‹ Étude sur CatulleChapitre 9 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE I

colonie Latine en 89 , quelque temps avant la naissance de Catulle. (1) La vie municipale et indépendante s'était un peu conservée dans les cités de la Gaule transpadane , moins corrompues que les villes Latines ou Grecques de l'Italie méridionale. Il avait fallu à Rome des efforts persévérants pour les soumettre , mais elles lui furent aussi fidèles après la victoire qu'elles avaient été énergiques pendant la lutte. La Gaule cisalpine fournit à Rome des soldats pour la guerre sociale , et le sénat , s'il avait fait preuve de courage et de présence d'esprit, y eût trouvé des défenseurs au^moment où éclata la guerre civile. Poutant, elle ne fut pas à l'abri des proscriptions, et les luttes sans nom qui désolaient à cette époque l'Italie , ne l'épargnèrent pas. Le consul Metellus fut chargé de la pacifier , c'est-à-dire d'y ordonner les délations , les crimes et les massacres. Catulle naquit au milieu de ces désastres. Son enfance entendit l'écho des merveilleuses expéditions d'Orient et le cri de guerre des esclaves. Elle assista au déchirement de la République et à l'agonie de la liberté. Ces spectacles devaient remuer l'âme d'un enfant et y laisser des traces ineffaçables. Il est impossible que Catulle n'ait pas été touché de cette vue et que de pareils souvenirs n'aient pas eu en lui de retentissement. Aussi son indignation éclatera-t-elle lorsqu'il retrouvera à Rome ,

(1) Catulle appelle Transpadans ses compatriotes. ([XXXIX, 13.) Ovide (Am. 3 , 15 , 17.) rappelle Vérone, lieu de naissance de Catulle. La Gaule cispadane a été soumise en 222 av. J.-C. En 218 on fonde les deux colonies de Placentia et de Cremona. Après la guerre d'Hannibal furent fondées les colonies romaines de Parma et de Mutina et les colonies latines de Bononia et d'Aquilia. En 89, la loi Pompeia du consul Cn. Pompeius Strabo accorda la cité aux Cispadans et le jus Latii aux Transpadans. Les cités de la Cispadane devinrent munictpia et celles de la Transpadane colonia UUina. En 49 , les Transpadans obtinrent de César le droit de cité. (Dio Cass. , 41 , 36.)

vivantes et s' étalant au grand jour, les infamies dont on l'entretenait autrefois. Le séjour de Rome ranima en lui des sentiments anciens , et parmi toutes les causes que nous aurons à signaler , et qui firent de lui, pendant quelque temps , un ennemi acharné de César et de Pompée , c'en est une qu'il ne faut pas négliger. Cependant , comme nous le verrons , la politique n'était pas son fait ; il n'y touchera qu'en passant. Si elle n'a pas eu une grande influence sur sa maturité, encore moins a-t-elle préoccupé sa jeunesse.

Sa curiosité ne s'étendait pas si loin , et comme l'enceinte de Vérone était un horizon agréable à ses regards , les petits événements qui s'y passaient suffisaient à son esprit. Vérone avait une certaine importance , puisque la ville moderne , une des plus considérables de la Vénétie , possède encore, parmi d'autres restes de son ancienne grandeur , un magnifique amphithéâtre , encore à peu près intact , qui pouvait contenir vingt-deux mille spectateurs. La population devait y être mêlée , comme dans toutes les villes d'Italie , qui fourmillaient alors de Grecs , de Syriens , de Juifs , d'Egyptiens : la Grèce et l'Orient envahissaient l'Italie , et l'Italie se répandait à travers le monde.

Les Gaulois , les Latins , allaient chercher fortune en Orient , et revenaient ensuite , ramenant avec eux la langue , l'éducation et les vices de l'Asie. A leur suite accouraient les Grecs avides d'aventures et d'argent. Ambassadeurs des rois ou des cités de l'Asie , médecins , maîtres d'école , industriels , propres à tous les métiers et à toutes les escroqueries, ils avaient rempli après Rome, les autres villes de l'Italie. Grâce à ce mélange , les cités

Page 1