‹ Étude sur Alexandre Vinet;Chapitre 11 sur 29 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Ce livre d'école indique plus et mieux que les soins scrupuleux du professeur ; le critique s'y révèle. Le choix des morceaux, l'étendue des extraits, les commentaires qui les accompagnent, les notices et les jugements intercalés dans le texte, montrent qu'il s'agit moins d'exercices grammaticaux que d'études littéraires. Le but est de former le goût avec le style. L'auteur n'était pas satisfait des anthologies existantes ; il appelait celle de Noël et Chapsal une carte d'échantillons. Il part de ce point de vue que le style ne s'acquiert pas seulement par un heureux choix et un habile agencement des mots, mais par la justesse, la force et la richesse de la pensée. Il veut donc moins accoutumer par la mémorisation à quelques procédés artificiels qu'initier par la lecture raisonnée des chefs-d'œuvre à l'analyse des sentiments et des faitSy c'est-à-dire au maniement des idées. Les explications l^guistiques qu'il fournit sont destinées à faire voir le légitime usage et la valeur des termes ainsi que les modifications qu'ils subissent dans- la pratique, soit au sens propre, soit au sens figuré. Dans leur

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sobriété^ les aperçus littéraires qu'il ajoute font nette* ment connaître les auteurs et les sujets, laissant dans Tesprit une notion précise. En fait, il désire qu'on étudie sa langue et sa littérature comme on étudie par la traduction et la comparaison les idiomes anciens ou étrangers. Il estime que ce travail de l'esprit fera seul sentir que la forme, quelque riche qu'elle soit, ne saurait couvrir la nudité du fond, et en même temps qu'un style pur et animé fait seul valoir la pensée, môme la plus haute et la plus vraie. Cette belle strophe de Louis Racine aurait donc pu lui servir d'épigraphe :

Amateurs des pointes brillantes, Des jeux d'esprit et des éclairs, Toutes ces beautés pétillantes N'immortalisent point nos vers ; Mais une constante harmonie, A la raison toujours unie, Du temps seule nous rend vainqueurs ; Quel que soit Tobjet de nos veilles, C'est l'art d'enchanter les oreilles Qui fait la conquête des cœurs.

Telle est bien sa pensée. Dans la préface du premier volume, il s'exprime ainsi : ce II faut étudier la langue »dans la langue elle-même. Trop souvent la grammaire va, semblé dire à la langue ce mot que prononce chez ]> Corneille un illustre factieux :

a Kome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis. »

dII est temps que Rome soit replacée dans Rome ; il est ]ptemps qu'on s'accoutume à chercher la langue dans sa

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^pratique et dans ses monuments... Qu'on ne s'étonne »pas de la chaleur de notre langage ; le progrès de cette »étude vaut la peine d'un souhait et même de quelque » chose de mieux, La parole est le grand levier du bien 7>Qt du mal. La parole produit la pensée, réagit sur la j>pensée, et par elle sur la vie. Il est impossible de cal- »culer les résultats sociaux d'une étude au moyen de » laquelle, si elle est bien faite, on ne parlera plus sans ^savoir ce qu'on dit * . »

Le sous-titre seul avait déjà cette signification : Owvrage destiné à servir d'application méthodique et progrès^ sive à un cours régulier de langue française. Ce point de

* Avertissement de l'édition de 1884, I*»" vol. Dins la dédicace de ce même volume, sous la forme d'une lettre adressée à M. Monnard, il aborde la question de l'étude des langues et se prononce nettement contre ce qu'il nomme le réalisme ou rutilitarisme dans l'instruction ; sous prétexte de donner des leçons avant tout pratiques, on nuirait au développement de l'esprit. Il donne en quelques mots concis les raisons qui militent en faveur des méthodes classiques. Avant de spécialiser le travail de la pensée, il faut apprendre à penser. Tel est précisément le résultat le plus certain de l'étude des langues, et di latin en particulier. On pourrait, il est vrai, le remplacer par l'allemand ; mais c Tallemand n'a pas la perfection du latin et ne contient pas nos origines >. Qu'on ne renonce pas & des éludes c dont on peut dire avec vérité qu'elles ne servent à rien et qu'elles servent à tout». Le résumé de sa théorie est une pensée morale. « Rien, dit-il, selon les vues que j*oxpose, ne sera plus utile dans toutes les écoles que les étules inutiles, j'entends celles au bout desquelles on ne voit pas une place, une distinction, un morceau de pain, mais la vérité. Qu'elles soient là, ne fût-ce que pour constater que l'homme ne vit pas seulement de pain. Qu'elles habituent le jeune esprit à chercher la lumière pour la lumière. Ce pli contracté par Tintelligence lui restera. >

