‹ Étude sur CatulleChapitre 14 sur 144 · LIVRE I. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE I

gens de Vérone , Cselius et Quintius , sont amoureux du frère et de la sœur, Aufilenus et Aufilena : celle-ci est mariée. Catulle regarde d'abord en ami cette double union qu'il favorise de ses vœux, puis il s'éprend à son tour d' Aufilena , courtisane impudente , incestueuse , et atteint, comme il le dit lui-même, jusqu'à la moelle, dédaigné et trompé, il s'en aperçoit, s'indigne et s'emporte en épigrammes mordantes contre l'ami et la femme qui ont fait son malheur. C'est par avance l'histoire de sa liaison avec Lesbie. Il y montre le même esprit confiant, autant de sensualité , autant de fougue. Sa douleur moins vive et moins profonde est par là même moins touchante, mais elle n'est pas moins sincère. Il y a dans ces pièces mêmes , d'ailleurs peu dignes de Catulle , un accent de vérité quelquefois grossière et dure , qui fait pourtant excuser , ou au moins oublier un moment la vulgarité du spectacle, (i)

Les fautes de Catulle s'expliquent par l'histoire de tous les temps, mais surtout par l'histoire du temps où il vivait. Les comédies de Plaute peuvent leur servir de commentaire. La chasteté n'était pas alors une vertu , ni le libertinage un vice. On ignorait ce respect délicat de soi-même qui est la parure de la force. Les Romains peu scrupuleux pardonnaient à la débauche pourvu qu'elle n'entraînât pas

(i) c. C , CX , CXI , LXXXII. On pourrait conclure du vers « Quum vesana meas torreret ftamma medullas » (C , 7) , que cette pièce a été écrite plus tard et que ces mots font allusion à Lesbie. La raison est spécieuse , mais rien ne nous oblige à l'accepter. Avant d'aimer Aufilena , Catulle avait pu avoir d'autres aventures du môme genre dont il ne nous a pas fait la confidence. Il est impossible de tirer de vers aussi vagues des conclusions certaines , et il est plus sage de s'en tenir aux probabilités appuyées sur le caractère même du poète. Il est évident que Catulle , lorsqu'il connut Lesbie , n'en était pas à son coup d'essai. Aufilena nous semble avoir été une de ses premières maîtresses.

la maladie ou la ruine. Catulle y a engagé autre chose que sa santé et sa fortune , la tranquillité de son cœur, le bonheur de sa vie. Mais n'anticipons pas. Nous ne connaissons encore de Catulle que le tout jeune homme. Aimable , spirituel et joyeux , à la fois candide et débauché , mélange de délicatesse et de sensualité , sincère avant tout, prompt à aimer et à haïr, amoureux des belles formes et des beaux vers , il corrige par je ne sais quoi de plus heureux et de plus fin , et si l'on peut parler ainsi, de plus gaulois, les vices de son temps et la rudesse d'un Romain même raffiné.

Après avoir montré qu'il était peu accessible à certains grands sentiments , à des pensées hautes et larges , nous avons trouvé dans sa vie même la source de sa poésie. Plus séduisant que vraiment sympathique , il plait encore malgré ses faiblesses , malgré les objections de l'honnêteté et les réserves du goût ; mais on ne l'aime pas déjà Nous pourrions dire de lui qu'à l'exemple de notre Régnier, il a jusqu'ici

veseu sans nul pensement ,

Se laissant aller doucement A la bonne loi naturelle.

Pour devenir plus réfléchi , plus touchant , plus poète , en un mot , il lui fallait passer par d'autres épreuves que celles de son adolescence. Il les rencontrera à Rome où nous allons le suivre.

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