‹ Étude sur CatulleChapitre 17 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

leurs caprices , assez instruits et d'une éducation assez relevée pour avoir des caprices élégants. On devine assez quels pouvaient être leurs plaisirs. Catulle , dans une de ses pièces, raconte comment il a cherché un jour entier par toute la ville Camerius (i) qui avait l'air de vouloir dérober sa retraite. Il rappelle dans une énumération rapide et spirituelle tous les endroits où pouvait se trouver son ami , et nous donne ainsi un résumé assez exact de la journée d'un jeune Romain. Se montrer au champ de Mars ,• au grand cirque , sous les galeries du cirque de Pompée, dans les boutique» des libraires , suivre les courtisanes , parcourir les rues le soir, non sans danger pour les femmes honnêtes attardées , prodiguer les rires , les festins , les amours , telles étaient les distractions des « petits-fils du magnanime Remus. »

Comme toujours, on y dépensait beaucoup d'argent , et Catulle avait l'âme trop fière pour ne point imiter les largesses de ses amis. Il n'était pas d'ailleurs assez grand personnage pour avoir des dettes considérables , ni assez riche pour soutenir des prodigalités excessives. U ne pouvait pas , comme César , offrir à la femme qu'il aimait une perle de six millions de sesterces , mais il se devait à lui-même de faire bonne contenance devant les dissipations des autres. Aussi , ses ressources s'épuisaient vite , et son père n'était peut-être pas toujours disposé, comme celui de Celius , à payer ses folies. Son ami Fabullus revient-il d'un voyage en Espagne, Catulle l'invite à souper, mais il le prie en riant « car sa bourse est pleine de

(i) La pièce LV adressée à Camerius est de 5$ , année où fut construit le cirque de Pompée , mais nous en parlons ici parce que cette date n'a aucune importance.

toiles d'araignée, » de venir avec un bon repas, (i) une maîtresse aimable, du vin, de l'esprit et une provision de rires. Le poète fournira en retour des parfums , présent de Vénus et des amours. Ces repas étaient gais , d'une gaieté parfois un peu brutale. (2) « Esclave , toi qui nous » sers le vieux Falerne , verse moi du vin plus sec. Pos- » tumia, la reine de notre festin, l'a décrété. Elle est plus » ivre qu'un pépin noyé dans une graine de raisin. Et toi, eau » détestable , fléau du vin , va-t-en d'ici. Emigré chez les » gens graves : ici on ne boit que du vin pur. » Ne semble-t-il pas que le geste . accompagne ces vers , et qu'on se représente le poète accoudé , et levant la coupe de Falerne? Horace a des chansons à boire qui rappellent celle-ci , mais le style en est plus élégant et plus riche ; en outre elles se terminent presque toujours par une rapide pensée de morale pratique , par un retour sur la vie et la vanité des choses. Cette note plus sereine et plus élevée manque jusqu'ici dans Catulle.

Le monde où vivait Catulle n'était d'ailleurs cultivé qu'à demi. Il y avait encore beaucoup de rusticité sous ce vernis de délicatesse. Les Romains n'ont jamais eu cette grâce naturelle qui corrige les défauts et les rend aimables. Leurs Alcibiades ont toujours quelque chose de rude et de pesant. Ils appartiennent malgré tout à cette race « née du tronc des chênes » et âpre au gain, qui a su faire de grandes choses , mais qui n'a jamais connu le vrai savoir vivre.

(1) c XIII.

non sine candida puella

Et vino et sale, et omnibus cachinnis.

c. XXVII.

ebriosa acina ebripjsioris.

Page 1