LIVRE I. — CHAPITRE II
plus répandus et les mieux acceptés. La division des familles rendait toutes les suppositions vraisemblables , et rien ne paraissait impossible après les tentatives de Ca ilina. Nous en trouvons le témoignage jusque dans le poème de ' Lucrèce: (r) « Les premiers hommes, dit-il, s'adminis- » traient souvent du poison à eux-mêmes sans le savoir ; » maintenant, nous sommes plus habiles, nous le versons » aux autres. »
Qjioi qu'il en. soit, la mort de Metellus débarrassait Clodia d'un témoin gênant et d'une servitude dont il lui eût été difficile de s'affranchir tout à fait. Aussi, devenue veuve , se livra-t-elle sans aucune retenue et avec un incroyable mépris de son nom et de l'opinion à l'intempérance de sa nature. Elle était célèbre pour sa beauté gracieuse., ses grands yeux pleins de flamme , qui lui faisaient appliquer l'épithète consacrée à Junon, Bowmç, sa démarche coquette et provoquante, ses prodigalités et son esprit. Dans sa maison du Palatin, sur les bords du Tibre, à Baïes , sur la voie Appienne , construite par un de ses ancêtres , Appius Claudius Caecus , elle se faisait accompagner d'un cortège empressé auprès d'elle et où l'on se disputait ses bonnes grâces. Capricieuse d'ailleurs , et n'écoutant que ses instincts , elle accordait promptement ses faveurs pour les retirer bientôt, abordant sans crainte ceux qui lui plaisaient, les embrassant même devant tout le monde , insatiable d'amour et presque incapable d'aimer.
Supposons donc (2) avec Cicéron qu'une femme sans mari légitime ait ouvert sa maison à tous les hommes de plaisir, qu'elle se soit publiquement livrée au métier de
(1) Lucrèce, V, 1007. — (2) Pro Cœlio. passim.
)0 KTUDlî SUR CATULLE.
courtisane , qu'elle ait assisté à des soupers avec les premiers venus , qu'elle ait vécu ainsi à Rome , dans ses jardins du Palatin , dans les rendez-vous tumultueux de Baïes, que sa démarche, sa parure, le feu de ses regards, la liberté de son commerce, ses embrassements, ses caresses, ses promenades sur l'eau , ses festins , tout ait signalé en elle la plus audacieuse des prostituées ; admettons que cette description passionnée soit le portrait de Clodia ; nous n'aurons pas à nous étonner qu'elle ait eu quelque temps des préférences pour un poète ingénieux et déjà célèbre comme Catulle.
Elle fut , toujours d'après Cicéron qui revient souvent sur cette accusation , à la vérité la plus grave de toutes , la maîtresse de son frère , puis de Celius en 58. Celius était allé en Afrique où il avait accompagné le proconsul T. Pompeius Rufus. A son retour d'Afrique , il avait accusé « de majestate » le collègue de Cicéron , Antoine. C'est quelque temps après ce procès qu'il loua pour 2000 francs environ un logement sur le Palatin , dans la maison même de Clodia dont il devint l'amant. La fidélité de Celius valait bien celle de Clodia. Il se fatigua d'elle le premier , et la poursuivit d'injures grossières qui ne tardèrent pas à être répétées. Clodia , outrée de ses dédains , et pour s'en venger , poussa un de ses nouveaux amants, L. Sempronius Atratinus , dont le père avait été accusé de brigue par Celius, à accuser à son tour Celius de violence. Elle reprochait à Celius d'avoir reçu d'elle de l'argent qu'il aurait refusé de lui rendre , et d'avoir voulu l'empoisonner. Le procès eut lieu au printemps de 56 ; Celius défendu par Crassus et Cicéron fut acquitté.
A partir de cette époque , il n'est plus question de