‹ Etude sur Alexandre IIChapitre 9 sur 13 · EFFECTIF · texte numérisé non relu

EFFECTIF

Arméô ftctivo

447,000 hommes.

Réserve • • • • .

Armée du Caucase

Armées locales

Troupes de garnison «

Troupes irrégulières

TOTAI

1,117,000 hommes.

Les forces des armées de terre de la Russie sont, comme on

le voit» trés-considérables, mais en laissant de côté les troupes ^ de garnison, l'armée du Caucase» les armées locales qu'on ne peut déplacer, il reste Tarmce active avec sa réserve et les troupes irréguliéres qui représentent en ligne plus d'un demi* million de soldats.

Quant aux forces maritimes de la Russie, elles se composent, d'après des documents qui nous ont clé communiqués, mais que nous ne pouvons cependant pas considérer comme officiels, de 7 vaisseaux de ligne de 100 canons et au-dessus, iO de 84, 11 de 74, 16 frégates, 5 corvettes, 17 bricks et 108 vapeurs.

Ces forces sont ainsi réparties : dans la Baltique, 71 vapeurs et 55 navires à voiles ; dans la mer Noire, 21 vapeurs et 22 navires à voiles ; dans la mer Blanche, 4 vapeurs et 4 navires a voiles; dans la mer Caspienne, 12 vapeurs et 5 navires à voiles.

La flotte forme deux divisions, celle de la Baltique et celle de la mer Noire.

Le personnel maritime en activité s'élève à 19,658 hommes commandés par 1,384 officiers.

 cet effectif, il faut ajouter encore de nombreux bateaux à vapeur affectés au service des côtes, des chaloupes canon* nières, des batteries flottantes, des transports, etc., que Ton évalue à plus de 600. Enfin, la Russie fait encore construire, dans rinlérieur et hors de l'empire, une grande quantité d'autres navires.

Suivant une statistique publiée en Finlande, le personnel de tous ces bâtiments s'élèverait à plus de 40,000 marînis.

Les principales distinctions honorifiques créées par la Russie sont les ordres de* Saint-André, de Sainte-Catherine, do Saint- Alexandre-Newsky, de Sainte^Anne, de Saint-

Georges, de Sainl-Wladimir, de l'Âîgle-Blanc et de Sainte Stanislas.

L'ordre de Saint-André a été fondé» en 1698, par'Pierre*le- Grand. Il consiste en une image du saint suspendue à une croix émaillée de bleu et surmontée d'une couronne. Au revers de cette croix est un aigle avec cette inscription : S. A. P. R., c'es(-à- dire Sancto^ Andréas Patronus Rwsiœ , Sur l'aigle on lit, en outre, cette devise en langue russe, dont voici la tra« duction : Pour la foi et la fidélité.

L'ordre de Saint*André est le premier ordre de l'empire : il n'a qu'un degré, mais quand l'Empereur veut distinguer particulièrement celui auquel il le confère, il le lui donne en diamants. L'empereur, du reste, fait de mémo pour tous les autres ordres.

Les insignes de l'ordre de Saint-André se portent avec un ruban bleu passé en sautoir sur l'épaule droite. Les personnes décorées de cet ordre portent en outre, sur le oôlé gauche de la poitrine, une plaque d'argent à huit rayons avec une croix bleue surmontée d'une, couronne royale.

L'ordre de Sainte-Catherine a été fondé, en 1714, par Pierre-le-Grand, en l'honneur de la Tzarine sa femme. Los insignes de cet ordre consistent en un cordon ponceau avec liseré d'argent, que l'on porte en sautoir sur l'épaule droite. A ce cordon est suspendue l'image de la sainte tenant dans la main une croix blanche sur un fond émaillé rouge et or. Au milieu de celte croix est une autre croix plus petite, ornée de rayons entre les bras de laquelle sont gravées les lettres D. S. F. R., Domine salvum fac regem. La même devise se lit aussi sur le cordon de l'ordre. A ces insignes il faut joindre encore un crachat d'argent que l'on porte sur le côté gauche de la poitrine, et au milieu duquel se trouve une croix d'ar-

gent sur fond rouge avec celte inscription en russe : Pour l'amour et la patrie. L'ordre de Sainte-Catherine est spécialement consacré aux dames; l'Impéralrice en est grandemaîtresse.

