‹ Étude sur CatulleChapitre 11 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE I. r '2J · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I. r '2J

inouïs qui souillaient le foyer des maisons' romaines. « Depuis que les frères (i) ont trempé la main dans le » sang de leurs frères, dit-il dans un de ses poèmes, depuis » que les enfants ont cessé de pleurer la mort de leurs » pères , et les pères celle de leurs enfants , depuis" que » lés mères ont abusé leurs fils pour se prostituer à leurs » caresses, les Dieux n'ont plus daigné visiter les hommes. » Il y a là autre chose qu'un pur développement poétique. C'est l'expression d'un sentiment sincère. Lui qui aimait si tendrement son frère , et qui ne put se consoler, de l'avoir perdu , lui qui retrouva toujours avec tant de joie, aux moments de désespoir et d'abattement , sa maison et sa famille , il ne put voir sans étonftement et sans colère de telles monstruosités. Les vices auxquels il s'abandonna n'éteignirent jamais en lui cette flamme d'indignation généreuse. Il crut au bien et l'aima sans avoir toujours la force de l'accomplir.

Il passa donc son adolescence à Vérone , non point au milieu des soucis d'une ambition précoce et qui ramasse d'avance toutes ses forces pour atteindre un but et franchir un obstacle , mais se dispersant dans les distractions d'une jeunesse oisive , et se laissant aller à la douceur de vivre dans une famille unie , auprès de ce frère dont l'amitié faisait son bonheur.

Nous ignorons la condition de son père. Il avait une certaine influence , si nous en jugeons par les liens d'hospitalité qui l'unissaient à César. Peut-être la mort de son .autre fils en Asie mineure indique- t-elle une de ces familles de négociants , fort -nombreuses dans -ce temps-là , et où

(i) c. LXIV , 399ctsuiv.

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avaient pénétré les goûts , les richesses et les habitudes de la noblesse. Peut-être le frère de Catulle avait-il lui aussi accompagné en Orient le gouverneur d'une province. Les conjectures sont permises dans une question si obscure. Quoi qu'il en soit , il y avait quelque fortune dans la maison de Catulle. Lui-même possédait deux maisons de campagne, Tune sur les bords du lac de Garde, l'autre dans la Sabine. S'il se plaint quelquefois de son dériûment , nous ne devons pas trop nous en étonner ; mais quelques dépenses qu'il eût faites, le jour où il comparait le vide de sa bourse à un appartement où les araignées tissent leurs toiles « Nam tut Catulli Vlenus sacculus est aranearum, » il usait simplement d'une métaphore, (c)

L'éducation de Catulle dut être soignée et toute moderne , c'est-à-dire que l'étude du Grec y tenait une grande place. Depuis que Paul Emile (i) , dans le butin pris en Macédoine , avait choisi des livres grecs qu'il destinait à l'instruction de ses fils , tout jeune homme à la mode , dans le reste de l'Italie au moins autant qu'à Rome , devait savoir les lettres grecques. « Les Latins , disait Cicéron (2) , s'occupent de belles lettres plus que nous. » Sans prétendre que Catulle ait parcouru le cercle des connaissances nouvelles , qui avaient remplacé l'ancienne éducation où la politique et l'agriculture tenaient la première place , nous devons croire que son père, sans l'envoyer en Grèce, comme fit celui d'Horace (3), n'avait rien négligé pour son instruction. On ne se l'imagine pas, comme ces enfants dont parle Horace , faisant de longs calculs pour diviser un as en cent parties. Il les a au

(1) Isid. orig. VI , 5. — (2) Cic. or. III , 11, 43. — (3) Hor. ad Pis. 325 et suiv.

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