‹ Étude sur CatulleChapitre 38 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE III. 8l · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III. 8l

sang , d'une avidité insatiable , aussi orgueilleux que criminels , qui trafiquent de la bonne foi , de l'honneur et de la piété , tout enflés de leurs sacerdoces et de leurs triomphes , comme s'ils étaient pour eux un titre de gloire et non une source de profits , l'indignation de Marius contre ces lâches esclaves de leurs appétits qui avaient livré la Patrie à l'étranger , tous ces cris furieux qui attestent l'ardeur de la lutte , ne retentissaient plus dans le Forum. La partie était gagnée désormais pour la démocratie , mais en faisant échec aux nobles , la démocratie n'avait pas abattu leur fierté. Travaillés des vices du temps , débauchés et cupides , n'ayant plus aucune fermeté de vues , livrés aux intrigues et aux complots , ils se croyaient les maîtres nés du monde , et bien que les Fabricius de leur temps eussent accepté souvent les présents de Pyrrhus , ils pensaient toujours former ce sénat de rois qu'admirait Cinéas.

Les aristocraties déchues ne se résignent jamais à leur déchéance, et en perdant la direction de la chose publique, elles n'abdiquent pas leur droit à la diriger. Mais comme le talent et les vertus qui accompagnent les privilèges, ne durent pas autant qu'eux , la noblesse romaine , malgré son impuissance , avait exagéré ses prétentions ; et plus les choses changeaient autour d'elle , plus elle s'obstinait au souvenir d'une grandeur disparue. Elle n'avait copié que les vices de son temps , laissant passer devant elle , sans vouloir les comprendre , les idées qui allaient la renverser. Un Patricien, un consulaire qui comptait parmi les images de ses aïeux des proconsuls et des dictateurs , qui avait pour clients un nombre considérable de citoyens, pouvait bien , pour suivre la mode , s'entourer de ces

rhéteurs que sa famille avait autrefois contribué à proscrire , s'appliquer aux travaux littéraires que ses ancêtres méprisaient , accepter dans son intimité des poètes et des grammairiens qui auraient jadis compté parmi ses esclaves ; ces concessions ne diminuaient en rien la conscience qu'il avait de sa supériorité originelle. Les préjugés de caste sont les derniers qui se détachent du cœur de l'homme ; ils y tiennent par des racines profondes , car il est peut-être plus difficile encore de résister aux suggesrions de la vanité qu'à celles de l'intérêt. Quelques uns des patriciens , les plus habiles , satisfaisaient ensemble celui-ci et celle-là , fiers à la fois de leur naissance quasi divine et de leur alliance avec la plèbe. Par une inconséquence dont il n'était pas dupe , César , le chef de la démocratie , prenait soin de faire constater l'authenticité de sa généalogie qui remontait jusqu'à Vénus. Ainsi , selon les différences des instincts , il s'était formé dans l'aristocratie romaine comme deux groupes ; l'un hargneux et étroit , mais incapable de compromis et de bassesses, vivait renfermé dans le culte du passé ; l'autre , plus nombreux, plus jeune, mais corrompu et rapace, tâchait de profiter des événements. L'orgueil était le même des deux côtés.

Aussi , vis-à-vis d'un poète de la Gaule transpadane , d'un homme de petite condition , un descendant des Manlius Torquatus , des Memmius , des Pisons , ne pouvait avoir que le ton d'un protecteur ; encore ne lui arrivait-il pas toujours d'en corriger la raideur avec la courtoisie d'un homme bien élevé. C'est précisément un Manlius Torquatus que nous trouvons le premier au nombre des amis illustres de Catulle. Le poète avait

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