‹ Étude sur CatulleChapitre 103 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE IV

colescere, fiutare. Les deux voyelles peuvent aussi subsister, mais l'une d'elles devient consonne, et il ne reste qu'une syllabe: tenvis , tenue, tenuia, svo, sis oculis , ou bien les deux voyelles n'en font qu'une: eodem, sorsum, cuus,huus, eus (cujus, hujus, ejus). Enfin il lui arrive souvent, comme à Ennius et à Lucilius, d'enlever Y s final des mots. Trèsrares dans* Catulle , ces archaïsmes sont fréquents dans Lucrèce ; ils s'expliquent quelquefois par la contrainte du vers , mais surtout par le peu de cas qu'il faisait de la langue moderne des Alexandrins.

Sa grammaire est aussi plus ancienne que celle de Catulle. La vieille forme des génitifs de la première déclinaison , ai au lieu de a , fréquente dans Ennius et Lucilius , se retrouve dans Lucrèce , surtout à la fin des vers : animai , aquai, materiai, terrai, viai, sont les mots de ce genre qui reviennent le plus souvent. Dans la seconde déclinaison, le pluriel en ti pour i 9 par exemple, ingenuei fontes ; dans la troisième déclinaison, les accusatifs en im , comme febrim , les ablatifs en i } comme lapidi , imbri , les nominatifs pluriels en eis ; dans la quatrième , la forme primitive du génitif en / , geli , arqui ; dans la cinquième , le génitif en es pour eis , contracté depuis en ei , comme rabies pour rabiei ; enfin , l'emploi d'un genre inusité depuis pour certains mots, comme finis au féminin, cœli au pluriel de cœlum , œvum masculin comme le mot grec àtwv 9 tels sont les archaïsmes de la déclinaison des substantifs dans Lucrèce, (i)

Pour les adjectifs qui suivent à la fois deux déclinaisons -, il emploie généralement la plus ancienne, exanimus , iner-

(i) v. Kuehn, quastiones Lucretianœ , (p. 6 et suiv.)

mus , sublimus , hilarus. Les formes du pronom olli, ollis ; alio aliœ datifs d'alius; ali alid venant du nominatif dis lui sont familières.

Sa façon de conjuguer les verbes , très-régulière d'ailleurs, est souvent empruntée au passé. Le verbe sum, avec ses anciennes apparences , escit pour est , stem pour sim ; poUsse, potissit pour potis esse, potis sit ; le passif potestur ; les infinitifs passifs en ter , très-abondants chez lui. et employés d'ailleurs quelquefois par Catulle et Virgile , les imparfaits de la quatrième conjugaison en ibam , pcenibat, accibant , les verbes sonere , lavere , fervere, fulgere, stridere, pris à la troisième conjugaison , l'ancienne préposition indu , indo , servant dans les composés , induperare , induvolare, indugredi , constituent presque tous les archaïsmes de la conjugaison dans le poème de la Nature. Pour la formation même des adverbes ou des verbes , il a suivi les lois de l'analogie , mais sans reculer ni devant des adverbes en ter et en im inusités, comme fluenter, blanditim, propritim , ou trop longs comme contrectabiliter , pertnananter, insedabiliter, prœproperanter , adumbratim, iii devant des verbes composés ou fréquentatifs qu'on trouve dans son œuvre en très-grand nombre , et qu'il semblait préférer. Ils donnaient, pensait-il, à sa phrase plus de force, de précision , de magnificence : — clarescere 9 flammescere, sentiscere , serescere , torrescere , etc. , claricitafe 9 nominitare , discrepitare , perfluctuare , etc. (i)

Cette sèche et rapide énumération suffit à faire comprendre les principaux aspects de la langue de Lucrèce , si forte , si naturelle , si latine , mais si peu semblable à

(i) v. Schubert, de Lucrcliana verborwn format ioiie , Halae , 1865 (P- 27).

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