Le troisième ordre impérial de Russie est celui de Saint- Alexandre Neuwsky. Il remonte aussi à Pierre-le-Grand, qui le créa en 1722. Il est formé d'une croix rouge émaillée portant un aigle d'or au milieu duquel est l'image de saint Alexandre Newsky à cheval. L'inscription de la plaque porte le chiffre du saint et la devise : Pour les fatigues et la patrie. Cet ordre n'a qu'un seul degré. Il se porte suspendu 'à un

cordon ponceau.

L'ordre de Sainte-Anne, fondéen 1736 par leducCharles-Fré-

dérik de Holstein en l'honneur de la princesse Anne loanovna , impératrice de Russie (de 1730 à 1740), se divise en quatre classes, dont la dernière est réservée aux militaires. Il consiste en une croix rouge émaillée à l'effigie de sainte Anne, suspendue a un cordon rouge avec liseré jaune.

L'ordre de Saint-Georges, fondé par Catherine II, est un ordre exclusivement militaire. Il se divise en quatre classes ; mais , pour obtenir la première , il fout avoir gagné des batailles et rendu les services les plus signalés à l'empire. Les insignes de Saint-Georges consistent en une croix blanche émaillée à l'effigie du saint et suspendue à un cordon jaune et noir.

L'ordre de Saint-Wladimir, à la fois civil et militaire, est également trés-considéré. Il fut fondé par Catherine II en 1782, et renouvelé' par Alexandre en 1801. Il consiste en une croix émaillée d'un rouge foncé à l'effigie de saint Wladimir, que l'on porte avec un cordon ponceau et un liseré noir.

Les ordres de l'Aigle-Blanc et de Saint-Stanislas, tous deux

d'origine polonaise, ont été naturalisés russes en 1832 ; le premier est composé d'un crachat d'or à huit angles, que Ton porte sur le côté gauche de la poitrine, et d'un cordon bleu foncé auquel est suspendu un aigle couronné avec une tête d'or ; le second se compose d'un cordon rouge avec liseré blanc et d'une croix rouge émaillée, au milieu de laquelle sont incrustées deux figures d'aigles. L'ordre de Saint-Stanislas a quatre classes.

Des médailles correspondent aux divers ordres de l'empire et se distinguent par le ruban auquel elles sont attachées. Excepté celles de Sainte^Anne et de Saint-Georges, les médailles soot un signe honoriiique exclusivement réservé au commerce et a l'industrie.

CIVÏLÏSATrON. — LITTÉHATUllE.

Un travail, publié par M. Auguste Picard dans la Revue des Deux-Mondes y sous ce titre : Le gouvernement des Tzat^s et la société russe, a placé la question de la civilisation sur son véritable terrain. Nous en citerons les passages suivants :

« La Russie diffère notablement du reste de l'Europe par son climat,' par la configuration de son territoire, par la race qui l'occupe, par sa religion dominante et l'état de son clergé, par ses institutions sociales et politiques. Il importe de bien constater ces différences et de signaler les conséquences qui en résultent.

« Qu'est-ce, d'abord, que le climat de la Russie? On peut le définir en deux mots : sept mois d'hiver, pendant lesquels il est rare que le mercure ne gèle pas ; en juin, des jours de dix-neuf heures ; en décembre, des jours de cinq heures.

On ne trouve pas, dans ce pays, de charbon fossile; il faut donc du bois et beaucoup de bois pour chauffer la population. Or, à mesure que celle-ci s*accroît, la consommation du bois augmente, et, en même temps, ce progrès dans la population nécessite le défrichement. De là un singulier conflit entre deux nécessités essentielles de la vie, le chauffage et Talimentation.

< La configuration du sol rend plus sensibles encoroi en Russie , les variations de température déterminées par la situation géographique. La Russie, en Europe, n'est qu'un immense plateau légèrement ondulé, dépourvu de montagnes et presque de collines sur toute sa surface. Des Carpathes à l'Oural, de la Finlande à la Crimée, on ne rencontre pas une hauteur, pas un obstacle au cours des vents qui viennent du pôle. Ainsi, les défrichemenls, l'exlension de culture, ne pourront jamais amener dans ce pays une amélioration du climat, un abaissement de la température moyenne, comme cela est arrivé dans les régions centrale et occidentale de l'Europe. Avant que les glaces du pôle soient fondues, il y a peu d'espoir de voir, en hiver, le thermomètre descendre à moins de 42 degrés Réaumur (au-dessous de zéro) dans le nord et le centime de la Russie, a moins de 25 degrés Réaumur dans te midi.

