LIVRE II. — CHAPITRE V
» sur ses navires, j'y aurais étouffé le fils, le père et toute » leur race , et je m'y serais précipitée moi-même par » dessus leurs cadavres ! »
La passion d'Ariane , à côté de celle de Didon , nous paraît celle d'une enfant, de même que les vers de Catulle, comparés à ceux de Virgile, ressemblent au travail d'un écolier de talent rapproché du chef-d'œuvre d'un maître.
Il y a pourtant, nous l'avons vu, une réelle originalité dans le style de Catulle. Ce n'est pas que nous voulions nier l'influence de l'école Alexandrine , dont nous allons chercher la trace , mais nous croyons qu'il ne faut pas l'exagérer. Indiquons tout d'abord , pour ne plus nous en occuper, les pièces évidemment traduites du grec, comme l'ode à Lesbie (LI) traduite de Sapho, Tépithalame LXII traduit également de Sapho , et le poème LXVI traduit de Callimaque. Des trois pièces grecques, une seule, celle de Sapho (LI) nous a été conservée, et il faut remarquer que Catulle a rendu le modèle avec une entière fidélité. Il est donc probable que les deux autres morceaux ont été reproduits avec le même scrupule. Dès lors , nous n'en pouvons tirer aucune induction sur la façon dont Catulle imitait le style des poèmes grecs. Quant à d'autres poèmes, comme les poèmes LXI et LXIV dans lesquels on a voulu voir des traductions , il est , ce nous semble , plus naturel de les attribuer à Catulle. On y retrouve tous. les défauts et toutes les qualités de son talent , et d'ailleurs , s'il les avait traduits, cette traduction exacte serait certainement par cela même reconnaissable. On y rencontre enfin des imitations de différents auteurs , et par conséquent , la preuve qu'ils ne sont pas traduits. Sans parler du premier de ces poèmes dont le caractère romain indique assez
clairement l'origine, dans le second, après avoir dépeint l'amour de Thétis et de Pelée , le poète s'arrête pour saluer les deux héros. « (1) O vous qui êtes nés dans un
» siècle si heureux, salut, héros, fils des Dieux je
» vous chanterai. » N'est-ce pas la reproduction d'une formule très-fréquente dans les hymnes Alexandrins ? Théocrite termine par ces mots l'hymne à Ptolémée , « Salut, roi Ptolémée, je te chanterai, toi et les autres » demi Dieux. » Plus loin, nous rencontrons une imitation d'Homère dans les vers suivants. « (2) Le père des » Dieux à la volonté irrésistible fit un signe de tête , et à » ce signe, la terre , les flots hérissés tremblèrent, et le » ciel agita les astres étincelants. » C'est la reproduction de ces vers d'Homère : « Le fils de Chronos fit un signe » de ses sourcils sombres, et ses cheveux parfumés d'am- » broisie s'agitèrent sur la tête de l'Immortel , et le grand » Olympe fut ébranlé. » La comparaison suivante a aussi été empruntée par Catulle à Homère. « (3) Comme au » matin, quand la mer est tranquille, le zéphir hérisse de » son souffle les ondes mobiles , au moment où l'aurore » se lève dans le palais errant du soleil. Les flots s'avan- » cent d'abord lentement, poussés par une brise légère, » et leurs rires bruissent doucement sur la plage ; puis le » vent augmente, les flots se gonflent de plus en plus, et » brillent au loin , nageant dans une lumière de pourpre. » Ainsi, &. » Homère avait employé une image analogue. « (4) Comme sur la plage retentissante , quand le flot de » la mer s'est éveillé au souffle du zéphir, la vague com-
(1) c. LXIV, 22. - (2) c. LXIV, 204. - (3) LXIV, 269. — (4) Hom. II. IV, 422.