LIVRE II. — CHAPITRE V. 23 I
salière brillante : (i) « ne méprise point , Furius , des » avantages si précieux, et ne les considère pas comme » peu de chose. Cesse de demander cent mille sesterces , » selon ton habitude : n'es-tu pas assez riche ?» — Lesbie refuse obstinément de rendre à Catulle ses tablettes. Le poète les lui réclame en multipliant les outrages les plus grossiers , sans rien obtenir. Tout-à-coup , il se ravise et termine l'épigramme par des compliments plus sanglants encore que des injures. (2) « Sale prostituée , rends-moi » mes tablettes, sale prostituée , rends-moi mes tablettes... » mais peine inutile, rien ne l'émeut. Voyons, changeons » de manière et de ton, peut-être réussirons-nous mieux : » honnête et chaste Vestale, rendez-moi mes tablettes. » Ailleurs , l'esprit n'est autre chose qu'une réflexion fine et juste sur quelque faiblesse de l'homme , une moralité à la façon de La Fontaine. Après avoir spirituellement décrit la manie innocente de son ami Suffenus poursuivi par l'envie de faire des vers, il ajoute : (3) « certes, nous » nous faisons illusion à nous-mêmes, et il n'est personne » qui ne soit par quelque côté un Suffenus. Chacun a sa » manie , mais nous ne voyons pas ce qui est dans la » besace , derrière notre dos. » C'est avec la même finesse et le même à propos que Catulle discutait les questions littéraires. En voici un exemple. L'habitude commençait alors à se répandre, d'accentuer fortement dans les mots les aspirées ; peu à peu la mode s'en mêla, et quelques-uns se faisaient gloire d'une prononciation lourde et affectée qui attestait simplement la vulgarité de
(1) c. XXIII, 24.