« Ce défaut complet de montagnes et de roches, de pierres et de matériaux résistants a entraîné de bien autres conséquences pour les destinées de l'empire russe. Ce territoire s'est trouvé ouvert à toutes les invasions hostiles, notamment à celle des Tatares, sans autre moyen de défense que le climat et les dislances. L'uniformité du sol a façonné à Inégalité la population qui le couvre. Dès qu'un pouvoir central s'y est établi, elle lui a facilité l'extension graduelle et indéfinie de

son influence cl de son action. Egalité native, manque de moyens de résistance, centralisation toujours croissante, tous ces éléments de servitude et do despotisme, c'est la configuration du sol qui les a fournis. »

Qu'on ne s'étonne donc pas de voir ce peuple, qui a marché si vile vers la domination, s'avancer pas à pas dans la voie de la civilisation. Sa foi est naïve mais peu éclairée. Le prêtre russe (pope) ne prêche pas, et ce puissant moyen de moralisation, la propagation de la parole divine, manque à ces populations, qui ne savent qu'adorer Dieu et obéir au Tzar.

Ce que les institutions religieuses de la Russie n'ont pu suffisamment enti'eprendre jusqu'ici : la moralisation et l'élévation du caractère populaire, les écrivains de ce pays l'ont osé faire en abordant franchement toutes les questions de nationalité, qui montrent à l'homme ses devoirs et ses aspirations.

« Le caractère le plus expressif de la littérature contemporaine en Russie — a écrit M. Saint-René Taillandier, dans un article fort intéressant publié par la Revxie des Deux-Mondes -^ c'est une rupture presque partout complète avec cette influence anglaise, française, allemande, qui a longtemps alimenté la poésie aristocratique de Saint-Pétersbourg. On a dit, avec raison, que la littérature russe avait commencé par la fin, c'est-à-dire par l'inspiration cosmopolite, par l'inspiration de Byron ou de Goethe , au lieu de demander à ses propres origines les éléments d'une vigoureuse jeunesse. Si elle eût persisté dans cette voie, elle eût pu produire des talents pleins d'éclat; elle n'eût pas exercé au sein du peuple russe cette action civilisatrice qui appartient toujours à une poésie nationale. La génération qui occupe aujourd'hui la scène a compris que ses devanciers faisaient fausse route, et elle est revenue puiser aux sources populaires. L'esprit russe, les traditions

russes , l'étude et la peinture de ce qui fait roriginalité de la famille slave» voila le fond de la littérature qui grandit sous nos yeux. Tantôt on s'adresse au passé, comme Lermonlof dans le poème à' Ivan Vassiliévitch ; tantôt on interroge les mœurs présentes. C'est Nicolas Gogol qui , dans les Ames mortes , dans VInspecteur général , trace un tableau hardi de la vie moscovite en province ; c'est le comte Sologoube qui, dans le Tarantasse , exprime avec enthousiasme les désirs , les ambitions , les espérances du peuple russe. Les critiques s'associent à l'œuvre des conteurs et des poêles , et l'ancienne critique russe, bizarre parodie de nos feuilletons parisiens, est remplacée par une école sérieuse, qui substitue la vérité à l'imilafion et le génie slave aux influences occidentales. »

Il y a tout un aspect de la Russie que les voyageurs n'observent guère, mais dont les conteurs nationaux commencent, avec raison, a se préoccuper : ce sont les mœurs des paysans. « Le souvenir de nos villages — dit un écrivain russe , M. Alexandre Hertzen, peu disposé à juger favorablement son pays, et généralement si âpre dans ses appréciations — n'a point été effacé de ma mémoire par les environs de Sorrente et de Rome, ni même par les vallées des Alpes et les gras pâturages d'Angleterre. La campagne, en Russie, a un caractère qui lui est propre. Ces plaines sans fin, couvertes d'une verdure uniforme, respirent le calme et la confiance. Elles font pénétrer dans l'âme une émotion douce et triste. On éprouve un indicible bonheur à s'asseoir, à l'entrée d'un village russe, à l'ombre d'un bouleau ou d'un tilleul. Devant vous s'étend une longue rangée à'isbas (cabanes), qui, pressées .l'une contre l'autre, semblent disposées a brûler ensemble plutôt que de se séparer. L'air est embaumé par la fumée des séchoirs, par l'odeur des meules de foin que le soleil échauffe

