‹ Étude sur CatulleChapitre 99 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE IV

tâchait de faire indirectement pénétrer dans la langue latine les tournures grecques, en leur donnant une appa^ rence latine , et raillait les novices , admirateurs enthousiastes de Calvus et de Catulle, qui semaient hardiment les mots grecs dans leurs vers , comme autant de fleurs. La langue de ces poètes , au dire d'Horace , ressemblait à la ville de Canusium , où la moitié de la population était grecque , et l'autre , latine, (i)

Il arrive pour toutes les langues un moment où, passant de l'enfance à la maturité , elles n'ont plus cette naïveté et cette audace heureuse qui sont le privilège de l'enfance, sans avoir encore la force et la netteté que la maturité amène. Le pêle-mêle des éléments qui contribuent à former une langue ne déplaît pas dans les oeuvres primitives auxquelles on ne demande jamais des qualités qu'elles ne sauraient avoir, et dont l'insouciance même n'est pas sans charme. Au contraire , alors que la langue devenue plus vigoureuse , les écrivains s'efforcent de choisir parmi tous ces éléments divers , de les fondre habilement ensemble , de donner à leur oeuvre la pureté et la solidité qui faisaient défaut aux précédentes , cette prétention même , si légitime pourtant, nous rend plus sévères, et nous sommes tentés de faire à ces auteurs un crime de n'être pas nés plus tôt ou plus tard. La raideur et l'embarras qui se font sentir dans leurs ouvrages nous semblent plus désagréables que le désordre ingénu des siècles précédents , et le voisinage des écrivains plus parfaits auxquels ceux-ci ont tracé la voie , nous détourne d'eux et nous empêche de les considérer du vrai point de vue. Ainsi tous les écri-

(1) Hor. sat. I , 10 , 30.

vains des époques de transition subissent cette sorte de disgrâce , placés entre un passé auquel le, lointain même donne de l'attrait , et un avenir qui les a euxmêmes dépassés et fait oublier. N'est-il pas vrai que les écrits du treizième ou du quinzième siècle nous intéressent plus que ceux du commencement du dix-septième ? La nonchalance gracieuse et fine d'un Joinville , l'ardeur et l'âpreté d'un Villon nous séduisent plus que l'autorité quelque peu gourmée d'un Balzac et d'un Malherbe. Et pourtant , à lire ces derniers , on pressent que les Pascal et les Corneille ne tarderont pas à venir. Catulle succédait immédiatement, pour ainsi dire, au moyen-âge de la langue latine , et il en précédait le dix-septième siècle. Sa langue devait avoir quelques défauts de l'antiquité , sans atteindre à toutes les qualités des classiques. Pour le juger avec équité, il faut donc le placer dans son temps et déterminer avec exactitude , s'il est possible , ce qu'il apporta de nouveau , et en quoi il fut utile.

Il avait à craindre l'admiration , alors excessive et irréfléchie , de la Grèce. Le plus connu des poètes savants , le plus amoureux de beau langage et de modèles rares , aurait-il évité le danger d'une imitation trop servile , et afin de ne pas ressembler à ses prédécesseurs dont il trouvait la langue dure , grossière et indigne des délicats , n'en aurait-il pas imaginé une qui ne serait ni grecque ni latine , comme celle de Ronsard ne sera ni française ni grecque ? Une lecture attentive de Catulle ne justifie pas ce pressentiment. L'indépendance que nous avons eu mainte occasion de remarquer dans son esprit , le tact dont il avait fait preuve dans le choix et la composition de ses poésies , ce sens précieux qu'il avait de la mesure

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