vue a reçu Tapprobation de notre Université lorsqu'elle a recommandé des recueils comme ceux de MM. Fougère et Marcou. Ce dernier surtout parait excellent. Sa division en périodes chronologiques permet de suivre avec sûreté les origines et les changements de notre langue, et les expositions sommaires qui s'y rattachent forment un abrégé riche de vues d'ensemble de notre histoire littéraire. Le maître, en particulier, y trouve un compendium substantiel d'un cours très pratique. Il lui suffit de le commenter, et en ouvrant le volume il féconde la théorie par les exemples. L'intention même de Vinet l'excuse d'avoir fait sa Chrcstomathie moins complète et moins savante. Son but est de donner des notions justes plutôt que vastes et saines plutôt qu'approfondies. La division qu'il adopte est en conformité avec l'Age de ses lecteurs. Los trois volumes s'adressent successivement à l'enfance, à l'adolescence et à la jeunesse. 11 y a là aussi un système qui se propose do faire ressortir l'esprit général de notre littérature et les ressources du langage dont elle s'est servie, l'assouplissant en quelque sorte à notre génie national ; car, remarquons-le, Vinet n'a pas seulement entrevu, il a exposé le plan réalisé par M. Marcou. Il ne s'y est pas conformé parce qu'il Ta trouvé trop vaste pour son dessein. On peut en juger par la lettre à M. Forel qui sert d'introduction au second volume. Avec une concision regrettable, puisqu'elle est excessive, il discute l'objet, les moyens et l'utilité d'une histoire de la langue française. A son sens, ce travail n'a jamais été fait et mériterait de l'être ; mais il en décline

la responsabilité, ce Le but de celte Chrestomaihie ^ dit- »il, a été de fournir à de jeunes étrangers un certain «nombre de types authentiques de la langue française y>Qctuelle et un moyen de Tétudier mélhodiquement. Si ))j'eusse été libre alors de concevoir un autre dessein Dou si je l'avais été plus lard de revenir sur mon pre- ))mier plan, Touvrage aurait pris sous plusieurs rapports ))un autre aspect, une autre forme. On y trouverait la ï>langue entièrement représentée e^i le moyen d'une étude ^scientiflque de cet idiome. Je conduirais le lecteur par »la main à travers les différentes transformations de cette Dlangue, dont je lui signalerais tantôt les vicissitudes, »tantôt les caractères innés et permanenis. » On le voit, ce n'est pas la sûreté de son jugement qui a été en défaut. Le présent de la langue était ce qui importait à ses élèves ; il suffisait de la leur faire connaître dans ses traits essentiels en vivifiant par des exemples la lexicologie et la grammaire, et de mettre ainsi en lumière comment Télément logique ou analytique remporte en elle sur l'élément philosophique ou synthétique. Le point capital, pense-t-il, est de familiariser avec les grands maîtres dont la pratique fait loi, quoiqu'il soit bon aussi de faire voir que cr la langue est un fait muable et mobile, rattaché par un lien à quelques faits immuables et fixes», à savoir: les règles de la syntaxe, a qui semble réfléchir le caractère d*une nation », comme oc la lexicologie ses mœurs ».

