‹ Étude sur CatulleChapitre 20 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE U · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE U

du vieux Pacuvius , conservé par un poète du temps, Afranius : « On n'y découvrirait pas facilement une seule » femme honnête. » (i)

Les patriciennes s'y rencontraient, mêlées aux aventures romanesques et aux conspirations politiques. C'est une patricienne , Fulvia , maîtresse de l'un des conjurés, qui trahit le secret de la conspiration de Catilina. Avant d'épouser cette Orestilla « dont aucun homme » de bien n'a jamais loué que la beauté , » Catilina avait pour maîtresse une jeune fille noble. En même temps, elles suivaient avec ardeur les coutumes grecques, s'entouraient de rhéteurs et de sophistes, apprenaient la musique et la danse , heureuses d'obéir à l'attrait de plaisirs nouveaux, qu'elles pouvaient croire sans danger, et de satisfaire , en cultivant leur esprit et leur beauté , à un secret instinct de coquetterie imprudente. Ils étaient peu nombreux sans doute , les maris qui eussent , comme autrefois Collatin, surpris leur femme veillant au milieu des servantes, et leur distribuant la tâche du lendemain. La harpe et les livres de Simonide ou d'Anacréon (2) avaient remplacé le fuseau et la quenouille ; il y avait alors peu de Lucrèces , et malheureusement plus d'une Sempronia. (3) « Elle connaissait, dit Salluste , les lettres » grecques et latines , jouait de la harpe et dansait avec » plus d'élégance qu'il n'est nécessaire à une femme hon- » nête ; elle avait aussi beaucoup d'autres talents, instru- » ments du libertinage. Rien ne lui a jamais été moins » cher que l'honneur et la chasteté ; il est difficile de

(1) Afran. fragni.

Haud facul, ut ait Pacuvius, femina ulla invenietur bona.

(2) Ovide de arte am. III, 309 et suiv. — (3) Salluste Catil. 25.

» dire si elle épargnait sa réputation plus que son argent ; » dévorée de désirs au point qu'elle allait chercher les

» hommes plus qu'ils ne la cherchaient Elle pouvait

» faire des vers et manier la plaisanterie. Sa conversation » était à son gré modeste ou caressante ou effrontée. Elle » était d'ailleurs pleine d'esprit et de grâce. »

De tels faits expliquent les invectives amères de Salluste contré son temps. Il parlait des séductions de ce monde corrompu avec le ressentiment d'une victime, mais aussi avec l'autorité d'un témoin. Pourtant , sa colère même prouve qu'il signale des exceptions. Il raconte en artiste un drame sanglant qui a pendant quelque temps jeté dans Rome l'épouvante ; les caractères qu'il met en scène sont rares et probablement grossis pour l'effet dramatique. Il ne faut donc pas le prendre au mot. Aurait-on une idée exacte denotre temps, si on le jugeait d'après les comédies qui prétendent le peindre ? Pourtant , bien que ces tableaux ne soient pas toute la vérité , ils en sont une partie. Rome n'était pas tout entière autour de Catilina, mais Catilina avait avec lui un certain nombre de patriciens. Salluste nous a fait pénétrer dans un coin de la grande cité, le plus éclatant peut-être et le plus turbulent, en tous cas, le plus dangereusement aimable. Le respect humain, les affaires, l'habitude de représenter et de conserver une attitude digne, peut-être aussi le défaut d'esprit et d'imagination retenaient la plupart des Romains de bonne famille. Ils se contentaient de jeter un coup d'œil d'envie sur ces joies qu'ils convoitaient , mais qui leur étaient interdites , et d'en dire plus de mal qu'il n'était juste. Catulle qui n'avait pas les mêmes raisons de s'abstenir, se laissa tenter.

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