisons de commerce et

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toutes les compagnies établies à Saint-Pétersbourg et ayant à y encaisser des recouvrements sur lettres de change et autres effets de commerce à terme, peuvent déposer ces valeurs à la banque qui se charge de les présenter à leur échéance et d'en encaisser le montant en compte courant, au crédit et à la disposition des mandants. "

La banque admet les dépôts en consignation, en compte courant et à intérêts, faite, non seulement par des particuliers, mais encore pas des institutions ou par des corps d'état.

Ces dépôts s'étendent aux actions, obligations, lettres de change au porteur ou transmissibles par endossement , lingots d'or et d'argent , objets fabriqués avec ces métaux , numéraire métallique tant russe qu'étranger, contrats de toute nature, testaments, etc., etc.

La banque accorde aussi des prêts sur dépôts qui ne doivent jamais dépasser, en moyenne, 80 ^/o du montant de la valeur des dépôts.

Quant à son administration, elle est placée sous l'autoritc immédiate du ministre des finances, et sous la surveillance du conseil des établissements de crédit.

La direction de toutes les opérations et affaires de la banque, et la surveillance de leur gestion sont confiées à la régence de cet établissement, qui se compose du gouverneur, de son adjoint, de six régents et de trois délégués du conseil des établissements de crédit. Ces derniers, en entrant en fonctions, prennent l'engagement écrit de garder le secret sur les affaires de la banque relatives au crédit des commerçants.

Le système inauguré par le nouveau ministre des finances, qui a parfaitement compris les idées de l'Empereur, a pro-

(luit les plus heureux effets. L'extension qu'ont prise depuis lors l'industrie et le commerce intérieur en Russie a été très-grande.

Le noiùbre des compagnies qui se sont formées dans l'espace de dix -huit mois seulement, depuis Tannée 1857 (nous n'avons pu recueillir de chiffres positifs que pour cette période de temps), s'élève à trente -six. Or, ces trente-six compagnies comptent une mise de fonds de 36,770,000 roubles (147,080,000 fr.).

Quant à la grande entreprise des chemins de fer que nous ne faisons pas figurer dans ce chiffre, elle représente à elle seule 1 milliard 200 et quelques millions.

Celte compagnie poursuit son œuvre immense avec une rare vigueur, malgré la continuation delà crise financière qui pèse sur l'Europe.

A l'heure qu'il est, plus de cinquante mille ouvriers sont répartis sur les lignes suivantes :

De Saint-Pétersbourg à Varsovie avec embranchement sur la frontière de Prusse ;

De Moscou à Théodosie ;

De Moscou à Nijni.

Quant à la ligne transversale de Liban, les études y ont été faites jusqu'ici avec un personnel peu considérable.

La répartition du service des études et la construction emploie sept ingénieurs en chef.

Un service de santé est établi dans les limites des besoins actuels de l'entreprise.

Un grand réseau de lignes télégraphiques complète ces voies de communication.

Les lignes principales sont de Saint-Pétersbourg à Varsovie et de Varsovie à la frontière prussienne et à la frontière au-

trichienne (1,377 versies); de Saint-Pétersbourg à Odessa par Moscou (2,184 v.); de Saint-Pétersbourg à Helsingfors (448 V.) ; de Kiew à la frontière de la Gallicie autrichienne par Jitomir (403 y.); de Revel à Libau, sur la frontière prussienne, en suivant la côte du golfe de Livonie et de la Baltique (683y.)» etc. En Asie, on travaille à une ligne simultanée de chemins de fer et de lignes télégraphiques qui mettra en communication directe les nouveaux territoires de l'Amour avec le centre de Tempire.

Nous terminerons cette étude rapide du mouvement commercial de la Russie, par quelques indications sur le commerce de cet empire avec la Chine. Nous parlerons aussi de la Cœnpagnie Rmse-Âméricaine ^ dont les opérations, déjà si importantes , sont appelées , grâce au traité avec le Céleste-Empire, à prendre un développement considérable.