Prenant pour base Taflirmation de Chateaubriand a qu'une langue peut acquérir des expressions nouvelles

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»à mesure que les lumières s'accroissent, mais qu'elle ne ^saurait changer sa syntaxe qu'en changeant son génie; Dqu'un barbarisme heureux reste dans une langue sans la ^défigurer, mais que des solécismes ne s'y établissent «jamais sans la détruire», Vinet est amené à signaler, comme constituant l'histoire de la langue, les modiQcations insensibles mais constantes qu'elle subit, l'invasion des mots nouveaux, l'ostracisme des mots anciens, Textension ou la restriction du sens des mots qui semblent rester les mêmes, la formation du style noble; en un mot, l'ensemble des phénomènes qu'on peut appeler la vie d'une langue; et il conclut ainsi: ccll n'est guère ^besoin, après ces détails, de démontrer l'utilité de cette »étude; mais il faut ajouter que pour la première culture j^des jeunes esprits elle ne vaut pas celle du caractère » grammatical de l'idiome. C'est plus tard seulement «qu'elle acquiert toute son utilité et tout son intérêt. »Elle renferme encore plus d'histoire et de morale que 3)de philologie proprement dite, et la philologie satisfait «mieux aux premiers besoins de l'intelligence et à la pre- «mière culture de l'homme. Mais à mesure que l'esprit «de l'élève s'ouvre du côté de l'horizon des idées morales, «on peut avec fruit tourner de temps en temps son «attention sur des faits philologiques où toute notre na* «turese révèle. Il faudrait pour cela remonter de siècle «en siècle le cours de la langue, comme celui d'un fleuve, «jusqu'à sa source, à ses étymologies, qui toutes sont «des définitions, en relovant d'une époque à l'autre les «altérations successives de sens d'un même mot; en les

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«expliquant, autant que possible, par les événements, «par Tétat des mœurs, dos esprits et de la culture. Un » recueil comme le mien présente à un travail de ce genre Dun terrain trop borné, trop étroit; mais les deux siècles ))qu'il embrasse donnent lieu pourtant à bien des rap- ))prochements curieux et instructifs, et un maître intel- »ligent saura bien en tirer parti pour cet usage.»

Ce qu'il n'a pas fait en détail, il l'a réalisé en abrégé lorsque, en télé de son troisième volume, il a placé son Discours sur la liitérature française^ d'un ton si ferme, d'une exactitude si complète dans sa rapidité, d'une si puissanté clarté qu'à lui seul il mériterait à son auteur une réputation de critique. On serait tenté de croire que dans un tel raccourci il n'a pu toucher qu'aux généralités, ou bien l'on s'attend en quelque sorte à une énumération de noms et de faits sans autre lien que la succession des temps et des œuvres. Un premier coup d'œil, en effet, montre une multitude de noms propres en gros caractères et de dates entre parenthèses ; mais à la lecture on est charmé par la finesse et la hardiesse des aperçus, l'élégance et la vigueur du style, la précision et la force de la pensée, la netteté et l'ampleur môme des périodes. Non seulement les écrivains et leurs écrits sont jugés avec autant de liberté que de rectitude, avec un tact aussi sûr que délicat, mais les influences qu'ils ont subies et l'action qu'ils ont eux-mêmes exercée sont indiquées avec une sobriété et une justesse qui dénotent une connaissance minutieuse des détails. De plus, les notes au bas des pages forment une bibliographie des plus riches. Un

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tel travail suppose môme autant de force philosophique que d*aplitude littéraire. On sent que, précédé et mûri par de longues réflexions, il a jailli d'un trait, mais qu'il a été repris avec une intelligente et laborieuse application, pour revêtir celte forme achevée et concrète qui rend si vivante et si animée une exposition que sa généralité même exposait à la sécheresse et à la froideur. Chaque mot porte ; chaque expression renferme et fait naître une suite d'idées; chaque image est une explication et chaque explication est un jugement. Si licet parva componere magiiiSj je dirais volontiers que par Tordonnance générale, la sobriété et la vigueur du langage, la plénitude et l'autorité de la pensée, ce discours est digne d'occuper dans Tordre littéraire un rang analogue à celui qu'occupe dans Tordre historique le célèbre ouvrage de Montesquieu sur Za Grandeur et la Décadence des Romains. Nos élèves de rhétorique Tétudieraient avec fruit comme un résumé lumineux et profond des leçons qu'ils ont reçues ; et leurs maîtres y peuvent trouver un exemple profltable dans Tart de présenter avec une élégante et forte simplicité les éléments essentiels de leur enseignement ; à tous les esprits cultivés, il offre une lecture attrayante qui fait revivre d'instructifs souvenirs, en éclairant et en redressant dans plus d'un cas leur jugement. Ce discours ne peut être analysé, n'étant lui-même qu'une analyse, moins peut-être de Thistoire de notre littérature que des pensées de l'auteur sur cette histoire. Ce ne sont pas des nouveautés qu'on découvre, c'est une individualité qui se révèle, et ce que Ton constate, c'est

