‹ Étude sur Alexandre Vinet;Chapitre 10 sur 29 · NOMBRE ET NATURE · texte numérisé non relu

NOMBRE ET NATURE

de ses élèves pour combler des lacunes et constituer un corps entier avec des membres épars. Ne leur a-t-il pas fait entendre un reproche anticipé dans une de ses plus charmantes pages sur Pascal : ail en est un peu, dit-il, »des premiers jets et des premiers tâtonnements d'un » écrivain comme de la vie privée, qui doit être sacrée, ou >du secret des lettres, plus inviolable que tout autre. On a »fait invasion dans le domicile moral de Tauteur des j>Pcnsées\ on a rompu son cachet, et, bien que de telles » violences puissent trouver leur excuse dans l'intérêt do ))ceux qui les subissent, ce sont pourtant des violences *. » Tel a bien été le sort de Vinct : on a pris le public pour confldent de son travail ; car il est certain qu'avec ses scrupules, son goût des retouches, il n'aurait pas livré tant de pages à l'impression sans en modifier la forme et peutêtre le fond. On peut néanmoins répéter de lui l'éloge qu'il a fait de Pascal : c'est qu'il n'avait pas à rougir de ses premières ébauches. Le cadre est négligé, mais il est bien rempli. Si l'on réfléchit à la variété des sujets qu'il a abordés, on demeure surpris de sa remarquable facilité et de son étonnante exactitude. On regrette sans doute le fini des détails, on regrette surtout que les données de la science contemporaine ne soient pas mieux mises en œuvre ; pourtant ces rédactions hâtives et purement personnelles se recommandent par ce style magistral et celte largeur d'exposition qui révèlent un maître de la pensée. Ces paroles adressées à un petit nombre d'élèves, ces

* Èiudes sur Biaise Pascal, pag. 131, 3« édition.

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lignes destinées à de trop rares lectures hebdomadaires, il est bon qu'elles aient été réunies en corps de doctrine. Non seulement leur facture inachevée ne donne guère place aux lieux communs, mais, tout en nuisant peut-être à l'érudition, elle fait ressortir la rectitude du jugement et laisse transparaître les fortes qualités du style, l'ampleur de Téloquence, la hauteur de la pensée, et môme les richesses d'une vive imagination. Si, s'inspirant de ses propres scrupules, par crainte de compromettre sa renommée, ses admirateurs et ses disciples avaient reculé devant la responsabilité de publier des ouvrages incomplets et non revisés, ils auraient moins bien servi sa réputation. Nous ignorerions toute la souplesse et toute Tétendue de cet esprit profond.

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