Dès le milieu du xvu® siècle , les Busses cherchèrent à établir des relations de commerce avec la Chine. Ces premières tentatives restèrent sans succès. Cependant, malgré les précautions du gouvernement chinois pour empêcher tout contact entre ses sujets et la Bussie, l'étendue des frontières des deux pays favorisa le rapprochement ; des transactions commerciales se firent , des échanges eurent lieu » peu considérables d'abord, mais bientôt plus importants, et l'excédant se trouvant toujours du côté des marchands russes, les Chinois demandèrent qu'il leur fut soldé en espèces.

Près d'un siècle plus tard, en 1728, la politique russe finit par atteindre le but qu'elle poursuivait avec persévérance. Le premier traité de commerce fut signé avec le Céleste- Empire par Sawa^YladisIavitsch, comte illyrien, du côté de la Bussie, et les ministres de l'Empereur de la Chine d'autre

part. Un point fut déterminé sur les bords de la petite rivière Kiaktha comme Tunique endroit où se feraient les affaires, c'e8t*à--dire où pourraient se réunir les marchands des deux nations pour opérer leurs échanges. Un bourg ne tarda pas à s'y élever, qui prit le nom même de la rivière et s'appela Kiaktha. Ce bourg se trouve sur la frontière de la Chine. Il est entouré de hautes montagnes dont la plus considérable est appelée BourkouUey par les Mongols ; près de cette mon* tagne se trouve le fort d'où l'on voit parfaitement les rues et les boutiques du bourg ainsi que la petite ville chinoise. 11 est resté jusqu'aux dernières années , époque de 1% grande insurrection chinoise , le centre unique du commerce des deux empires. Il avait été stipulé dans le traité de 1728 que ce commerce ne pourrait consister qu'en échanges , tout débours en numéraire étant défendu.

Mais lors de Tinsurrection de 1853, qui s'est étendue à un tiers de la Chine, les marchands indigènes ne voulurent plus échanger la plus grande partie de leurs marchandises que contréargent, et la Russie, qui fait une grande consommation de thé, dut souscrire à ces exigences. Le traité fut donc modifié; les Russes se virent dans la nécessité d'ajouter aux marchandises échangées un tiers en argent, mais en argent ouvré.

Cet état de choses ne tarda pas à donner lieu à une vaste spéculation. Il s'établit à Moscou des fabriques exclusivement occupées à convertir la monnaie d'argent et la vieille argenterie en objets de service tels que plateaux, cuvettes, vases, etc., etc., le tout grossièrement façonné. Ces objets étaient expédiés à Kiaktha et servaient à régler les comptes des Chinois. Ce que voyant, le gouvernement russe se trouva obligé d'autoriser les marchands à compléter leurs paiements en numéraire soit russe, soit étranger.

Celte mesure eut son contre-coup en Angleterre et surtout en France; elle donna lieu à une exportation énorme de monnaie européenne qui alla s'engloutir en Chine pour n'en plus sortir. C'est ainsi qu'il faut s'expliquer la disparition successive d'une grande partie de nos pièces de cinq francs.

Revenant aux relations de la Russie avec la Chine, nous voyons les pas de géant faits dans cette voie par la première de ces nations, ôurtout si l'on considère l'importance du dernier traité qui livre à la Russie, avec un territoire plus vaste que la France , la libre navigation de l'Amour jusqu'à son cmbouckure, ce qui lui ouvre la route directe des Indes. Sans brûler une amorce, les Russes ont pris au nord de la Chine une position à laquelle l'avenir semble promettre des avantages incalculables.

Voici , du reste , le texte du traité passé entre la Russie et la Chine :

« Art. l*^ Les Russes doivent jouir de la plus grande liberté, tant pour leurs personnes qu'à Tégard de leurs propriétés en Chine, Les Chinois doivent jouir des mômes avantages dans les possessions russes.

