LIVRE I. — CHAPITRE I
moins vite oubliés, et cet air d'aisance un peu maniérée , de finesse charmante et voulue qu'ont ses vers , laisse deviner une éducation plus libre , mêlée de plaisir et de travail, faite pour un homme qui ne songeait pas au coivsulat. S'il est vrai , comme nous le verrons bientôt , que l'étude contribua autant que la nature à développer le talent dp Catulle , il s'initia sans doute , dès sa première jeunesse, aux secrets et aux habiletés de la poésie grecque, surtout de celle qui avait alors le plus de vogue pafmHes délicats, de la poésie Alexandrine.
Les Gaulois cisalpins se livraient en effet avec une ardeur singulière aux études nouvelles. Leur esprit naturel, voisin de celui des Grecs , les leur rendait faciles. A peu près au moment où Catulle quittait Vérone , il y eut à Rome comme une émigration de poètes et d'écrivains accourus des provinces qui entourent les Alpes. Crémone,, Padoue, Corne et d'autres villes de la Gaule tratispâdaiie ou cispadane , envoyèrent à Rome Caecilius , Bibacùlus , Quintilius Varus , Tite Live , Caton , Cornificius. Des bords de l'Aude , bien au-delà des Alpes , était venu Varron ; Mantoue allait bientôt donner à Rome Virgile.
Nous avons remarqué que Catulle n'était pas allé à Athènes. La Grèce demeura pour lui dans un lointain mystérieux qui explique en partie cette naïveté d'admiration fervente et ce zèle de néophyte qu'il montrait pour toutes les œuvres grecques. Près de quitter la Bithynie, au moment de traverser l'Asie mineure , (i) il sent ses pieds frémir
(1) c. XLVI, 6.
Ad claras Asise volemus urbes.
Jam raeîns praetrepidans avet vagari , Jàm laeti studio pedes vtgescunt.
d'impatience , son âme tressaillir d'aise , tout son être s'élancer vers ces villes éclatantes et lumineuses qu'il ne connaissait encore que par l'imagination et le désir. La vue de la Grèce et les leçons des sages eussent au moins calmé ou guidé cet enthousiasme. Il n'eût rien dédaigné , mais il aurait su choisir. Il aurait peut-être , comme Horace y trouvé parmi les bois d'Académus , au souvenir de Platon , la mesura et la modestie qui lui ont parfois manqué.
Essayons maintenant de nous représenter le jeune Catulle dans sa ville de province , au sein d'une famille aimante , aisée et honnête , et parmi ses compagnons de jeunesse. L'étude ne prit jamais dans sa vie la place du plaisir. Elle ne fut pas pour lui un but, mais plutôt un ornement, une distinction de plus, et comme une dernière grâce ajoutée à toutes les autres. Ce n'est pas un spéculatif portant de vastes desseins , ou un ambitieux nourrissant de longues espérances. Ce n'est pas non plus une âme mélancolique et tourmentée , mécontente des hommes et des choses. Vif , alerte et franc , prompt à observer et à traduire en épigrammes ses observations , impétueux dans ses désirs , exclusif dans ses amitiés comme dans ses répugnances , c'est à un degré plus élevé , avec plus d'imagination et d'esprit, le jeune homme d'Horace, (i) Suivons le à travers les rues de Vérone , bruyant et curieux , recueillant les histoires scandaleuses et bouffonnes , ou provoquant lui-même les scandales , se laissant entraîner sans réserve aux penchants de sa nature voluptueuse et impa-
(i) Hor. ad Pis. .64.
Utilium tardus provisor , prodigus sens , Sublimis cupidusqtie , et amata relinquere pernix,