LIVRE II. — CHAPITRE IV
et du possible , combattirent les entraînements de la mode et de l'exemple. Ses poésies , quelque imitées qu'elles soient , ont été écrites dans une langue vraiment latine et vivante. Nous ne voulons pas dire que la préoccupation des modèles Alexandrins en soit absente , mais elle y est habilement dissimulée , et les expressions grecques sont comme fondues dans l'ensemble de l'œuvre. Çà et là un mot heureux , une tournure choisie , rappellent les écrivains dont il s'est inspiré , mais ne se détachent pas de ce qui les entoure , comme ferait une note fausse dans une mélodie. Ce ne sont point des ornements maladroitement ajustés , car il est difficile de relever entièrement, sans en oublier aucune , toutes les façons de parler que Catulle a empruntées aux Grecs. L'élégance hellénique est répandue sur tout l'ouvrage, comme sur le corps des athlètes l'huile brillante qui assouplissait leurs formes robustes.
Néanmoins, comme il y a toujours eu quelque incertitude dans la langue latine , et qu'elle s'est formée peu à peu , par le travail pénible des poètes , et à l'école de la Grèce, nous devons retrouver dans Catulle quelque chose de ces tâtonnements et de ces hésitations. Il appartient à l'école nouvelle , son style est le plus souvent d'une nouveauté hardie, mais il n'a pas évité, il a peut-être recherché pour lui donner plus de saveur, certains mots et certains tours archaïques , habilement semés comme les mots grecs parmi les expressions et les tournures plus récentes. Il n'était pas possible qu'il touchât du premier coup à la pleine perfection et maturité de la langue. Deux écoles rivales se disputaient alors la prépondérance , les Alexandrins d'une part , et de l'autre ceux qui se rattachaient aux anciens. Ni les archaïsmes surannés de ceux-ci,
ni les innovations téméraires de ceux-là ne lui convenaient, mais il ne pouvait pas être tout à fait exempt de l'un et de l'autre défaut.
Dans son style où des éléments de toute provenance ont été mis en usage avec beaucoup d'art et un réel sentiment des nuances, il y a cependant des incorrections, des contrastes fâcheux, ici des néologismes, là des souvenirs du vieux latin. La structure des phrases se ressent de tous ces efforts. Dans Pascal ou Descartes , le latin et l'ancien français ont laissé la trace de leur passage et de leur lutte contre le français classique. Pouvait-il en être autrement chez un écrivain né dans des conditions analogues, mais d'une valeur bien moindre, comme Catulle ? Aussi , ses constructions sont-elles souvent embarrassées , chargées de participes présents, de conjonctions, d'adverbes, de pronoms, de mots inutiles qui encombrent la route. Les mêmes expressions sont trop souvent reproduites , les phrases sont rattachées les unes aux autres par des liens artificiels plutôt que par le mouvement même de la pensée ; les termes abstraits s'y rencontrent à côté d'images et de figures ; la poésie s'y heurte à la prose.
Les archaïsmes y tiennent peu de place: Ils ne suffisent pas à marquer la date de l'œuvre de Catulle , bien différente à ce point de vue des écrits contemporains de Varron et de Lucrèce. L'amour de la rareté , de l'esprit en fait de langue , a pu quelquefois égarer Catulle , mais il l'a encouragé à retrancher autant que possible de ses vers les formes vieillies.
Il n'en a point cependant tout à fait écarté le parler plébéien. Des mots étrangers, des formes barbares, allongées ou syncopées, composaient cet idiome qui , repoussé