<( Art. 2. Dorénavant, les rapports entre les deux gouvernements auront lieu directement entre le ministre des affaires étrangères russe et le premier personnage du Conseil d'Elat chinois, ou le premier ministre à Pékin. Le gouvernement chinois s'engage à prendre toutes les mesures requises pour la protection de l'ambassadeur et de sa suite.

« Art. 3. Les ports suivants seront ouverts aux navires russes . Shanghaï, Ningpo, Fuchan, Amoy, Canton, Tolwan et Rienng-Chow- Fu dans le Hainan.

« Art. 4. Tous les marchands russes qui font des affaires avec la chine ne seront sujets à aucuns droits autres que ceux stipulés par les tarifs de la douane. La contrebande sera punie de la confiscation des objets passés en fraude.

« Art. 5. Il est convenu que l'empereur de Russie pourra nommer des consuls dans tous les ports ci-dessus dénommés ; il pourra y avoir des bâtiments de guerre chargés de maintenir le bon ordre parmi les

sujets russes et maintenir Tautorité des consuls. Les consuls russes jouiront des mômes avantages et privilèges que les consuls des autres pays.

« Art. 6. Dans le cas où un bâtiment marchand ou un navire de guerre viendrait à naufrager sur les côtes de la Chine, les autorités chinoises devront rendre tous les services en leur pouvoir, et, dans ce cas, les équipages pourront débarquer dans tout autre endroit que les ports ci-dessus désignés.

« Art. 7. Toutes contestations entre sujets russes seront arrangées par les consuls de cette nation ; les Russes accusés de crime, dans rintérieur de la Chine, seront conduits à la ville frontière la plus près et livrés aux autorités russes.

« Art. 8. Le gouvernement chinois est convaincu que les doctrines du christianisme tendent à propager le bon ordre et l'union entre les hommes et s'engage à ne porter aucun empêchement au culte et aux cérémonies de ses sujets chrétiens ; ils jouiront de toute la protection qui est accordée à n'importe quelle religion tolérée dans les possessions chinoises. Le gouvernement chinois, considérant les missionnaires comme de braves et dignes gens, ne recherchant aucun profit ni aucun avantage matériel, il leur permet d'étendre leur propagande parmi les Chinois et les autorise à circuler en toute liberté dans l'empire. Un certain nombre de missionnaires devront être porteurs de passeports émanant du gouvernement russe.

« Art. 9. Les parties des frontières russes et chinoises qui n'ont pas encore été exactement arrêtées le seront immédiatement ; des commissaires seront nommés sans délai des deux côtés.

a Art. 10. La résidence de la mission ecclésiastique russe à Pékin ne sera plus considérée comme temporaire, et ceux qui en font partie pourront y revenir quand ils le voudront. Leurs dépenses de voyages, ainsi que celles d'autres personnages officiels, seront supportées par la Russie. Les autorités chinoises sont tenues de leur donner aide et protection.

« Art. 11. Un service postal sera immédiatement organisé entre Kiaktha et Pékin.

« Art. 12. Tous les avantages politiques et commerciaux, et autres privilèges accordés par la Chine aux autres nations, seront immédiatement et sans nouveau traité étendus à la Russie. »

Ces avantages, la compagnie russe-américaine, comme on ya le voir, les a mis immédiatement à profit.

« D'après un travail publié dans les Annales du commerce extérieur (numéro de juin 1859), la création de cette compagnie» dont la charte a été renouvelée successivement jusqu'en 1855 , marque Tépoque où la Russie commença à organiser les gouvernements de ses immenses possessions dans la Sibérie , au Kamtschatka , dans les archipels des iles Kouriles et Aléoutiennes comme sur le continent américain.

tt Disposant alors d'un capital de plusieurs millions de roubles, soutenue et aidée par le gouvernement russe dont elle ne faisait d'ailleurs, sous beaucoup de rapports, qu'exécuter les vastes projets sur les deux continents et dans les lies intermédiaires, cette compagnie a vu augmenter rapidement ses établissements et son commerce. En 1799, elle fondait un comptoir à Norfolk sous le 56® degré de latitude nord; en 1805, elle s'établissait à Sitka; en 1806, elle essayait de former un autre comptoir à l'embouchure de la rivière Columbia ; en 1812, elle fondait celui de Bodega sur la côte même de la Californie, non loin du port deSan-Francisco, et en 1814, elle prenait possession des îles Sandwich.

