‹ Étude sur CatulleChapitre 41 sur 144 · LIVRE I. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE III

faire un sacrifice sur la tombe de son frère , et lui adresse avec larmes des adieux d'une mélancolie et d'une douceur admirables, (i) Il traverse le Pont , la Propontide , la Thrace glacée , la glorieuse Rhodes , les Cyclades , l'orageuse Adriatique , et par un canal qui reliait alors l'Adige au Mmcio , il arrive enfin dans sa presqu'île de Stfmio •, dans sa chère maison. (2) « Avec quel plaisir je j) te revois , s'écrie-t-il. A peine puis-je mè figurer que » j'ai quitté les plaines de la Bithynie, et que je retrouve » enfin mon tranquille abri. Y a-t-il rien de plus doux » que d'être enfin débarrassé 4es soucis ! Soulagé du poids x> qui pesait sur votre âme , et las de courses lointaines , j> vous venez dans votre foyer vous reposer sur le lit si » longtemps regretté ! Cette joie me suffit , la seule après a.tant de fatigues. Salut, ô charmante Sirmio , réjouis* » toi , voici ton maître ; et vous aussi , réjouisseï-vous , » ondes de mon lac Lydien; riez tous dans ma maison , » tout ce que vous avez de rires. » Et par une dernière délicatesse aimable , il remercie le bateau (3) qui l'a mené dans sa patrie, et le consacre lui aussi , ce compagnon d'aventures et de voyages , à une paisible vieillesse.

Avec un poète comme Catulle , il faut glisser sur le commentaire et se garder de trop tirer à soi , mais si sa tristesse n'est jamais grimaçante , et si dans une âme si simple et si ouverte, l'émotion tourne peu à la philosophie, si nombre d'idées élevées n'entrent pas dans son esprit ,

(1) c. CL

(2) c. XXXI.

(3) c. IV.

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nous ne pouvons nous empêcher pourtant de remarquer à qpel point il a été accessible à tous les sentiments humains et délicats , à l'amour sous toutes ses formes , depuis celui des sens jusqu'au plus désintéressé et au plus pur. Cette pièce que nous venons de citer est exquise par le jour qu'elle ouvre. Elle rappelle la douceur du foyer , la reprise du rêve tranquille après les fatigues et le tumulte, la vue d'un lac paisible et de quelques arbres , la vie de l'homme se renouant à celle de l'enfant, la vanité de nos agitations ambitieuses opposée au bonheur d'être parmi les choses qu'on aime et qui vous appartiennent. Voilà « donc ma chère vallée , mes sentiers verts , ma chère » fontaine », dit un auteur moderne , (i) à peu près comme Catulle , et il continue : << Voilà mes jours passés « encore tout pleins de vie , voilà le monde mystérieux » des rêves de mon enfance. » La pensée moderne , plus large et plus profonde , a ajouté ce dernier trait , après s'être un peu plus appesantie sur le spectacle des choses naturelles : néanmoins , tout est indiqué , et avec quelle grâce , dans le poète Latin.

Nous rencontrons dans les poésies de Catulle un quatrième grand personnage, que les deux amis les plus chers du poète , Verannius et Fabullus accompagnèrent dans sa province , en Macédoine , L. Piso Caesoninus , (2) celui contre lequel Cicéron a prononcé un discours fameux , celui dont il disait: « Pison a été nommé prêteur par le » peuple Romain ; mais ce n'est pas ce Pison. La prêture » a été donnée à ses ancêtres. » Cet héritier d'un grand

(1) Alfred de Musset. (On ne badine pas avec l'amour.) (1) Cic. in Pisonem , passim.

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