dans les prés et par les émanations de la forêt voisine. Rien ne trouble le silence; rien, si ce n'est le grincement rauque de la longue bascule d'un puits ou le bruit d'un chariot vide dont le cheval, excité par la voix sonore du conducteur, ébranle en passant les rondins du pont. Quant à la population qui vit au sein de ces pauvres villages, elle réunit des qualités morales et physiques fort remarquables. Grâce à des formes sociales précieusement conservées, le paysan russe n'a vraiment pas son pareil dans le monde ; il n'a rien de l'air contraint et grossier des paysans occidentaux. »

Ainsi parle M. Hertzen , et l'on doit reconnaître — ajoute M. H. Delaveau , dans un travail sur les mœurs populaires en Russie, auquel nous empruntons cet extrait et ceux qui vont suivre — qu'en faisant cet éloge des campagnes de son pays, il n'est véritablement pas allé trop loin. Les groupes d'isbas russes et leurs paisibles habitants forment, sans contredit, un ensemble original et poétique : c'est dans ce monde naïf et sauvage qu'on peut saisir quelques-uns des traits primitifs et caractéristiques de la société moscovite.

Bien avant le règne de Pierre-le-Grand, la Russie avait eu ses chants et ses légendes populaires, qu'on aimait à répéter dans les maisons des grands comme dans les plus pauvres chaumières. Mais les réformes introduites par le Tzar ne tardèrent pas à changer la direction des tentatives littéraires. Les œuvres locales retombèrent dans l'oubli, et une littérature empreinte d'un caractère européen remplaça la littérature populaire. Quelle place firent les nouveaux écrivains à l'étude des mœurs russes ? Leurs préoccupations, à vrai dire, furent généralement tournées ailleurs. Trétiakovski et Lomonôssof s'occupèrent, avant tout, de créer la langue. Leurs successeurs imitèrent ou traduisirent les chefs-d'œuvre des litléralures

élrangères. Vers la fin du xviii® siècle, seulement, Derjavine arracha la poésie aux influences que les successeurs dé Lomonossof avaient trop favorisées ; le théâtre reprit, en même temps, la tâche commencée par les conteurs d'avant Pierre-le-Grand, mais les esquisses qu'on vit se produire alors sur la scène russe étaient presque toujours empreintes d'une exagération de mauvais goût. Un seul écrivain dramatique, Oblessimof, ne craignit point de copier fidèlement les mœurs villageoises dans un petit opéra plein de naturel et de grâce, le Meunier. Il ne fut point encouragé : les. usages occidentaux triomphèrent dans les classes supérieures, et le théâtre national fut alors décidément sacrifié.

Au début de notre siècle, Karamsine fit, dans ses Nouvelles, la Pauvre Lise, Nathalie, Marpha, quelques efforts pour ramener la littérature russe aux sources de son originalité primitive. Malheureusement « quoiqu'il eût étudié à fond nos grands écrivains, Karamsine ne sut pas se soustraire à l'influence do l'école mignarde et langoureuse représentée en France par Florian et Marmonlel. Après lui, le fabuliste Krylof indiqua plutôt qu'il ne fraya complètement une voie nouvelle. Il fallait arriver à l'époque des guerres contre la France pour voir le réveil du patriotisme provoquer dans la littérature russe de sérieux eflbrls d'aflranchissement.

Les années qui s'écoulèrent de 1808 à 1815 furent surtout fécondes en manifestations lyriques. Joukovski arracha vaillamment la muse nationale aux influences énervantes qui avaient si longtemps pesé sur elle. Des hymnes et des chants de guerre répandirent partout des inspirations viriles, et la rupture avec l'esprit du xviif siècle fut accomplie.

