‹ Étude sur CatulleChapitre 39 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III

chanté son mariage avec Vinia Aurunculeia , (i) dans un épithalame célèbre , où il ne manque pas de vanter la noblesse des deux époux. Un peu plus tard, la jeune femme de Manlius mourut, et le mari recourut encore au poète pour lui demander un chant de deuil. (2) Catulle refusa poliment ; (l) mais n'est-ce pas une marque du temps , que ce besoin des patriciens d'avoir à leurs côtés un poète latin ou grec , si c'était possible , pour chanter chacun des événements de leur vie ?

Considérés d'abord comme des esclaves à peine plus dignes d'attention que tous les autres , les poètes et les écrivains devinrent bientôt les familiers des nobles , mais ils ne pouvaient encore être comptés comme leurs égaux. L'aristocratie romaine avait d'abord méprisé les lettres , puis elle s'en servit comme d'une parure ; elle ne sut jamais les comprendre et les respecter.

• Manlius était lui-même .un épicurien, un lettré qui avait lu beaucoup de vers et en avait beaucoup retenu , car il avait une mémoire divine , disait de lui Cicéron , avec une admiration qui ressemble un peu à de l'ironie. Cicéron lui-même n'avait pas toujours eu à se louer de lui , car si Manlius était infidèle aux traditions de sa famille en cultivant les belles lettres , il en avait conservé le dédain de tout ce qui n'était pas noble : « Ses enfants » ont déjà son audace hautaine. » Tout jeune , il avait la fierté des honneurs sans nombre qu'avaient reçus ses ancêtres et trouvait comme Catilina que l'orateur d'Arpinum n'était après tout qu'un étranger. « Tout le monde ne » peut pas être patricien , répondait Cicéron ; tout le

(1) c. LXI. - (2) c LXVIII.

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» monde n'en a pas même souci , à dire vrai ; vos com- » pagnons d'âge eux-mêmes ne croient pas que vous les » surpassiez par cela seul. Si je vous parais un étranger , » moi dont la renommée et la gloire sont déjà anciennes » dans cette ville, et célébrées par la bouche des hommes, » combien doivent vous paraître plus étrangers encore » tous vos compétiteurs , qui , venus de tous les coins » de l'Italie , vous disputeront les honneurs et les digni- » tés ! » (1) La leçon est fine et toute paternelle ; Manlius avait alors vingt-six ans.

Tel était aussi Sextius , sans doute celui pour lequel plaida 'Cicéron. Il appartenait au parti aristocratique dont il avait les travers, même celui d'aimer les lettres. Pompée lui avait confié, malgré les remontrances de Cicéron , le soin d'écrire pour lui à César. Il était impossible de faire un choix plus malheureux. Cicéron en disait à son ami Atticus : (2) « Je n'ai jamais rien lu « (njTciwScorepov ».• Sextius aspirait à la gloire littéraire , il faisait des mots et des discours que lui seul ne trouvait pas ennuyeux. Un jour il invita Catulle à un dîner somptueux , à la suite duquel il devait lire une oraison de son style. Catulle céda à l'attrait du dîner , mais l'ennui de la lecture l'emporta sur le plaisir du festin , et il se retira chez lui , malade , attribuant plaisamment la toux qui le tourmentait à la froide faconde de son ami. (3) C'était encore un protecteur hautain que Cicéron défendit par reconnaissance , parce que Sextius avait activement travaillé à le tirer de l'exil, mais il considérait cette preuve de dévouement comme fort suffisante , trouvant qu'il avait poussé

(1) Cic. Pro Sulla 8 , 24. — (2) Cic. ad Att. VII, 17, 2. — (3) c. XLIV.

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