‹ Étude sur CatulleChapitre 109 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

Niobé de Sophocle , dont les yeux de marbre pleurent éternellement , image la plus forte de l'inconsolable douleur.

Ces traits, à vrai dire, sont rares. Catulle préfère les tableaux légers tracés avec un soin délicat , ou bien , quand il rencontre des sujets plus grands , il se laisse aller ;i des descriptions patientes qui ont toute la longueur de celles d'Homère , sans en avoir la vérité et la vie. Les tableaux d'intérieur, scènes d'amour éveillant dans l'esprit des idées gracieuses , sont assez nombreux. On les rencontre le plus souvent dans les pièces où il n'est pas question de Lesbie , comme si la force de la passion l'avait empêché alors de penser à autre chose qu'à ses propres sentiments, et lui avait enlevé la présence' d'esprit nécessaire au travail de l'imagination. En revanche , le pathétique si sincère dans les pièces qui concernent Lesbie, sera presque absent des autres où nous reconnaîtrons l'adresse de l'artiste plutôt que l'émotion de l'homme. Acmé et Septimius s'aiment d'amour tendre. Septimius, tenant Acmé sur ses genoux , lui parle d'amour, (i) « Alors Acmé , la » tête doucement inclinée en arrière , baise de sa bouche » rose et fraîche les yeux de son doux ami noyés dans » l'ivresse d'aim.er. » L'attitude est vraie et le tableau plein de charme , doux comme les caresses qu'il représente. La traduction française ne peut en rendre la volupté et l'abandon , ni reproduire l'effet de quelques mots si heureux comme ce illo purpurco are, qui sert à rappeler dans cet

(i) c. XLV , 10.

At Acmc leviter caput reflectens Et dulcis pueri ebrios ocellos Illo purpurco ore saviata.

instant d'ivresse le souvenir des ivresses passées. Dans l'èpithalame de Manlius et de Vinia , au moment où la jeune fille va entrer dans la maison de son époux, hésitante et rougissant d'une pudeur ingénue, le chœur l'encourage en ces termes: « Vois-tu, comme du fond de la chambre, » ton mari couché sur une pourpre de Tyr , se penche » tout entier vers toi dans l'impatience de son désir? » (i) Les mots totus et immineat forment tout le tableau. Ne semble-t-il pas que l'ardeur amoureuse du jeune époux se trahisse en ce moment par ce geste impétueux où se voit son âme tout entière ? Plus loin encore : « Je veux qu'un » Torquatus tout enfant , tendant vers toi du sein de sa » mère ses petites mains, rie doucement à son père de sa » bouche entrouverte. » (2) On a décrit souvent depuis, mais non plus heureusement , l'enfant « avec son doux » sourire, sa douce bonne foi », et la peinture n'a jamais mieux saisi ce mouvement de confiance naïve et joyeuse. Ailleurs , la pensée de ses rendez-vous avec Lesbie , de l'apparition attendue , mais toujours émouvante de celle qu'il aimait, au seuil de la maison qu'elle semblait éclairer de sa présence , inspire à Catulle ces vers exquis. « C'est » là que ma blanche Déesse , d'un pas souple et balancé, » arrivait , et appuyant contre le seuil usé son pied char-

(1) c. LXI , 167.

Aspice , intus ut accubans Vir tuus Tyrio in toro Totus immineat tibi.

(2) c. LXI , 212.

Torquatus volo parvulus Matris e gremio suae Porrigens teneras manus , Dulce rideat ad patrem Semblante labelh.

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