ÉRITES ET IMPERFECTIONS DE VINBT GOMME CRIT
On ne saurait dire de Vinel qu'il fut un érudit, qu'il ail eu beaucoup de lecture; il ne serait pa plus exact de l'appeler ud savaut, quoiqu'il ait eu d tes connaissances ; le vrai nom qui lui convient est de penseur. Il n'a jamais abordé un sujet que po soumettre à un consciencieux examen, c'est-à-dire en faire l'objet de ses méditations ; mais il faut bie connaître qu'il ne s'est guère inquiété d'appuyer jugement sur les recherches d'autrui ou de l'écIaire la contradiction avec les opinions différentes des siei Pour parler son langage, sa critique a été plus su tive qu'objeclive. C'est à la fois une force et une blesse. S'il ne s'est que peu inspiré des théories de il a beaucoup et directement étudié les œuvres e exemples des artistes ; s'il a été peu ou môme ] du tout au courant des méthodes et des décou tes de la critique moderne, qui auraient modifié c ques-unes de ses conclusions, il a fait une an: aussi exacte que consciencieuse des livres dont il vo rendre compte ; s'il a négligé de mettre eu lumièr
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mode de leur formation, il en a soigneusement apprécié le contenu et, si Ton peut ainsi dire, atteint la substance ; s'il n'a pas toujours compris dans leur origine, dans leurs relations, dans leurs conséquences, les doctrines dont il a suivi les manifestations, il a pénétré jusqu'à Tâme dos écrivains, sondé leur pensée et mesuré en quelque sorte leurs affections.
Il en résulte que, s'il ne satisfait que médiocrement la curiosité, il provoque largement la réflexion, et ce n'est pas là certainement le moindre but qu'il se soit proposé. Exprimant des opinions très personnelles, alors même qu'il redit ce qu'on a vu partout, s'orientant par ses propres réflexions, môme quand il marche dans les chemins battus, cherchant non ce qui est convenu mais ce qui est vrai , soutenu par une sincérité absolue et obéissant à un goût très sûr, il a eu au plus haut degré la qualité qu'il estimait par-dessus tout chez les autres : je veux dire celte originalité qui consiste à unir la liberté du jugement à la rectitude et à l'énergie de la pensée.
D'un autre côté, il ne doit pas être classé, à proprement parler, parmi les philosophes, quoique, comme théologien et comme moraliste, il ait poussé plus d'une excursion à la fois heureuse et hardie dans le domaine des sciences spéculatives. Bien qu'à cet égard on puisse lui reprocher de mettre quelque subtilité dans la profondeur, c'est sur le terrain pratique qu'il se maintient le plus volontiers. Sa philosophie est essentiellement une philosophie morale. En psychologie, en dialectique, en métaphysique, il a dos aperçus justes plutôt qu'un en-