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que la finesse dans la droiture, la réserve dans la conviction, Tenlhousiasme dans Téquité, la sévérité dans la mesure, reposent sur un fonds constant d'exigence morale et de douceur évangélique. Les philosophes nous apprennent que la conscience est la raison éclairant la route du devoir. Chez Vinet, nous voyons la raison recevoir sa lumière de la conscience, qui lui fournit le critère du beau aussi bien que du vrai. Pour justifier cette affirmation, il convient, par quelques citations, de donner une idée du genre do Técrivain. Laissons la caractéristique très remarquable du xvn* siècle et celle plus remarquable encore du xviii', nous en retrouverons la pensée dans le cours de cette étude ; mais voici le tableau de la Renaissance : «Le xv*' siècle, en religion, en civilisation, enlitîDtérature, couvait un immense avenir. Ce siècle, à qui tous Dles suivants doivent leur fécondité, était peut-être dis- »pensé de produire.

» La prise de Conslantinople chassant jusqu'à nous les «héritiers de l'antiquité classique, l'imprimerie s'oQ'rant »à point nommé pour multiplier ces chefs-d'œuvre re- »couvrés, un nouveau monde découvert, la féodalité «abattue, inauguraient, au moment marqué par la Provi- »dence, ce monde nouveau que nous voyons grandir et »qui, livré sans défense à la liberté, ne trouvera d'asile «contre ces glorieux dangers que dans les bras de Jésus- » Christ.

»Un des événements que nous venons de rappeler in- «téresse de plus près notre sujet : c'est le triomphe delà «monarchie, et, par une conséquence naturelle, le mono-

ï>pole du goût conféré à Tune des villes du royaume. A 2> prendre le goût dans le sens à peu près négatif que » l'usage a consacré, on peut dater de cette époque sa Dmarche plus décidée et ses progrès plus sensibles; mais, ))si nous rendons le mot à sa véritable idée, nous n^échap- Dperons pas à une conclusion d'une vérité inconles- Dtable, c'est que dans le grand monde, où Tesprit s'aiguise 2>et peut même s'acquérir, le goût au contraire s'émousse >et se perd. }o

Une note sur Rabelais donne le commentaire de cette affirmation. «Au fond, son ouvrage était dans le goût de »son siècle, et les esprits distingués qui savaient en ap- »précier les belles parties n'en goûtaient pas moins les ]» côtés qui nous repoussent aujourd'hui. La bonne com" jpagnie, du temps de François P*", n'était pa s celle du sièj)cle de Louis XIV. L'étonnante abondance de son vocabualaire tient en partie à la même cause. On ne choisissait )»pas encore ; la civilisation, qui commence toujours par «élever une classe et qui tend à les élever toutes, faisant »un choix dans les mœurs, en fait un dans la langue, et »on ne peut pas dire qu'elle s'appauvrit de tout ce qu'elle j^rejette.i» Il suffît d'un tel exemple pour voir que l'idée morale entre pour une bonne part dans la pénétration du critique.

Chaque grande période est ainsi l'objet d'un jugement d'ensemble qui forme comme le cadre du tableau ou plutôt comme le fond sur lequel se détachent une série de vigoureux portraits dont on peut trouver le type dans oe parallèle entre Fénelon et Bossuet: ce L'un, plus ar-

