LIVRE II. — CHAPITRE V
» mence à s'enfler sur la mer, puis elle retentit fortement » en se brisant contre la côte ; à son extrémité elle se » dresse en pointe recourbée et se couvre d'une poussière » d'eau qu'elle vomit. Ainsi, &. » L'invocation à Vénus dans le poème LXTV, 96 : « o toi qui règnes sur Chypre » et sur l'ombreuse Idalie », n'est-elle pas un souvenir du vers de Théocrite ? « O reine, toi qui aimes Chypre et » l'Idalie. » L'image si connue des Néréides dressant leur tête et leur poitrine au-dessus de l'eau , a été développée par Moschus dans l'idylle d'Europe. « Les Néréides se » levèrent au-dessus de la mer, et toutes s'assirent sur le » dos des monstres marins. » Si l'on trouve ainsi dans ce poème de nombreux rapprochements entre Catulle et les poètes grecs , on doit supposer qu'il a , non point traduit un modèle grec , mais composé un poème épique à la façon Alexandrine , en y mêlant des imitations de poètes antérieurs, surtout d'Homère. Remarquons aussi le caractère de ces rapprochements. Tandis que dans l'ode de Sapho la traduction est à peu près littérale, Catulle ne voulant alors que faire œuvre de traducteur, ici il n'y a plus qu'imitation et ressemblance, (t)
Il en est de même dans toute l'œuvre de Catulle. On y surprend en plus d'un endroit des souvenirs, rarement des plagiats. Ses épigrammes et ses iambes sont souvent inspirés d'Archiloque ou d'Hipponax , comme dans les deux passages suivants où l'on retrouve nettement des vers d'Archiloque. « (1), O l'histoire amusante , mon » cher Caton , et risible , et bien digne que tu l'entendes
(1) ' Epa<j|A0v/Ô7i Xapt'Xas /.p^xa toi ysAoîov
Èpî'to , ~oXù otATaO' ÊTaiptov , tsp'Jcai â'àxo'jojv.
(Archil. fr. 80 , ad Charilaùm.)
» et qtfe tu en ries. » — « (1) Quelle folie , malheureux » Ravidus , te pousse et te précipite au devant de mes » iambes ? Quel Dieu négligé par toi t'excite à cette » querelle insensée ? Veux-tu donc devenir la risée du » public ? » Ainsi les expressions élégantes et fines que les auteurs Grecs lui ont prêtées, brillent d'espace en espace d'un doux éclat, mais sans faire disparate au milieu des autres. Ce sont partout des souvenirs, des comparaisons, des tournures prises à la littérature grecque, mais qu'il serait difficile de détacher de l'ensemble de ses poésies, et dont il peut justement revendiquer la possession. Ici, par exemple, il dit d'une jeune femme qu'elle est plus délicate qu'un tendre chevreau , comme la Galatée de Théocrite était plus tendre qu'un agneau , plus farouche qu'une génisse. « Dormez dans le sein l'un de l'autre , respirant » la tendresse et le désir. » Ainsi Théocrite finissait l'épithalame d'Hélène ; ainsi Catulle terminera celui de Manlius et de Vinia. Sans doute ces emprunts seront quelquefois moins heureux, comme dans le poème LXVIÏÏ où les longues comparaisons , les images excessives , les renseignements mythologiques et géographiques rappellent les procédés les plus, ordinaires de l'école Alexandrine , mais le plus souvent Catulle a su se souvenir ;i propos et imiter avec indépendance. Cet art d'amener un passage ou simplement un mot d'un grand poète, de telle sorte qu'il semble nécessaire là où il est placé, et qu'il ait fallu pour s'en servir avec opportunité presque autant d'imagination
(1) ïTatEp Auxa(ji6a, îtoîov Èç>pàao> tooc ;
t(ç aiç rap7[stp£ çp^vaç ; 3; to 7uptv 7jpTJp£ta0a* vuv 8£ ozj rcoXùç àaiofai ^aiveat yiktoç.
(Archil. fr. 92 , in Lycambem.)