‹ Étude sur CatulleChapitre 104 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE IV

celle de Catulle. Cependant , tous les deux , par des moyens divers , ont aidé aux progrès de la langue latine et servi de modèles aux poètes classiques. A l'un, Virgile a emprunté l'ampleur de la phrase , la vigueur et la simplicité de l'expression , et même quelques formes archaïques ; à l'autre , le goût et l'habitude des Alexandrins , la sobriété et la netteté du style , la recherche ingénieuse des tournures heureuses et neuves ; à l'un enfin sa puissance , à l'autre son art. C'est ainsi qu'il a pu également s'inspirer du poème de la Nature et des Noces de Thétis et de Pelée , et se faire une originalité de cette double imitation. Mais il a imité plutôt de Lucrèce l'éloquence qui est plus haute , de Catulle la langue qui est plus classique.

Succédant , en effet , à des poètes qui avaient introduit à Rome l'imitation de la Grèce , mais sans renoncer t&utà-fait aux locutions archaïques et aux incertitudes d'une grammaire encore flottante , écrivant à une époque où l'ancienne et la nouvelle langue luttaient pour le premier rang , Catulle ne sut être entièrement étranger ni aux souvenirs du passé , ni aux témérités du présent. Pourtant, sauf les exceptions trop nombreuses que nous avons signalées plus loin , (i) il nous semble reconnaître dans Catulle la langue classique latine telle qu'on l'entend dans son sens le plus large , telle qu'à la même époque l'écrivait Cicéron r moins parfaite , sans doute , mais peut-être aussi moins grecque encore que celle de Virgile et d'Horace. S'il ne l'a pas écrite dans toute sa pureté , il s'en

(1) Nous avons réuni dans la note S toutes les particularités de la langue de Catulle ; on y trouvera confirmées par de nombreux exemples les idées générales exposées dans ce chapitre.

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est du moins approche plus qu'aucun poète de son temps; on ne peut pas affirmer que sa langue ressemble à celle de Plaute et d'Ennius , pas plus qu'à celle de Levius et de Cinna , autant du moins que les fragments de ces derniers nous permettent de les juger ; nous venons de voir qu'elle ne ressemblait pas à celle de Lucrèce. Catulle a manqué dans l'expression comme dans l'invention des idées , d'abondance , de largeur et de force , bien plutôt que de goût , de soin et de perfection classiques. Comme plus tard Horace , il a puisé à la source intarissable de la poésie grecque , et sa langue est bien un ruisseau détourné du grand courant hellénique , mais qui s'est mêlé au flot latin et lui a donné plus de transparence et de limpidité.

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