CHAPITRE III
Catulle et la Noblesse Romaine (57-55).
Catulle avait eu des relations assez fréquentes avec de grands personnages de Rome , et bien qu'il soit difficile d'en indiquer avec précision le caractère , on peut dire qu'elles ne lui furent pas toujours agréables. Il vivait surtout avec des compatriotes, écrivains et poètes comme lui, et avec cette jeunesse que nous avons décrite , dans un milieu où la communauté des passions et la ressemblance des goûts faisaient naturellement disparaître les contrastes de condition et de naissance. On y recherchait une politesse superficielle sans doute , mais qui affectait l'aristocratie. Chacun s'efforçait , quelquefois sans succès , d'acquérir V urbanité des personnes du monde , qu'on opposait alors à la rusticité des gens du commun. Tous ces jeunes gens n'étaient cependant pas sortis de familles patriciennes ; la plupart appartenaient plutôt à la plèbe , ou à l'ordre équestre , comme Celius , Licinius Calvus et Gellius. Il est à remarquer que presque tous les écrivains de ce temps, s'ils n'étaient pas esclaves ou affranchis comme ceux des
siècles précédents , appartenaient da moins aux provinces ou à la classe moyenne déclinante et presque éteinte à Rome. Les Patriciens s'occupaient de littérature , mais en grands seigneurs , et faisaient profession de protéger les écrivains plutôt qu'ils n'écrivaient eux-mêmes.
C'est donc à titre de protégé , de poète spirituel dont on pouvait avoir besoin , que Catulle les approcha. Cette situation ne devait pas toujours lui plaire , et plusieurs boutades lui ont échappé, qui témoignent du dédain que la sottise et la corruption de cette aristocratie lui inspiraient. La noblesse hautaine, mais distinguée et active qui se groupait autour des Scipions , rachetait au moins ses défauts par de grands talents , l'éclat des services et l'aisance naturelle que donne l'habitude du commandement ; elle avait disparu. Leurs descendants en avaient religieusement gardé la morgue , mais ils avaient oublié cette grâce de l'orgueil qui le rend parfois supportable et diminue les distances. Comme toutes les aristocraties chancelantes et abâtardies , Y aristocratie romaine , en perdant sa force , avait conservé son air de domination superbe. Sentant que la république leur échappait insensiblement , que les défections illustres comme celle de César éclaircissaient leurs rangs , qu'ils devenaient moins nécessaires , et qu'en dépit de leurs efforts , le temps n'était pas loin où les consulats , les prêtures , les censures tomberaient dans des mains indignes, les chefs des grandes familles patriciennes , trop faibles pour arrêter le torrent , se rejetaient dans le passé et dans la contemplation satisfaite des images enfumées de leurs ancêtres. Les colères d'un Memmius , un noble pourtant, contre ces patriciens, les plus scélérats des hommes , aux mains souillées de