‹ Étude sur CatulleChapitre 10 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I

italiennes perdaient peu à peu leur caractère propre et leur originalité. On y dépouillait h rudesse et aussi la droiture des vieilles mœurs. On se formait à une culture moitié Latine , moitié Grecque , qui donnait surtout le goût de l'oisiveté et d'une certaine élégance que la richesse procure , et qu'on appelait urbanité. En même temps , les cultivateurs libres se retiraient dans les villes , fuyant devant les esclaves dont le nombre toujours croissant faisait de la campagne , depuis le détroit de Messine jusqu'aux Alpes , comme un immense ergastule.

Vérone offrait ainsi à un jeune homme d'une nature fine et sensuelle , désireux de plaisirs , de bonne société et de littérature délicate , presque autant de ressources que Rome. Nous pouvons nous l'imaginer comme une petite Rome., moins ravagée que la grande , mais déjà atteinte des mêmes vices, et d'autant plus curieuse de belles études , de politesse et de bon ton , qu'elle voulait, comme il arrive toujours dans ces époques de dissolution, rivaliser avec la capitale. Cicéron se plaint (i) que la barbarie soit entrée à Rome avec les braies des populations d'au-delà des Alpes. Cette grande société hautaine et luxueuse de Rome était pour les petites sociétés des provinces un objet de haine et d'envie. On se faisait Grec et Romain pour suivre la mode , mais on y mettait sans doute quelque gaucherie* Il y avait dans les manières, dans le langage et jusque dans les débauches d'un habitant de la province quelque chose de contraint ou d'exagéré qui trahissait son origine/ Malgré la raideur naturelle aux Romains , les traditions des grandes familles , les rivalités

(1) Cie. ep. IX, 15, ad fam.

d'éloquence , le théâtre , le forum , le sénat , la confiance qu'inspire le séjour d'une ville maîtresse du monde > l'habitude des entretiens et des discours politiques , leur donnaient une supériorité réelle sur les étrangers. Catulle s'accoutuma vite à cette aisance d'allures et de parler pour laquelle il était né , et se moqua souvent des maladresses provinciales. La province fut pourtant son premier séjour et c'est d'elle qu'il reçut son éducation.

Rien dans ses œuvres ne permet de croire qu'il soit venu tout jeune à Rome et qu'il y ait été élevé. Au contraire , le souvenir pieux qu'il a toujours gardé pour sa patrie , les liens d'affection qui l'y rattachaient prouvent que Vérone était pour lui autre chose que ces villes de passage où l'on naît pour aller bientôt vivre ailleurs. Il avait à Vérone de nombreux amis et une- famille qu'il chérissait. Toutes les fois qu'il a eu l'occasion de toucher aux sentiments de famille , Catulle l'a fait avec délicatesse et affection. C'était chose rare alors. Cicéron , à la fin d'une lettre à Atticus , dans une note sèche , annonce la mort de son père. Salluste qui a su , dans ses ouvrages , nous entretenir de lui-même, ne fait jamais allusion à ses parents , mais se plaint amèrement , sans doute pour " s'excuser , que la piété et le respect des sentiments de famille n'existent plus à Rome. Horace seul , comme Catulle , conservera à son humble père un souvenir ému et reconnaissant. Détruite et presque disparue à Rome, la vie de famille s'était en effet mieux conservée dans les provinces, et ce n'est pas là qu'il faut chercher ces crimes domestiques dont les écrivains de ces temps ont raconté les tristes histoires. Les vers de Catulle ne sont jamais aussi enflammés que lorsqu'il veut atteindre ces attentats

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