‹ Étude sur CatulleChapitre 112 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

» balançait ; leurs dents, se promenant sur l'ouvrage, éga- » lisaient le fil en enlevant les petits brins de laine qui » en dépassaient la ligne polie , puis restaient attachés à » leurs lèvres desséchées. » Cette description conviendrait peut-être s'il s'agissait de représenter une ménagère laborieuse ; ici , il était nécessaire de nous montrer les personnages divins agités et possédés par l'inspiration, comme la Sibylle en proie à l'esprit du Dieu qui s'approche. Ainsi , quand il lui faudrait rendre une idée grande ou

touchante , souvent Catulle la dénature ou même ne l'entrevoit pas. La pensée du mariage de Thétis et de Pelée , de cette union entre deux êtres presque divins , grave et belle comme eux , devrait exclure toute allusion sensuelle et triviale. Au contraire , cet amour superbe et fort , Catulle veut le peindre à l'aide d'ornements fades , cette nuit d'hyménée féconde et sereine devient une aventure galante, (i) « Que ton époux, disent les Parques, s'ap- » prête à dormir avec toi un doux et languissant sommeil, » passant ses bras blancs sous ton cou robuste. » L'image serait juste et gracieuse sans le mot languidulos qui l'affaiblit. Plus loin , les Parques ajoutent avec une précision grossière, dans une plaisanterie digne tout au plus d'une chanson de noces : (2) « Demain , en la revoyant , sa » nourrice ne pourra plus lui entourer le cou du même » ruban que la veille. » Il en est de même dans l'épithalame de Manlius et de Vinia. « Manlius désormais, dit

(1) c. LXIV, 331.

Languidulosque paret tecum conjungefc somnos , Levia subsfernens rdbusto brachia collo.

(2) c. LXIV, 376.

» Catulle , ne voudra plus dormir ailleurs qu'auprès des » seins voluptueux de sa femme » (i), et pour terminer, il adresse aux nouveaux mariés les souhaits que voici : « Et (2) vous , nobles époux , vivez heureux et exercez » assidûment aux travaux de l'amour votre jeunesse » vigoureuse. » Il est vrai que la circonstance , la tradition , les habitudes antiques expliquent peut-être la vulgarité de cette pensée ; cependant un Homère ou un Virgile aurait trouvé d'autres accents.

Catulle appartenait à une école où le procédé , la manière, étaient en honneur et remplaçaient le talent ; il ne pouvait, malgré ses réelles facultés poétiques, s'y soustraire entièrement. Il a donc usé avec plus d'adresse et de discrétion que les autres poètes de ce temps , mais il a usé des mêmes artifices. L'emploi des diminutifs était surtout à la mode. Voulait-on exprimer une idée tendre ou gracieuse, on se servait arbitrairement de diminutifs inventés pour le besoin du moment. Catulle en a trouvé de fort aimables , comme celui-ci , à propos de Lesbie : « Ses » pauvres yeux rougis sont tout gonflés de larmes. » (3) Telle aussi la bouche d'Arunculeia qui brille comme une jeune fleur, ore floridulo nitens — ; telle encore cette épigramme dirigée contre l'efféminé Thallus et où , pour rendre par la seule prononciation et par l'apparence même

(1) c LXI, 100.

A tuis teneris voler Secubare papillts.

(2) c. LXI, 229.

At bonei Conjuges bene vivite et Munere assiduo valentem Exercete juventam.

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