« Sans s'arrêter à décrire ici l'immense matériel et les grandes ressources de cette compagnie, on fera seulement observer que son personnel est aujourd'hui d'au moins 15,000 personnes. Les territoires et toutes les choses appartenant à la compagnie sont placés sous la direction de deux principaux agents ou gouverneurs, dont l'un réside dans les îles Kodiak, et l'autre à Sitka.

« Ces gouvernements sont en outre divisés en cinq sections, soumises chacune à un directeur ou chef. Ces divisions furent faites pour mieux régler la pèche et la chasse des animaux, des loutres de mer surtout, de manière à ne pas détruire les espèces ; c'est-à-dire que la pêche ou la chasse

ne se font que pendant une année ou une saison dans une de ces sections, et l'année suivante dans une autre, et ainsi successivement de manière à ne revenir à la section où a commencé la pèche ou la chasse qu'après cinq ans ou au commencement de la sixième année. Au moyen de ce sage règlement, la compagnie russe-américaine , non-seulement a prospéré , mais elle a pu continuer ses collections de riches fourrures régulièrement d'année en année sans que la quantité des animaux qui les fournissent se soit nulle part notablement réduite.

a La compagnie ne s'est pas limitée non plus au commerce des pelleteries. Depuis nombre d'années elle se livre à la pêche de la baleine et des phoques pour en extraire rhuîle. Cette pêche se fait généralement dans les grandes baies, entre les îles ou à peu de distance de la côte.

» Les navires de la compagnie sont occupés à visiter les différents établissements pour y apporter des vivres , y prendre les produits de la chasse et de la pêche, et les transporter à Pétropawlowski, à Okhotsk ou en Russie par le cap Horn. Si les établissements russes sur le continent américain, sur les îles adjacentes et les archipels intermédiaires entre les deux continents ont prospéré depuis l'installation de la compagnie , il est également vrai de dire que Kamtschatka , Okhotsk, Irkoutsk et Kiaktha ont profité de l'activité et de l'importance que la compagnie a partout données au commerce de la Sibérie orientale et au développement de ses ressources. Quand on considère les nombreux obstacles et les difficultés sans nombre qu'ofiFrent sur terre et sur mer la rigueur du climat, la nature du pays sous des latitudes où la terre ne produit absolument rien, on s'étonne des travaux qui ont été exécutés , car la Sibérie de l'est a , aujourd'hui»

des chemins praticables qui permettent de la parcourir dans tous les sens ; de plus, avec Taide du gouvernement, de grandes et belles routes ont été établies qui permettent d'y voyager et même de transporter, durant certaines saisons, les marchandises.

a Depuis rétablissement de la compagnie , Tacquisition d'un immense territoire dans la Mantchourie, le droit de naviguer sur l'Amour, l'un des plus beaux fleuves de l'Asie, et d'ouvrir, par ce fleuve, des communications faciles et rapides entre la Sibérie et ses possessions sur l'Océan Pacifique, ont assuré de nouveaux avantages à la Russie d'Orient.

« Pénétrant désormais au milieu des provinces chinoises sur une ligne de plus de deux milles de l'ouest à l'est , la Russie ne se trouve plus limitée pour son commerce avec la Chine à un seul point. Elle aura pour champ d'opération la vallée entière de l'Amour.

