‹ Étude sur CatulleChapitre 111 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE V. 22 S · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V. 22 S

Nous insisterons moins longuement sur les descriptions plus savantes et plus ambitieuses comme celles que Catulle a prodiguées dans son poème sur les noces de Thétis et de Pelée. Il y a multiplié les tableaux et les lieux communs , à la façon Alexandrine , mais il n'a pas su, mieux que les Alexandrins, éviter dans ces scènes grandes ou tragiques, F affectation , le joli, le détail inutile, le mot cherché. Non point qu'il ne s'y rencontre de très-beaux vers , mais ils sont le plus souvent mal accompagnés. Citons toutefois quelques expressions énergiques , comme celles-ci: les Parques disent en parlant d'Achille : (i) « Son » indomptable valeur et ses actions éclatantes , les mères » les reconnaîtront souvent à la mort de leurs fils , lors- » qu'elles dérouleront leurs cheveux blancs pour les » souiller de poussière , et que leurs mains débiles déchi- » reront leurs poitrines flétries de meurtrissures. » Les orgies des bacchantes sont décrites en vers retentissants*, avec une véritable richesse d'images, si bien qu'on éprouve involontairement l'effet de cette fougue violente et aveugle da délire de l'âme et des sens. (2) « Les unes secouaient

Illius egregias virtutes claraque facta Saepe fatebuntur gnatorum in funere matres , Cum in cinerem canos solvent a vertice crines , Putridaque infirmis variabunt pectora palmis.

(2) LXIV , 256. Ce passage a été imité par André Chénier : Les Ménades couraient en longs cheveux épars , Et chantaient Evius , Bacchus et Thyonée , Et Dionyse ,- Evan , Iacchus et Lénée , Et tout ce que pour toi la Grèce eut de beaux noms. Et la voix des rochers répétait leurs chansons ; Et le rauque tambour , les sonores cymbales , Les hautbois tortueux , et les doubles crotales Qu'agitaient en dansant sur ton bruyant chemin Le faune , le satyre , et le jeune Sylvain.

(Bacchus , fragments.)

» des thyrses couverts de lierre ; d'autres arrachaient et » jetaient au loin les membres palpitants d'un taureau ; » d'autres s'entouraient de serpents entrelacés; d'autres, » portant des corbeilles creuses , célébraient les orgies » mystérieuses, les orgies dont la vue est interdite aux » profanes ; celles-ci frappaient de leurs mains des tam- » bourins qu'elles élevaient en l'air, ou faisaient entendre » les tintements grêles des cymbales d'airain poli; plusieurs » soufflaient dans des cornes qui ronflaient sourdement ; » et la flûte stridente des Phrygiens chantait son chant » terrible. »

Dans un autre passage , le poète a décrit le costume et les gestes des Parques au moment où elles vont chanter l'épithalame des deux époux , mais cette peinture minutieuse et d'une fidélité étonnante , qui semble prise d'un bas relief, manque pourtant de grandeur et de vérité. L'idée que représentent les Parques , celle de la destinée inconnue et terrible qui préside à l'union des deux héros et à la naissance de leur postérité , n'est point exprimée ; nous ne sommes pas préparés à un hymne en l'honneur d'Achille, (i) « Leur corps tremblant était enveloppé d'un » blanc vêtement dont la bordure de pourpre descendait » jusqu'à leurs pieds ; sur leur tête chargée d'années » reposaient des bandelettes roses, et leurs mains conti- » nuaient comme toujours leur éternel labeur ; la main » gauche tenait la quenouille couverte d'une laine moel- ». leuse ; la main droite , tirant doucement la laine , en » formait un fil de ses doigts retournés en l'air ; puis le » pouce renversé faisait tourner en rond le fuseau qui se

(i) c. LXIV, 307 et suiv.

Page 1