LIVRE I. — CHAPITRE I
tiente d'un frein , fréquentant les tavernes plus que les écoles. De là sortirent sans doute ses premiers Vers, laborieuses imitations des poésies Grecques , mais avec un air de naturel et une sorte de brutalité juvénile. Il les accommodait au ton de la société où il vivait et aux histoires piquantes que l'on se racontait , le soir , au milieu des .coupes et des amphores , avec des rires et déi hardiesses d'expression que Catulle a conservées. Les propos de table, les anecdotes du jour , les commérages étaient le thème inépuisable de ces poésies nées dans la vieille et rude cité, et en ayant pour ainsi dire la rusticité.
Plusieurs pièces de Catulle peuvent être rapportées à cette époque ; la gaieté d'esprit dont elles témoignent , le ton lascif, les pénibles efforts de style dont elles conservent la trace, enfin, les difficultés mêmes du rhythme trahissent l'ardeur du jeune homme et l'inexpérience de l'écrivain.
-Ce ne sont là que des probabilités , il est vrai , mais on ne voit pas à quel moment il aurait pu écrire ces pièces d'un intérêt si médiocre et qui rappellent des aventures de sa jeunesse à Vérone, (d)
Les habitants de la petite ville de Colonia , voisiné de Vérone , vont faire reconstruire un vieux pont vermoulu toujours près de s'écrouler. Catulle souhaite, et il en rira de tout son cœur, qu'un de ses compatriotes tombe la tête la première du haut de ce pont dans la boue. Le lourdaud est marié à une femme charmante , « plus précieuse à conserver que des raisins noirs , » (i) et il ne paraît pas s'en soucier ni se prêter aux plaisirs qu'elle voudrait connaître. S'il s'y prête, c'est avec une maladresse et une
(1) c, XVII, 16.
AsservancU nigerrimis diligcutius uvi.s,
froideur inexcusables aux yeux d'un libertin comme Catulle. « Peut-être, ajoute-t-il, le malotru précipité dans la » fange la plus épaisse , y laissera sa sottise , comme une » mule dont les fers se sont détachés dans un bourbier » tenace. » Ailleurs , c'est une certaine porte bavarde à laquelle Catulle adresse des questions indiscrètes, et qui y répond avec la même indiscrétion. Il n'est pas vraisemblable que ces deux pièces écrites , la première en vers priapéens , la seconde en distiques , où des tournures pénibles et des mots de la langue vulgaire se rencontrent souvent, où la crudité des expressions ne peut s'expliquer par la violence du sentiment, (i) dont les sujets enfin se rapportent étroitement à Vérone et à des scandales de petite ville , il n'est pas vraisemblable que de pareilles pièces datent de la maturité de Catulle ni d'un de ses voyages à Vérone. Tantôt c'est une courtisane (2) qu'il prie , en termes d'une énergie plus latine que française, de le recevoir chez elle , tantôt c'est un entremetteur avec qui il a des querelles peu édifiantes, (j) Quelquefois (4) il chante les maîtresses de ses amis , et avec une vanité littéraire naïve et jeune qui semble indiquer la date de Pépigramme — quoiqu'elle puisse aussi bien avoir été composée à Rome , — il leur promet d'envoyer jusqu'au ciel le bruit de leurs amours. Lui-même , on doit s'y attendre , avait ses aventures. Nous voyons sa chaude et folle jeunesse se prodiguer dans des attachements de rencontre où malheureusement il mettait parfois son cœur. Deux jeunes
(1) In quo vel Salisubsili sacra suscipiantur. (c. XVII, 6.) Alnus in fossa Liguri jacet suppernata securi (c. XVII, 19.) Postquam es porrecto facta marita sene. (c. LVII, 6.)
(2) c. XXXII. — (i).c. CVIII. - 00 c. VI.