« Sans donc vouloir prédire, dès à présent, ce que

cette contrée pourra devenir sous la domination russe, on fera remarquer que depuis 1858 tout le commerce et les relations de la Russie avec ses établissements dans le Pacifique et sur la côte occidentale de rAmérique ont déjà eu lieu par cette voie nouvelle au moyen de vapeurs dont plusieurs montent et descendent régulièrement le fleuve, de son embouchure à Chitah, dans la Transbaïkalie, et de Ghitah à son embouchure. C'est par ce fleuve que se transportent aujourd'hui les provisions, les munitions, les marchandises à Nicolaïevsk pour être dirigées de là au Kamtschatka, à l'archipel des Kouriles, aux îles Aléoutiennes et sur le continent de l'Amérique. Les Russes qui, jusqu'à présent, n'avaient pu communiquer et commercer avec la Chine que par un seul point, le comptoir de Kiaktha, comme les Chinois

avec les Russes par Maimatschin , possèdent aujourd'hui tout Je cours de TAmour depuis TArgour jusqu'au*delà do rembouchure du Songari. Ce fleuve , qui traverse d*un bout à {'autre toute la partie septentrionale de la Mantchouric, mettra les Russes en contact suivi sur cette ligne avec le peuple mantchou-chiiiois qui compte, dit-on, de 7 à 8 mil* lions d'habitants. Par cette ligne, les Russes pourront recevoir directement de Pékin et de l'intérieur de la Chine le thé et les marchandises chinoises par voie de terr^ et par eau , diminuées de tous les frais qu'occasionnait autrefois le voyage à Maimatschin, car ces marchandises se transporteront désormais, en partie, au moyen de bateaux à vapeur, de l'intérieur même de la Chine aux établissements russes sur l'Amour, et de ces établissements à Chilah sur l'Ingodah, et de là par les voies de fer qu'on dit exécutablesà Irkoutsk et à Moscou. Enfin, des relations pourront s'ouvrir «ntre ces nouvelles possessions russes et les possessions anglaises et américaines de la côte occidentale de l'Amérique dont, grâce à la vapeur, elles ne sont séparées que par quelques jours de navigation. »

Par les quelques données générales qui précèdent , on voit qu^la Russie, ce réservoir inépuisable de céréales, peut fournir du blé à toute l'Europe en écoulant ses grains par deux grands déversoirs : Odessa dans la mer Noire, et Riga dans la mer Baltique.

Cette situation tout exceptionnelle lui permet, aujourd'hui que la paix a été conclue sur des bases qui limitent son action extérieure, de développer son action intérieure au profit de son commerce et de son industrie.

La tranquillité de l'Europe, ainsi que Ta dit le manifeste de S. M. Alexandre II, doit assurer de grands avantages à ce

vaste empire en reportant toutes ses forces vers ramélioration de son système économique. Dégagée de toute préocrcupation étrangère, la nation russe marchera plus librement dans les voies qui lui sont tracées par sa situation géographique, ses besoins et ses facultés.

Transformée moralement par Tabolition successive du servage, elle pourra améliorer ses institutions au sein de la paix en se modelant autant que possible sur les nations les plus avancées.

La Russie possède d'ailleurs un vaste champ d'expériences où elle peut poursuivre l'application du système de conquête sans danger pour les améliorations intérieures qui lui seraient acquises, comme sans menace pour l'Europe. 11 est dans le nord de l'Asie do grands territoires où une oeuvre de colonisation pacifique réclame son activité, où elle peut déployer une énergie féconde dans le double travail de la culture et du peuplement. Du côtéde l'Europe, la Russie peut également ouvrir à son commerce des voies nouvelles. La mer Noire, depuis la signature de la paix , semble en effet devoir acquérir une importance capitale pour l'industrie européenne. Le commerce russe y descendra par le Volga et le Don aisément réunis, celui de l'Allemagne par le Danube, et Galatz sera un jour la rivale de Trieste. La Crimée ayant enfin cessé d'être une menace pour Constanlinople, deviendra l'entrepôt général de l'Europe dans ses rapports commerciaux avec l'Asie.

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