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» liste de nature et d'inclination, s'élève par Témotion »au-dessus de Tart; il n'atteint pas, il traverse le beau »littéraîre pour aller plus loin; jamais il n'écrit pour »écrire ; sa grâce vient de Tâme, son onction est celle de »ramour, son originalité n'est que Tintimité de ses ira- Dpressions morales, et son style, si l'on ose parlerainsi, »n'a d'autre couleur que celle de la lumière. L'autre ))se laisse emporter par son grave enthousiasme dans »une région où, loin de songer qu'on est artiste, on oublie • môme qu*il y a un art ; mais, tout insoucieux qu'il est ))de littérature et de gloire littéraire, lour à tour contro- Dversiste, historien, théologien, politique, orateur, se- »lon que le commande la grande cause qu'il sert, chez wnul écrivain le génie ne déploie une plus étonnante viwgueur, -chez aucun la pensée ne jouit plus d'elle-même; »ému le premier de ses propres conceptions, nul ne se »porte de cime en cime avec une plus vive allégresse, 7)nul n'a des élans plus rapides et plus vastes ; en trois »pas, comme ceux du Jupiter d'Homère, il arrive aux li- «mites de son sujet. La langue se courbe avec respect ))Sous le poids de cette grande pensée et lui paye en in- »novations nécessaires le tribut le plus légitime. Parmi iDles classiques du grand siècle, ces deux hommes ne l'ont »élé que par occasion et par nécessité ; ils ont élevé la «littérature jusqu'à eux plus qu'ils ne sont descendus y>jusqu'à elle.» D'un autre style, le portrait de La Fontaine n'a pas moins de fermeté; ceux de Corneille, Racine, Boileau, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, ne sont pas moins remarquables. Ce sont comme des médailles frap-

pées dans le bronze ou dans l'or, et Ton peut dire d^eux primi inter pares^ car il faut ajouter, comme dans le drame : J'en passe^ et des meilleurs. Quelques-uns sont crayonnés d'un trait et n'en ont que plus de relief; ainsi, pour rhislorien de Thou, nous apprenons que la «gravité »de Thucydide n'a pas d'héritier plus immédiat». Quelle délicatesse s'unit à une impartialité pleine de réserve pour dire : «L'épithète de judicieux est devenue inséparable du nom de l'abbé Fleury ; celle de loyal ne devrait pas Tètre moins». Et quelle énergie dans ces quelques lignes : « Étranger à la France, vivant loin d'elle, mais les »yeux tournés vers elle, Joseph de Maistre la contraignit i»à le classer parmi ses plus habiles écrivains et parmi »les agitateurs de la pensée publique. Ainsi que M. de iBonald, c'était vers un monde ancien, vers le monde de •l'absolutisme ou du pouvoir paternel en politique et »en religion, qu'il cherchait à entraîner son siècle, par •l'abus audacieux des plus saintes vérités et par Téclat «d'une éloquence où la colère et Tonclion trouvaient pleur place tour à tour. »' L'hommage rendu à l'écrivain relève la condamnation prononcée contre le penseur au nom de la liberté et du progrès.

Les esprits sérieux remarqueront encore la précision avec laquelle sont expliqués le caractère abstrait de notre poésie classique, ses préoccupations psychologiques qui la rendaient étrangère au sentiment de la nature, l'absence de V humour dans notre littérature ; de ces exemples diverSi ils concluront sans doute que c'est essentiellement au moraliste que le critique a emprunté cette puissance

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de généralisation qui lui révélait la relation intime de l'esprit littéraire avec Thistoire et les mœurs. Tous les principes de Vinet sont bien là, voilés sans doute, puisqu'il ne s'agit que de Tart, puisque le but prochain est de faire connaître les ressources et les beautés de noire langue ; mais ils ne sont pas oubliés, et on sent qu'ils n'ont pas cessé de régler la pensée et la parole. C'est à la lumière de sa foi que le professeur croyant discerne avec sûreté et loue avec autorité ce qui a ouvert ou aplani la route du progrès et servi la cause du bien, en même temps qu'avec une dignité bienveillante et charitable qui unit le respect pour le talent à la sévérité pour les idées, il réprouve tout ce qui lui parait faux, comme ayant développé les passions égoïstes ou égaré le sens moral. Or ces jugements inspirés par la conscience s'accordent avec le bon sens et satisfont le bon goût. Vinet a composé de plus grands et do plus sérieux ouvrages, il n'en a pas de plus achevés.

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