‹ Étude sur CatulleChapitre 19 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE H · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE H

Catulle sont comme éclairés d'un reflet de Platon. On y sent le charme naturel qui le faisait rechercher , et cette grâce qu'il avait en toute chose. Quel aimable tableau d'intérieur que celui de cette famille , au retour de l'un des siens , toute réunie autour de lui , sous l'œil heureux de la vieille mère !

Tous les tableaux décrits par Catulle ne sont pas aussi chastes , et nous devons nous attendre à de tout autres spectacles. Les eaux de Baies étaient alors le rendez-vous des amours galantes et des plaisirs qu'on n'osait pas étaler à Rome. « Les jeunes filles, disait Varron, s'y donnent à » tout le monde, les vieilles femmes y deviennent jeunes , » et beaucoup de garçons s'y changent aussi m jeunes filles. » Héritiers des grandes familles de Rome , impatients de prodiguer leur héritage et de jouir enfin de ces voluptés illégitimes et d'autant plus enviées qu'ils les avaiçnt seulement entrevues , courtisanes traînant une robe longue comme les femmes libres, grandes dames fatiguées de la gravité de leur rôle, étrangers, escrocs, joueurs endettés et désireux de se refaire une fortune , voilà ceux que l'attrait du plaisir et de la liberté réunissait devant le golfe embaumé de Baies , sous le ciel de la Campanie. Les aventures romanesques devaient être fréquentes dans un monde si mêlé , mais elles n'étaient plus réservées seulement aux courtisanes. La condition des femmes avait changé, les mœurs ayant été plus fortes que les lois, et les matrones étaient sorties du mystère et de l'ennui de leurs maisons. La vie mondaine avait commencé. Pour mieux en goûter les charmes , plus d'une damé Romaine voulut aussi sans doute en affronter les périls , au risque d'v succomber. La limite infranchissable qui séparait au-

trefois l'esclave de la femme libre, avait peu à peu fléchi ; et comme il y a mille degrés dans la coquetterie et dans le vice , il s'était formé entre le monde des courtisanes et celui des dames Romaines une sorte de monde intermédiaire qu'on pourrait appeler le monde des femmes galantes, mais dont il serait difficile de fixer les frontières, parce qu'il se confondait avec les deux autres , ayant de l'un la richesse et le crédit , de l'autre l'esprit et l'effronterie y unissant les douceurs de la galanterie et l'attrait malsain du laisser aller à la distinction de maintien que donne la naissance.

Ce monde singulier qui ne manque pas de se former dans toute société vieillie et trop riche , offrait mille séductions et en même temps mille excuses aux femmes nobles, que leur beauté , leur esprit, leur caractère éloignaient^ d'une vie silencieuse et discrète. Elles se sentaient encouragées par la facilité et la multiplicité des divorces , l'habitude des voyages en Italie , dans les villas de plus en plus lointaines, les progrès de la corruption électorale qui avaient fait de la politique une intrigue dont les femmes étaient les principaux agents. La plupart croyaient sans doute pouvoir céder à leur inclination au mal tout en faisant des réserves pour leur vertu. Mais comment se seraient-elles arrêtées sur une route si dangereuse ? La douceur de s'abandonner l'emportait sur la gloire de vaincre. Elles se laissaient aller sans trop de scrupules à des entraînements où elles se savaient suivies par les unes, enviées par les autres , approuvées enfin et applaudies par les hommes qui y trouvaient leur compte. On pourrait , sans craindre d'exagérer , appliquer à cette société , d'ailleurs relativement peu nombreuse , ce mot

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