Dans cette mêlée littéraire dominée par les puissantes créations de Pouchkine^, un poète, un paysan nommé. Sté-

pouchkine, marche indépendant et obscur dans la voie où Gogol devait entraîner plus tard les romanciers de son pays. Son recueil contient une suite de tableaux où les mœurs de la campagne sont décrites avec une touchante simplicité. Qu'on en juge par cette page naïve intitulée Vlsba :

« Amis, je veux vous parler de la vie paisible du village : je vais vous dire comment une honnête famille passe sa vie dans les champs. La pauvre cabane qu'elle habite est entièrement couverte en chaume ; ses murs sont percés de deux fenêtres étroites ; tout y est simple. Près de la porte est une image dc^ vaut laquelle brûle, suivant l'usage, une bougie de cire jaune ; plus loin, une grande table de chêne, ordinairement dégarnie, à moins qu'il ne s'y trouve un puisoir en érable rempli do bonne bière. Le long du mur règne un banc de bois ; quelques tabourets complètent l'ameublement. Les pelisses sont suspendues en bon ordre, et les pots entourés d'écorces qui rem* plissent les étagères sont propres et bien tenus. Dans le coin est un grand four : c'est là qu'en hiver, après le travail, toute la famille passe la nuit et dort comme dans le meilleur lit. Un enfant repose paisiblement dans son berceau suspendu à une longue perche, et sa mère veille auprès de lui en filant. Le grand-père est assis sur le four : il y tresse, avec les enfants, des souliers de nattes, et chante une joyeuse chanson du vieux temps. Les filles sont sur les bancs : elles filent ; les femmes, placées à leurs métiers, tissent des étofies rayées ou du drap, Au milieu d'elles se tient la grand'mére ; elle s'adres&e à toute la famille et dit ; « Que devons-nous conserver soigneusement et qu'estH^e qui nous est le plus utile? » Chacun médite en silence; on n'entend plus que le bruit des navettes et des fuseaux. La bonne vieille reprend la parole: « Voilà, dit-elle, en montrant le four; sans lui, nous ne pourrions vivre, 11 nous

réchauffe dans les froids rigoureux; il prépare le pain de la famille, console le vieillard et égaie les petits enfants. La fumée même qu'il répand nous est salutaire ; voyez-la sortir en tourbillons épais le matin quand on le chauffe ; elle sèche les murs de Visba, Le four nous conserve la santé ; il nous donne le courage et le repos. »

Il y a une simplicité , une douceur tout enfantine dans les chants de Slépouchkine ; mais cette voix ti*op faible fut à peine écoutée. Heureusement l'œuvre d'initiation à la vie populaire, contrariée jusqu'alors par tant d'influences diverses, fut enfin tentée par les jeunes romanciers qui se groupèrent à la suite de Gogol. S'affranchir de toute imitation et reproduire avec impartialité, dans tous leurs détails, les sujets empruntés à la vie nationale, telle était la règle dont Gogol poussa souvent l'application jusqu'à ses extrêmes limites. Aujourd'hui encore, c'est la tendance féconde représentée par Gogol qui prévaut, mais alliée à des instincts de critique et d'art qui la corrigent et la tempèrent.

Dans ce groupe de romanciers les plus aimés du public russe figurent, au premier rang, MM. Grigorovitch, l'auteur d'Antoine souffre-douleur, et Tourguénief , l'auteur des Mémoires d'un Chasseur.

Les écrits de M. Grigorovitch n'ont pas le cachet d'élégance et de finesse qui recommandent ceux de M. Tourguénief; ils le cèdent en chaleur et en verve humoristique à ceux de M. Hertzen. Ce qui les recommande surtout, c'est le sentiment et la connaissance parfaite delà vie populaire. L'intérêt naît ici d'une reproduction fidèle de la réalité plutôt que des complications romanesques. Nous saisissons, dans ses traits rudes et naïfs, la physionomie du paysan russe ; nous l'entendons, serf ou affranchi, raconter avec simplicité ses joies et

ses douleurs. Pour le lecteur étranger, les récits de M. Grigorovitch ont donc le mérite d'une sorte d'enquête sur la condition et les mœurs d'une classe d'hommes si dignes d'intérêt.

Mais il est un poète surtout aimé de la Russie « Michel Lermontof, que l'on nomme le poëte du Caucase.

Frappé en duel comme Pouchkine^ sur la tombe duquel il avait demandé vengeance au Tzar, il a laissé des ébauches vigoureuses, des scènes et des fragments splendides.

M. Emile Deschamps a reproduit, dans les beaux vers que nous allons citer, une remarquable composition de Lermontof :

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