‹ Étude sur CatulleChapitre 15 sur 144 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Catulle et Lesbie (65-57).

Il est impossible de déterminer avec exactitude les raisons qui amenèrent Catulle à Rome , ni la date de son arrivée. Si Lesbie est, comme nous le croyons, la même femme que Clodia, il la connut quelque temps avant la mort de son mari, Q, Metellus Celer, qui mourut en 59. Le caractère de Clodia et le petit nombre de pièces écrites par Catulle, alors que sa maîtresse était mariée, ne permettent pas de reculer bien au delà de Tannée 61 le commencement de leur liaison. Catulle était donc à Rome à cette époque. Mais certaines pièces pourraient prouver qu'il y était auparavant. Oublions en ce moment Lesbie et Clodia ; nous savons du moins que Catulle était déjà connu , recherché pour son talent par de nobles personnages pour lesquels il écrivait des vers , en 62 et 63. Tout nous autorise donc à penser qu'il vint à Rome entre 67 et 62, entre viugt et vingt-cinq ans. (e)

Il assista à la naissance et à la fin de la conjuration de Catilina. On doit même supposer qu'il en vit de près les principaux complices , car son ami Celius Rufus était accusé d'avoir fréquenté Catilina , et nous savons par Salluste qu'une partie de la jeunesse oisive et lettrée

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avait pris part au complot. Après l'exécution sommaire de Cethegus et de Lentulus et la mort de Catilina en Etrurie , Rome respira. Le parti de la constitution triomphait. L'aristocratie se croyait maîtresse pour longtemps du champ de bataille , et quoique le coup de main de Catilina eût mis à nu les vices et les convoitises de la démocratie aussi bien que l'incapacité et la poltronnerie de la noblesse, il semblait permis d'espérer une. tranquillité durable. Au reste, c'est après des crises pareilles que les sociétés déjà sur le déclin se livrent avec le plus d'insouciance aux plaisirs du corps et de l'esprit , et se jettent pour s'étourdir dans l'ivresse du luxe et de la débauche , comme si elles avaient le pressentiment de leur fin. Aussi, bien que tout annonçât en réalité une guerre civile atroce, le retour de Pompée , les intrigues de Crassus , l'arrivée de César au pontificat et à la prêture, les sourdes agitations d'une foule cosmopolite, recrutée parmi les étrangers , les esclaves , les gladiateurs , les repris de justice et les misérables perdus de dettes et de crimes qui, sous la conduite de Milon et de Clodius , ensanglantaient chaque jour le forum, jamais Rome n'avait été en apparence plus brillante et plus gaie. Catulle allait y trouver, avec un aliment à ses passions , les douleurs qui , en décourageant ses passions mêmes , purifieraient son âme , et dans une société choisie, les études qui devaient grandir son talent. Avide de plaisirs , il y rencontra cette jeunesse dont Salluste nous a fait un portrait sans doute exagéré, mais qui est vrai par quelques côtés. Sans admettre absolument qu'elle fût curieuse avant tout d'adultères et de voluptés étranges, nous pouvons croire, et la lecture de Catulle le prouve , que de telles choses n'étaient pas rares. Clodius

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