‹ Étude sur CatulleChapitre 117 sur 144 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

pareil , lé Romulus débauché — Mamurra l'obscène , le gouffre des sesterces — Nérius aux jambes mal lavées — Pompée , le gendre plein de piété. — Les comparaisons outrées , les expressions ramassées dans les bouges , les obscénités , tout convient alors à cet esprit emporté et brutal qui mesure la force des coups à la trivialité des injures , et qui accepte les images sales avec une sorte de volupté , pour en salir ses adversaires.

Avec un tempérament si prompt à recevoir les émotions, le sentiment , la tendresse et la grâce ne pouvaient manquer à Catulle. Mais , citer les traits de sentiment épars dans son œuvre , ce serait raconter l'histoire dé sa vie ; nous l'avons fait plus haut. Le sentiment se montre tantôt dans des mots simples, tantôt dans des images. Après une soirée passée avec son ami Calvus , (i) Catulle lui dit le regret qu'il a éprouvé de ne plus le voir , et le désir dont il est possédé de revenir auprès de lui , afin , ajoute-t-il , « de parler avec toi, et d'être avec toi. » Il aime Ju vendus et le poursuit inutilement de ses prières et de ses caresses. (2) « Non , dit-il , je ne serai jamais rassasié de » ^embrasser , quand même la moisson de mes baisers » serait plus abondante que celle des épis mûrs. » Dans les plaintes d'Ariane, la passion vraie éclate çà et là parmi les descriptions trop longues et les lieux communs. (3) « Non , ce n'étaient pas là les promesses que m'avait » faites ta bouche ; ce n'est pas là ce que tu me faisais » espérer , mais un mariage heureux , mais un hymen » désiré , espoirs stériles que les vents emportent main-

Ut tecum loquerer , simulque ut essetn.

(2) XL VIII. - (3) LX1V, 139 et suiv.

» tenant à travers les airs. Ah ! que jamais femme ne » croie aux sentiments d'un homme , qu'elle ne s'attende » jamais à trouver fidèles ses discours. Tant que dans » leur âme égoïste ils convoitent quelque chose , ils ne » redoutent aucun serment , ils n'épargnent aucune pro- » messe , puis, dès que leur passion avide s'est satisfaite , » ils ne craignent plus ni l'effet de leurs paroles , ni leurs » parjures... Si tu te souciais peu de notre union, si tu » redoutais les cruelles recommandations de ton vieux » père, tu pouvais au moins me conduire dans ta maison. » J'aurais été ta servante , ton esclave ; j'aurais eu du » plaisir à travailler pour toi ; j'aurais lavé d'une eau » limpide et caressante tes pieds blancs ; j'aurais étendu » sur ton lit une couverture de pourpre. » Ce regard d'envie jeté sur des jouissances dont elle se sent privée pour toujours , ces exclamations de colère , ces soupirs tendres expriment avec assez de force l'ardeur d'un amour tout sensuel, mais sincère. Virgile s'est inspiré de ces cris éloquents et les a mis dans la bouche de Didon, mais il en a corrigé la fougue un peu vulgaire en y mêlant le souvenir et le remords de la faute commise. L'Ariane de Catulle se laisse entraîner à son désir sans se douter qu'elle est coupable ; Didon cède à une passion fatale dont elle sent toute la honte. Ariane ne demande qu'à pardonner à celui qui l'a trahie ; Didon sera désormais implacable et glacée comme un marbre de Paros.

Poursuivons ce rapprochement. Dans Catulle, un monologue unique , presque sans lien avec ce qui le précède ou le suit, renferme l'expression multiple de tous les sentiments qui envahissent le cœur de l'abandonnée. Dans Virgile , au contraire , les plaintes de Didon accompagnent

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